Promo 05′ : Les derniers lycéens
Nous sommes en 2005, le monde perd Jean Paul II, la France perd l’attribution des JO 2012 face à Londres, Le Tour de France perd encore en crédibilité avec un 7e titre pour Lance Amstrong, le dernier Star Wars est sorti, la constitution européenne est rejetée, Akon est au sommet des charts car il se sent « Lonely »… Pas un grand millésime cette année 2005…
Juillet 2005 : renégociation du CBA entre David Stern et le syndicat des joueurs. A l’époque, le commissioner souhaite s’attaquer à l’âge d’entrée dans la ligue professionnelle afin de passer de 18 à 20 ans. Ses arguments : les jeunes américains de banlieue perçoivent (à tord?) la NBA comme un moyen sûr de s’enrichir de manière durable et pérenne. Une position controversée par de nombreux joueurs dont Jermaine O’Neal accusant la ligue de raciste. Finalement, cette réforme fût acceptée en échange de quelques modifications concernant le Salary Cap (à l’avantage des joueurs bien sûr).
A partir de ce mois de juillet 2005, les jeunes basketteurs talentueux du monde entier ambitionnant de s’inscrire à la Draft devront être dans leur 19e année ainsi que dans l’année d’obtention d’un diplôme pour les américains. Cette nouvelle « rule » va changer considérablement le visage de la ligue, entraînant aussi des bouleversements en NCAA (One and Done). Pas moins de 42 lycéens ont été draftés depuis 1962. Parmi ces joueurs nous avons la catégorie « Visage de la NBA » : Kobe Bryant et LeBron James, les All-Stars : Shawn Kemp, Kevin Garnett, Rashard Lewis, Tracy McGrady, Amare Stoudemire, Dwight Howard. Bien sûr, il y a aussi les gâchis : Kwame Brown, Jonathan Bender, Eddy Curry, Ndudi Ebi, Robert Swift...
Le but ici n’est pas de débattre de l’âge d’entrée dans le monde professionnel de la NBA mais plutôt d’évoquer les derniers lycéens qui ont pu esquiver la case NCAA pour faire le grand saut. On parle ici de neuf joueurs qui furent draftés en 2005, un record ! La majorité d’entre eux sont encore en activité, tandis que certains sont tombés dans le côté obscur du bowling… Voici un petit tour d’horizon de la promo 05′.

Ils ont encore un rôle sur le terrain en 2017
Gerald Green (18e, Boston)
Considéré en juin 2005 comme le meilleur lycéen du pays. Il est annoncé Top 10 et certains osent même le comparer à Kobe Bryant et T-Mac. MAIS, contre toute attente, il dégringole le soir de la Draft pour tomber à la 18e position juste devant Danny Granger, un ailier de 22 ans également choisi plus bas que prévu ce soir-là. Et le début de carrière de Green donne raison aux 17 équipes qui l’ont snobé. Quatre équipes différentes pour ses quatre premières saisons. Mis à part une bonne saison statistique en 2007 chez des Celtics en mode tanking, Green y apparaît comme un joueur unidimensionnel qui ne vit que par sa détente. Sa défense est suspecte et son adresse longue distance laisse à désirer. En 2009, L’exil à l’étranger semble obligatoire. Russie, Chine et un passage en D-league, autant d’expériences qui lui ont permis d’obtenir du temps de jeu et des responsabilités développant ainsi d’autres facettes de son jeu dont un shoot à 3pts plus fiable.
Février 2012, son retour en NBA est acté grâce aux regrettés New Jersey Nets, dans une équipe qui n’a rien à jouer avec un Brook Lopez limité à 5 matchs. Il n’a plus jamais quitté la grande ligue depuis. Vagabondant entre Indiana et Miami en passant par Phoenix. Il ne sera jamais considéré comme un starter fiable. Malgré une belle saison 2013-14 dans l’Arizona sous les ordres de Jeff Hornacek. Cette saison, il porta le maillot des Celtics en tant que « mentor » venant du banc. Un nouveau virage dans cette carrière remplie de dunks spectaculaires, de séries à 3pts mais surtout d’oublis défensifs et d’inconstance dans ses choix. On était très loin, en 2005, d’imaginer une telle carrière en dent de scie pour le futur Bryant/McGrady.
