[Interview] Timothé Luwawu : « Je voulais défoncer le championnat serbe »
Grand espoir du basket français, au vu des projections pour la Draft, Timothé Luwawu est finalement peu connu dans l’hexagone. Alors qu’il faisait son entrée dans la cour des grands, lors de la présentation média au Hyatt de New York, Basket Infos était sur place pour recueillir ses impressions sur les workouts, la Green Room, le choix de s’exiler en Serbie plutôt que de rester en France – un championnat peu favorable aux jeunes – et la fameuse question du costard…
Timothé, comment te sens-tu ?
Je suis excité, j’attends cela depuis un moment. J’ai travaillé toute l’année pour ça, donc j’attends cet événement avec impatience. J’espère être drafté dans la bonne équipe surtout. D’avoir un rôle direct, d’être efficace, avoir le bon coach et les bons partenaires. Toutes ces petites choses qui comptent.
Tu te projettes déjà ?
A chaque fois que je suis allé sur les workouts, je me suis un peu mis dans l’équipe. J’ai essayé de donner la meilleure impression au staff et aux dirigeants. Et à chaque fois j’ai essayé de me mettre dans l’équipe. Comment je pourrais m’intégrer dans la franchise… En fait, les équipes que j’ai visité ont été ciblées pour ça. Soit parce qu’elles avaient besoin d’un ailier, d’un shooteur ou d’un défenseur, sur certaines compétences particulières. Mais c’est vrai que tu regardes le roster, et tu te dis quel joueur pourrait être sur ta position ou ton rôle. Ça se passe comme ça dans ta tête du coup.
Tu t’imaginais déjà évoluer avec certains joueurs NBA aussi ?
Pas vraiment pendant la saison, car tu ne réalises pas trop et tu penses juste à jouer avec ton équipe, sur le moment présent. Mais quand on est là, qu’on fait les workouts, qu’on voit tel ou tel joueur qui s’entraîne pendant que tu es là, ou à côté… C’est normal.
Certains coaches t’ont fait une impression particulièrement bonne ?
Il n’y a que le coach de Boston (Brad Stevens) qui m’a fait un entrainement directement. C’était sympa d’avoir un coach qui est derrière toi, qui te pousse, qui te donne les consignes… Après, on sait tous que je suis un grand fan de Paul George, et donc d’Indiana. Du coup j’étais aussi fan de Frank Vogel, qui était leur coach et que j’ai rencontré à Orlando. On s’est vu à la fin du workout, on a discuté, on a rigolé, donc ça s’est bien passé.
Est-ce que tu as eu des questions bizarres, qui essaient de déstabiliser pour tester ta personnalité ?
Il n’y en a pas trop eu. Mais on m’a demandé si j’avais été arrêté ou si j’avais pris de la drogue. Ce sont des questions que toutes les équipes doivent te poser, mais ce ne sont pas des questions que tu aurais en Europe.
Quel est le meilleur conseil que tu as reçu ?
Bois beaucoup d’eau ! (Rires) Les meilleurs conseils au final cela a été de me dire de joueur mon basket, que si j’étais là c’est qu’ils aiment bien ce que je sais faire et que cela allait bien se passer.
Tu veux jouer direct ou tu serais prêt à rester en Europe encore un an ?
Si cela avait été l’année dernière, cela aurait été différent. Mais cette année, j’ai déjà prouvé en Europe et la seule chose dont j’ai envie c’est de jouer en NBA et de montrer ce dont je suis capable directement.
Qu’est-ce que l’expérience en Serbie t’a apporté ?
Quand je suis arrivé en Serbie l’an dernier, mon objectif, c’était de faire la meilleure année possible. En fait, je suis arrivé dans l’état d’esprit de défoncer le championnat et d’être le plus haut possible, que ce soit dans le top 5, top 10, je n’avais pas vraiment de limite ou de chose en tête. Je voulais être le plus haut possible et défoncer tout ce qu’il y avait en face de moi. Mon état d’esprit au début c’était « je suis le meilleur joueur et je vais faire la saison la mieux possible ». Pour gérer ça, je me suis entraîné super dur. En Serbie, ils ont la réputation de s’entraîner hyper dur, donc j’ai été servi. Ça s’est super bien passé. A la fin j’ai eu quelques pépins physiques, mais dans la globalité ça s’est très bien passé.
Et pourquoi n’être pas resté en France du coup ?
En Serbie, tu as plus de chance, tu es aussi plus sûr de certaines choses. Car mon agence (BeoBasket Agency / Pedja Materic) a une très bonne relation avec cette équipe, du coup on savait que j’allais jouer 30 minutes, que j’allais m’entraîner super dur et que j’allais avoir beaucoup de responsabilité. Ce n’était pas vraiment sûr si j’étais resté à Antibes. On connaît tous le championnat français comme un championnat qui freine peut-être un peu les jeunes joueurs, donc c’est vrai que je ne voulais pas prendre ce risque. Même si j’aurais pu le prendre. Et peut-être que cela se serait aussi bien passé qu’en Serbie. Mais pour moi, c’était la bonne décision et je suis là, donc ça le confirme.
Pourquoi penses-tu qu’il y a ce problème en France ?
Je pense qu’en France, il y a la pression des dirigeants, la pression des résultats, et c’est cela le gros point auquel les jeunes joueurs sont confrontés : le problème du temps de jeu, de la confiance… Même si on voit de très bons jeunes joueurs dans le championnat français. Mais ils sont freinés et ne jouent pas à leur juste valeur.
Que penses-tu pouvoir apporter à une équipe NBA ?
Tout. La défense, l’attaque, les passes, le shoot, la contre-attaque, le drive… J’aime bien dire que je suis un joueur complet. Et j’aime bien le prouver sur le terrain aussi.
Est-ce qu’il y a un pick passé lequel tu serais déçu d’être pris ?
Ce serait grave d’être déçu d’être drafté quand même ! Mais en dehors de ceux qui sont dans la Green Room, ce serait décevant (soit passé le 18ème choix).
Qu’est-ce que ça te fait d’être parmi les 18 privilégiés qui seront dans la Green Room justement, plutôt que dans les tribunes ?
C’est un plus, ce n’est pas de la pression. D’être présenté à la draft, d’avoir des chances d’être drafté au premier tour, c’est bien. Et d’être dans la « Green Room » c’est juste quelque chose en plus, c’est que du plaisir.
Un peu plus de pression pour le costume quand même ?
(Rires) Non ! Je sais que mon costard sera frais ! (Il rit encore). Je savais ce que je voulais, j’en avais discuté avec mes proches et je savais un peu ce que je voulais. C’est important d’être stylé.
L’an dernier, on a vu beaucoup de nœuds papillons…
Cette année, on part plus sur la cravate, mais j’aime bien le papillon aussi.
Certains le personnalisent aussi : drapeau sur la manche, ce genre de chose…
J’y ai pensé, ce serait cool, ça le rendrait unique. Mais bon, on a fait ça au dernier moment car on n’a pas trop eu le temps. Mais je vais essayer.
Propos receuillis par Antoine Bancharel, à New York