Dans la tête de Chris Johnson, coach personnel privé d’une dizaine de joueurs NBA
Employé à l’année par Jimmy Butler, Chris Johnson, 38 ans, s’occupe du Bull mais aussi de nombreux autres joueurs NBA durant l’offseason, à Los Angeles. Sports Illustrated s’est longuement entretenu avec le natif de Houston, diplômé de Texas A&M (il est l’auteur d’une thèse sur « l’intelligence émotionnelle des athlètes minoritaires ») et ancien coach en AAU et en D-League (il a passé un an avec Daryl Morey et les Rockets).
La liste de ses clients estivaux est longue : Harrison Barnes, Doug McDermott, Corey Brewer, Taj Gibson, Victor Oladipo, Jaylen Brown, Jerami Grant, Tony Snell… Durant son interview, il évoque l’importance qu’a pris le travail hors-saison dans la vie des joueurs.
Une journée ordinaire, ça ressemble à quoi pour Chris Johnson ?
Je me lève à 5h du matin. Mon premier workout est avec Jimmy Butler. Jimmy se lève à 5h30. Il va boire son shake, prendre son petit-déjeuner, et ensuite on est sur le terrain à 7h. On a déjà planifié l’intégralité de sa journée. Deux entraînements de basket sur le terrain et entre les deux des séances de musculation, des soins… on fait son programme sur la semaine. Je suis sur le terrain entre 14 et 16h par jour. Cela demande une certaine discipline. Je vais de client en client. Je passe d’un entraînement de meneur à celui d’un pivot, à celui d’un ailier. De 7h à 8h45 je suis avec Jimmy, ensuite j’ai des sessions de 60-70 minutes toute la journée.
Comment s’est-il fait un tel carnet d’adresse ?
Je ne vends pas particulièrement ce que je fais. Je n’ai pas de carte de visite. C’est du bouche à oreille. Je travaille également avec les plus grosses agences de basket. J’ai eu plusieurs gars du premier tour de la draft cette année. Jaylen Brown, Henry Ellenson, Patrick McCaw, Caris LeVert, Taurean Prince… Mais je regarde le joueur en tant qu’individu. Quelle est sa force, sa faiblesse ? Dans quel domaine il peut devenir excellent ? En NBA, il ne s’agit pas d’être bon en tout. Il s’agit de trouver une ou deux choses et de passer maître en la matière.
J’ai rencontré Jimmy par l’intermédiaire de Mike James, mon tout premier client NBA. À l’époque j’entraînais Mike James, D.J. Augustin et Cartier Martin. Ils étaient tous coéquipiers de Jimmy. Et Mike James lui disait tous les jours qu’il pouvait devenir vraiment bon, qu’il n’était pas un simple bon défenseur et qu’il devait venir me voir. La première fois que je l’ai vu dans la salle, j’ai vu sa taille et j’ai dit : « Jimmy, je vais faire de toi un All-Star ». Il m’a répondu : « Quoi ? ». Je lui ai dit qu’après un seul workout, il était le meilleur élève que j’avais jamais eu. Il m’a regardé comme si j’étais fou, mais ce gars est venu tous les jours. On vivait à la salle. Il ne tombait même pas malade. Beaucoup de gars appellent leur coach et disent qu’ils ont la grippe, qu’ils ne sentent pas bien, ils demandent s’ils peuvent remettre ça au lendemain. Jimmy n’a jamais été absent une seule fois.
N’y a-t-il pas déjà des préparateurs dans les franchises NBA ?
Il y a de super coachs en développement en NBA. L’un de mes meilleurs amis est un coach en développement pour les Cavaliers. Il s’appelle Phil Handy, l’un des meilleurs coachs que vous trouverez. Je suis similaire à Phil, mais je peux regarder les 30 équipes NBA. On collabore avec les coachs, je leur demande ce qu’ils attendent d’un joueur, ensuite je reçois des notes par mail à propos du rôle qu’ils veulent pour ce joueur. Je dois connaître les 30 équipes. Leurs philosophies offensives, défensives.
Beaucoup de coachs ont du mal à dire aux joueurs quel est leur rôle. Mais en tant que développeur, ils me payent. Je ne leur mens pas. Je ne vais pas leur dire « Tu es un 5, mais tu pourrais jouer à l’extérieur comme un 3 ». Jimmy est tout en haut de la chaîne, mais je peux aussi avoir un gars qui est tout en bas. Prenez des gars comme Eric Moreland à Cleveland ou Ray Murray à Minnesota, ou D.J. Kennedy qui vient de signer à Denver pour un contrat partiellement garanti. Avec ces gars, on parle d’être le 15e, 14e, 13e ou 12e homme d’un roster.
Au quotidien durant la saison, Johnson se définit comme le « sparring partner » de Butler.
Je suis le sparring partner. Et j’étudie les défenseurs au cas par cas. Je luis dis Jimmy, ce défenseur n’est pas assez rapide latéralement, donc ce qu’il fait c’est qu’il te rentre dedans, voilà ce que tu devrais faire quand il te rentre dedans. Comme Jae Crowder, il est très agressif.
Selon les rumeurs, Butler resterait motivé par le fait que les recruteurs l’ont snobé au lycée…
Non, ce qui le motive selon moi, c’est le désir d’aller là où il n’est jamais allé. Il a l’argent, il a la célébrité, il a les contrats… Mais il est toujours concentré comme si on était fauchés.
En dehors des joueurs qu’il entraîne, certains autres NBAers l’impressionnent :
J’ai eu une super conversation avec James Harden à Las Vegas. Il travaillait avec un gars. Et j’ai adoré le simple fait que James était toujours à la salle. Il n’y avait pas besoin de le forcer. Il était 23h et il était à la salle à bosser. Un autre gars, il est déjà sur la bonne voie pour devenir vraiment spécial même s’il a encore de la marge, Damian Lillard. Il travaille comme un dingue. Je le regardais de loin, il est incroyable. Et un big guy que j’aime vraiment beaucoup… Je ne sais pas si c’est un big guy… Il joue ailier-fort mais il s’en servent un peu comme un meneur… Antedipo ?
[Giannis Antetokounmpo]. Giannis. Je ne le connais pas du tout, je ne lui ai jamais serré la main, je n’ai même pas besoin de le rencontrer, mais il a l’excellence en lui. S’il peut se concentrer sur les détails, il sera All-Star à l’Est. Il emmènera son équipe en playoffs tous les ans. Il a la longueur, la vitesse, la finition. Oh mon dieu, surveillez-le.
Concernant le repos, il conseille aux joueurs en vacances de profiter du mois de mai.
Disons que la saison est terminée. La plupart des gars ont terminé en avril, certains ont la chance de jouer un peu plus longtemps en mai. J’encourage tous mes gars à se reposer tout le mois de mai, et on commence l’entraînement le 1er juillet. En juillet, les workouts ne sont pas aussi intenses, peut-être 75-80% d’intensité. C’est plus de la technique, de la mécanique. Moins de course. Mais une fois la mi-août arrivée, on commence à travailler pour être en forme en vue du training camp.
via SI
Super article, le coaching privé est très développer aux USA et pas seulement en NBA mais pour tous les niveaux, la NBA ce n'est que 2% du coaching privé, malheureusement pour le bien des fondamentaux des joueurs il ne l'ai pas en France mais j'y contribue depuis 8 mois…