CJ Miles (34e, Utah Jazz)
Aah la belle époque du Jazz avec Jerry Sloan, AK-47, Carlos Boozer, Mehmet Okur, et surtout Greg Ostertag. Néanmoins, cette équipe a souffert tout au long de la saison 2004-05 et se retrouva à drafter en 3e position un certain Deron Williams. Au 2e tour, Utah choisi donc un arrière-ailier de 18 ans provenant d’un lycée du Texas et tournant à 23,5 points de moyenne. Un choix surprenant pour l’époque, étant donné que coach Sloan accorde principalement sa confiance à des joueurs plus expérimentés (Williams est junior). On annonce que ça sera compliqué pour ce jeune maigrichon malgré une bonne vision de jeu et un bon shoot longue distance, de se faire une place dans la ligue
Douze ans plus tard, voilà que CJ Miles a bien roulé sa bosse sur le circuit. Il resta 7 saisons dans l’Utah, 2 à Cleveland et 3 dans l’Indiana. Avec l’âge, Miles s’est éloigné de plus en plus de la peinture pour camper près de la ligne à 3pts. Jamais réellement considéré comme un starter, le texan est un artilleur réputé, et il n’est jamais bon de le laisser seul à 7,23m du cercle. Une carrière, pas encore terminée, mais qui a déjà dépassé les attentes. Un départ dans la vie professionnelle au sein de l’organisation du Jazz a sûrement pu lui permettre de s’épanouir tranquillement comme d’autres après lui (Brewer, Millsap, Matthews, Hayward, Gobert…).
Monta Ellis (40e, Golden State Warriors)
Déjà 19 ans pour le futur Warrior à l’époque ! Il tourna à 38,4 points et 7,9 assists par match avec son lycée dans le Mississippi. Annoncé au 2nd tour, le combo guard présente des qualités athlétiques séduisantes. Les doutes à son sujet concernent sa défense et sa faculté à organiser (trop gourmand sur le dribble). L’habituel concept de l’arrière scoreur dans le corps d’un meneur de jeu. Avec lui, les Warriors ont drafté deux intérieurs, le puissant Ike Diogu en 9e position et le mystérieux Chris Taft en 42e choix.
Sa saison rookie dans la Bay Area est discrète au sein d’une équipe menée par un Baron Davis sur une jambe. En tant que sophomore, le jeune arrière se dévoila en une vraie menace offensive sous les ordres de Don Nelson, puis explosa les années suivantes comme l’option numéro 1. Six saisons et demi à Golden State. Des hauts (MIP 07, Playoffs 2007 vs Dallas) et beaucoup de bas (une seule apparition en Playoffs, une défense suspecte, de la moto, et tradé pour faire place à Stephen Curry). Depuis, Ellis a du mal à s’installer dans une franchise. Son duo avec Brandon Jennings à Milwaukee n’a pas fonctionné et la ville ne lui plaisait pas. A Dallas, des signes furent encourageants mais la patience de Rick Carlise a des limites. Signé par les Pacers en 2016, il se retrouve Free Agent cet été et devra purger une suspension de 5 matchs la saison suivante pour avoir violé le programme anti-drogue de la ligue.
Un début de carrière prometteur, un statut de « presque All-Star », une franchise qui lui accorde sa confiance et au fur et à mesure du temps la magie ne prend plus et Curry arriva. Son jeu offensif a perdu de sa superbe (pas assez fiable à 3pts, trop de shoot mi-distance). Néanmoins, Monta Ellis a été un titulaire tout au long de ces 10 dernières années. De quoi faire regretter les (trop?) nombreuses franchises qui ont fait l’impasse sur lui le soir de la Draft.

Louis Williams (45e, Philadelphie Sixers)
Annoncé au 2nd tour, Williams possède un profil assez similaire à celui d’Ellis. Bon scoreur, mais pas gestionnaire pour un sou, une défense poreuse et petit pour jouer poste 2. Les spécialistes ne savent pas comment cet arrière provenant d’un lycée en Georgie va pouvoir se faire une place dans un roster sans développer un sens du jeu et une conservation propre du ballon. Par ailleurs, ce qui marque chez ce joueur de 18 ans, c’est cette confiance en soi. Il évoquait déjà l’ambition de devenir le nouvel Allen Iverson de Philly !
Néanmoins, le jeune rookie ne rentre clairement pas dans les plans de coach Mo Cheeks et les résultats des Sixers ne sont pas au rendez-vous. Les dirigeants vont se séparer de leurs deux stars Iverson et Chris Webber lors de la saison 2006-07 ce qui déclenchera par la suite l’éclosion de Lou Williams.
C’est en tant que 6e homme, que Williams trouvera sa voie et portera le maillot des Sixers pendant 7 saisons. Après une série de Playoffs mémorable contre les Celtics, les Sixers enclanchent le mode « Process » et Williams apportera ses services de scoreur fou chez les Hawks, Raptors, Lakers et Rockets en 2017. Un trophée de 6th Man of the year chez les Raptors.
Déjà 12 saisons pour ce joueur décrit comme trop petit et personnel. Douze saisons à arroser et gonfler l’apport offensif du banc. Le néo Clippers a parfaitement bien intégré son rôle dans cette ligue de baobab.
