[Interview 2/2] Nicolas Batum: « Quand Michael Jordan te parle, tu écoutes et tu appliques »
Son nouveau rôle de leader permet à Nicolas Batum de grandir depuis qu’il est aux Hornets. Sous le regard et les conseils de la légende Michael Jordan, qui plus est. Il raconte cette transformation au micro de Basket Infos, depuis New York. La première partie de l’interview est à lire ici
Les Hornets étaient l’une des pires attaques de la ligue l’an dernier, ils t’ont donc dit que tu venais clairement pour changer tout ça ?
Ils m’ont amené clairement pour cela. C’est ce qu’ils m’ont dit. Et quand je vois les autres changements, l’apport des deux Jeremy, Lamb et Lin, ce sont également des joueurs d’attaque. Spencer Hawes aussi est très intelligent en attaque. Donc c’était clairement pour ça, et je crois que l’on est dans le top 10 en ce moment. Donc il y a eu une bonne amélioration.
As-tu l’impression de jouer le meilleur basket de ta carrière ?
Ouais, ouais, ouais. Depuis que je suis en NBA, oui. En plus on gagne en même temps. On commence à 0-3, mais depuis on est à 5-2 (mardi soir, 7-3 depuis).
Ce doit être excitant du coup…
Bien sûr, parce que ça montre un certain respect que j’ai pu engendrer depuis quelques années en NBA. On ne m’a pas donné ce rôle-là par hasard. On ne m’a pas dit « vas-y, viens, et puis on va voir ». Non. Donc j’ai gagné un certain respect. Maintenant, à moi de confirmer la confiance qu’ils ont mise en moi et de concrétiser. C’est un peu stressant aussi, mais c’est ce qui fait la beauté de ce sport et on bosse pour être là. Je ne suis pas venu en NBA pour être sur le banc ou en D-League, là j’ai la confiance d’un coach, d’une équipe et d’une organisation qui peut faire les playoffs, donc c’est excitant.
Est-ce une année charnière pour toi ?
Oui, je pense. Je suis arrivé à un tournant car on m’a clairement donné une chance. Je ne dis pas que je n’ai pas eu de chance à Portland, car ils m’ont vraiment fait évoluer sur 7 années, mais la situation était différente. Là, j’ai un rôle que peu de gens peuvent avoir. Et puis, après avoir fait la pire saison de ma carrière – mais vraiment, depuis que j’ai commencé à Pont-l’évèque – de me donner une occasion de rebondir en me donnant une des clés de l’équipe, je ne l’aurai pas cru en mai dernier si on me l’avait dit. Il faut que je prenne du plaisir aussi. C’est le principal.
« Maintenant, dès qu’un truc ne va pas, les coéquipiers se tournent vers moi »
Comment sens-tu ce changement sur le parquet ?
Bah, dès qu’il se passe un truc qui ne va pas, tous les regards se tournent vers Kemba ou moi. Avant, c’est moi qui regardait Aldridge ou Lillard et qui leur disait « tu veux quoi, tu veux le ballon où ? ». Là, le dernier match contre Portland, on est à +20, ils reviennent à 6 points, et tu as tout le monde qui a fait ça (il tourne la tête) vers moi. Donc je me suis dit que c’était à moi de prendre le ballon. Cette fois c’est passé, des fois ça ne passera pas… Mais c’est comme ça, c’est la NBA, il n’y a aucun joueur qui a réussi à sauver son équipe à chaque fois. C’est ce que je suis en train d’apprendre. Devenir un leader et ne pas laisser tomber les gars.
On te voit aussi parfois à côté de Michael Jordan sur le banc, à lui parler. Comment se passe vos échanges ?
Ça aussi ça m’aide beaucoup. Pendant les matchs, quand tu as Jordan qui te parle, qui te donne des conseils, qui te dit « continue, t’es là pour ça, de toute façon je t’ai fait venir pour ça, n’ai pas peur, oublie ce qui s’est passé », plein de petits trucs comme ça, venant de lui, tu écoutes. Et tu appliques, parce qu’il sait de quoi il parle.
Penses-tu lui demander de te faire des séances particulières pour apprendre certains gestes ?
(Il sourit) Peut-être un jour. C’est assez impressionnant quand même encore. Je viens d’arriver. On verra dans quelques mois.
On redevient un fan dans ces cas-là ?
Ce n’est pas que je le redeviens, je lai toujours été. Mais qui ne l’est pas ? Il restera le meilleur de l’histoire.
Ton modèle, c’était Pippen. Mais finalement, Jordan, c’est pas mal aussi non ?
Je ne dis pas que Jordan n’était pas mon idole non plus, mais c’était l’idole à tout le monde ! Mais Pippen, c’est vrai que c’est un joueur que j’adorais et que j’aime toujours, car c’est celui à qui j’essaie le plus de ressembler. Parce que Jordan (il fait un signe d’éloignement de la main) ça ne sert à rien… Mais Pippen, avec le profil que j’ai, c’est effectivement le joueur à qui j’essaie le plus de ressembler.
« Ça m’a aidé après l’Euro »
Est-ce que la déception de l’Euro explique aussi tes performances actuelles quelque part ?
Bah, ça m’aide à passer à autre chose oui. Le fait de repartir directement à Charlotte et de passer à autre chose une semaine après m’a aidé à passer aussi ma frustration, car ce n’était pas évident. Que ce soit collectivement ou personnellement. On voulait finir au top. On voulait marquer l’histoire. Ça a été dur de ne pas le faire. Donc d’enchainer directement avec les Hornets, en plus dans un nouveau cadre, car ce n’est pas comme si je retournais à Portland… Il fallait vraiment que je passe à autre chose, que je découvre une nouvelle ville, nouvelle maison, nouvelle salle. Ça m’a aidé.
Mark Cuban, qui aime bien les déclarations tapageuses, a dit que l’Est est la meilleure conférence actuellement. Qu’en penses-tu ?
Elle est meilleure que l’année dernière en tout cas. On voit des équipes comme Detroit, Boston, New York, nous, et puis des cadors comme Cleveland, Chicago, Miami… donc l’Est s’est densifié. Indiana aussi.
D’après toi, les playoffs sont-ils un objectif immanquable pour Charlotte alors ?
C’est l’objectif de l’équipe. C’est une nouvelle équipe, mais elle a été faite pour aller en playoffs. Donc ce serait une déception si on n’y va pas. Ce serait une déception pour tout le monde.
La première partie de l’interview « J’apprends à être une première ou deuxième option » est ici
Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York