Comment les Celtics ont raté Kobe Bryant en 1996
Tout récemment dans une salle de réception d’un hôtel de Denver, Kobe Bryant a appris via une histoire racontée par un journaliste assis non loin de lui que la légende Red Auerbach s’était intéressée à lui avant qu’il ne rejoigne la grande ligue en 1996. Les yeux écarquillés, il a lancé un « C’est l’histoire la plus cool de la terre, je ne l’avais encore jamais entendue. C’est peut-être le truc le plus cool que j’ai entendu car j’ai grandi en regardant Red ! Je lis des livres sur lui. Je n’ai jamais su qu’il connaissait mon existence ! »
En 1996, M.L. Carr (2 fois champion en tant que joueur avec les Celtics) est à la fois coach et vice-président/directeur des opérations basket pour Boston, alors présidé par Red Auerbach (9 fois champion en tant que coach, 7 fois en tant que dirigeant) himself. Toutes les décisions à l’époque ne méritaient pas une visite dans ce bureau/musée. Mais ce n’était pas n’importe quelle décision. Et les grosses décisions, Auerbach en connaissait un rayon. Il obtient les droits de Bill Russell en provenance de St. Louis en 1956. Il choisit John Havlicek en dernière position du 1er tour de la draft 1962, drafte Larry Bird 1 an avant sa venue en NBA en 1979.
17 ans plus tard, c’est un certain Kobe Bryant, lycéen, qui impressionne tout le monde lors de son workout pré-draft et son entretien, qui sera qualifié par Carr comme le meilleur qu’il avait jamais vu jusque-là. Auerbach a pu constater le talent du gamin en vidéo grâce au scout Rick Weitzman, qui lui déclarait alors que le jeune Bryant savait tout simplement tout faire. Le risque, c’est justement que le futur Laker est âgé de seulement 17 ans et sort à peine de Lower Merion High School, dans la banlieue de Philadelphie. Moses Malone et Darryl Hawkins l’avaient déjà fait dans les années 70, mais il a ensuite fallu attendre Kevin Garnett en 1995 pour qu’un lycéen fasse le grand saut. Auerbach est partagé, lui qui a été le premier à drafter un joueur afro-américain, le premier à titulariser 5 joueurs noirs et le premier à engager un coach noir.
Je pense que ce gamin va être un sacré joueur. Mais cela peut aller dans un sens comme dans l’autre. Il semble solide, mais c’est un lycéen. Il faut faire un choix basé sur ce dont nous avons besoin aujourd’hui. Mais je pense que c’est un sacré joueur. Maintenant c’est à toi de prendre la décision. Auerbach à Carr
C’est à l’université de Brandeis, à environ 15km de Boston, que Bryant va enfiler le vert Celtic, pour ce fameux workout.
Mec, c’est le truc le plus bizarre que j’ai jamais fait. Je ne sais pas si c’est le mythe du vert Celtic mais quand ils amènent les affaires d’entraînement, le vert brille. C’est comme un vert différent. Je me demandais si j’étais obligé d’enfiler ça car j’étais à l’aise avec ce que j’avais. Mais je suis rapidement passé à autre chose en me rappelant de l’histoire et de toutes les grandes choses accomplies par cette franchise. Kobe
C’est Dennis Johnson, 2 fois champions avec Boston dans les années 80 et assistant, qui dirige la séance (durée : 1h).
C’était le truc le plus cool du monde de voir Dennis Johnson là-bas pour moi. Kobe
Et il n’a pas déçu.
C’était incroyable. On l’a mis dans un tas de situations de catch-and-shoot, on l’a laissé shooter un peu à 3-points. Beaucoup de shoots qui devaient être relâchés rapidement car nous savions qu’au niveau supérieur, il allait devoir être rapide contre des meilleures défenses qu’au lycée. Carr
En fermant les yeux et en se concentrant un peu, on aurait pu penser regarder Michael Jordan. Il faisait tout bien, mieux que bien. Il était exceptionnel dans tout ce qu’il faisait. Jan Volk, GM de l’époque
À la question comment comptez-vous vous améliorer durant la saison, Bryant répond : « Quand je rêve, je rêve de basket. Quand je me réveille, c’est la première chose que je fais. C’est toute la journée pour moi et cela ne va pas s’arrêter. »
Je n’aime pas dire beaucoup de choses positives sur les Lakers mais je vous le dis de but en blanc : il a été incroyable durant l’entretien. Le meilleur auquel j’ai assisté dans ma carrière. Kobe connaissait aussi bien la ligue que n’importe qui. Il connaissait l’histoire des Celtics, probablement mieux que la plupart des Celtics à 17 ans. Carr
Au fond de lui, Bryant est un pur fan des Lakers, mais il ne l’ébruite pas trop et les Celtics disent ne pas avoir été au courant. En 1996, il y avait 6 noms à ne pas rater : Allen Iverson, Marcus Camby, Shareef Abdur-Rahim, Stephon Marbury, Ray Allen et Antoine Walker. Les Celtics eux, possèdent le 9e choix mais peuvent s’arranger pour obtenir le 6e s’ils le souhaitent. Carr s’intéresse particulièrement à Walker, qu’il a beaucoup observé à Kentucky (champion NCAA cette année là). Weitzman lui, indique que n’importe quel joueur de ce top 6 aurait fait l’affaire, même s’il reste assez curieux pour aller assister à un match de Bryant.
Il faisait ce qu’il voulait. Je ne l’ai vu jouer qu’une seule fois au lycée, mais cela m’a suffi. J’ai dit aux plus hauts placés qu’il avait un potentiel énorme, une approche du jeu exceptionnel mais qu’il ne serait probablement pas prêt à contribuer pour une équipe NBA avant 2 saisons, ce qui s’est révélé plutôt vrai. Nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre malheureusement.
Carr, à qui la décision finale revenait, choisit finalement Walker (20.6 points 8.7 rebonds et 4.1 passes de moyenne en 8 saisons à Boston, All-Star lors de sa seconde saison), un joueur plus qu’honnête mais loin d’un Bird ou d’un Bryant, choisi lui en 13e position par les Hornets, qui le transfèrent dans la foulée à Los Angeles en échange de Vlade Divac. Un rêve devenu réalité pour le futur quintuple champion. Avant la draft, Carr s’était entretenu plusieurs fois avec Jerry West, qui n’avait jamais parlé de son intention de récupérer Bryant.
Il était impossible de savoir qu’il allait avoir une si grande carrière et un tel impact sur le jeu à ce moment-là. Quiconque vous dira le contraire n’est pas réaliste. On l’aimait tous. M.L. adorait Kobe. Il était très tenté de le prendre. Weitzman
Et si les Celtics l’avaient drafté ?
J’aurais essayé d’entretenir l’héritage de Bird. Absolument. Et je l’aurais fait avec énormément de fierté et d’honneur. Vous n’imaginez même pas à quel point j’ai étudié ce gars. Autant que Magic et Jordan. Kobe
Carr lui, est persuadé que Bryant voudra faire son retour 1 ou 2 mois après que sa retraite officialisée.
Quand il revient, dites-lui de revenir avec les Celtics. Comme ça il aura des titres des deux côtés de la rivalité. Dites lui qu’il n’est jamais trop tard !
La réponse de l’intéressé ? Hors de question.
via ESPN