Amir Johnson (56e, Detroit Pistons)
Comme CJ Miles, l’intérieur de 18 ans est frêle et léger. Ses statistiques (21pts/15rds) au sein du lycée de Westchester (LA) ne sont pas des gages de sécurité pour la plupart des scouts et GM. Detroit ne risque pas grand chose en misant sur ce jeune en fin de 2nd tour. Ce soir là, Joe Dumars récupéra également Jason Maxiell (26e) et Alex Acker (60e) qui ne resta pas longtemps dans le Michigan mais que l’on connaît bien en France.
Doté d’une envergure lui permettant de faire ses lacets sans se pencher, et de bonnes qualités athlétiques, Johnson a mis deux saisons avant de vraiment jouer sur le terrain. Pour ses deux premières saisons, il était plutôt question de prendre du poids et de la masse musculaire pour tenir le choc dans la raquette. Quatre saisons sans obtenir de temps de jeu satisfaisant dans une équipe expérimentée, Johnson navigue tout droit vers le lac Ontario pour signer chez les Raptors. Six saisons pleines à Toronto, et une participation non négligeable au redressement de la franchise sur le plan sportif. Après deux saisons, également en tant que titulaire au sein des Celtics, Johnson apportera son professionnalisme chez les Sixers en octobre prochain.
Merci aux Pistons d’avoir pris le temps concernant de développer Johnson lui permettant de tenir une carrière NBA solide. Peut-être une conséquence due à l’expérience Millicic.
Attention ! All-Star Fragile

Andrew Bynum (10e, Los Angeles lakers)
Bon replaçons-nous dans le contexte. Les Lakers craignent, Kobe veut quitter la médiocrité ambiante de LA, mais Phil Jackson est de retour. Avec les envies de départ de Bryant, les spécialistes prédisent un arrière ou un ailier lors de la draft (Granger ou Green). Surprise ! Les Lakers choisissent un pivot de 17 ans annoncé au mieux autour de la 20e position. Mitch Kupchak choisira ensuite le français Ronny Turiaf (37e) et l’arrière Von Wafer (39e).
Jusque là rien de prometteur. Bynum est légèrement en sur-poids, ses moves offensifs rudimentaires et reste naïf en défense. Il faudra deux saisons et des centaines d’heures passées à travailler avec Kareem Abdul-Jabbar pour entrevoir le potentiel offensif de ce pivot venu du New Jersey. L’arrivée de Pau Gasol en 2008 ne nuit pas à son développement et Los Angeles revoit la vie en or. Deux titres NBA (09,10), All-Star en 2012, Bynum, avec Dwight Howard, représente les futurs pivots dominants de la ligue, mais alors qu’ Howard enchaîne les saisons pleines, Bynum n’arrive pas à dépasser les 65 matchs en saison régulière.
De nombreux pépins physiques, une motivation en berne, un trade à Philadelphie, une blessure au genou en jouant au bowling. Ses tentatives de relance chez les Cavs ou chez les Pacers n’ont fait qu’affirmer le fait que ce joueur avait les outils pour rester dans la ligue pour un moment mais son corps et son mental l’ont lâché pour finir sur un goût amer concernant l’ensemble de sa carrière.
Attention ! Fragile
Martell Webster (6e, Portland Trail Blazers)
La période Jail Blazers est passée, Paul Allen souhaita recentrer son équipe autour de jeunes joueurs prometteurs. En 2005, Portland a choisi le jeune ailier Webster ainsi que le meneur Jarrett Jack (22e). Martell Webster a la côte. On parle d’un ailier d’une grande envergure et polyvalent offensivement.
Son professionnalisme ne sera jamais remis en cause, en revanche, Webster va pouvoir installer son propre cabinet de kinésithérapie avec le catalogue de blessures qu’il a accumulé. Portland aura patienté 5 ans avant de le laisser filer à Minnesota. Webster ne pourra jamais dépasser les 30′ de jeu sur une saison et finira sa carrière à 28 ans seulement avec les Wizards à cause d’une opération de la hanche.
De belles aptitudes offensives sur de courtes séquences, malheureusement on ne retiendra pas grand chose de ce joueur à cause des blessures, lui qui représentait l’avenir des Blazers en 2005.
Attention !
Andray Blatche (49e, Washington Wizards)
Ce fût l’une des grosses chutes de la Draft 2005. Annoncé au 1er tour, certains GM ont dû ressentir des inquiétudes quant à son attitude, sa carrure frêle et son jeu frustre à l’intérieur.
Les Wizards tentent le pari qui s’avéra payant au bout de trois saisons avec un apport de 7,5 pts, 5,2rds et 1,4blks en sortie de banc. Deux Post-saisons avec Washington et un temps de jeu en hausse, mais Blatche n’est que rarement titulaire. Une grosse confiance en soi, un fort caractère ce qui n’est pas de trop quand vous avez Gilbert Arenas, Nick Young et JaVale McGee dans le vestiaire.
Après une saison 2011-12 gâchée par les blessures, Washington souhaite tourner la page et Blatche se relança chez les Nets. De bonnes apparitions en sortie de banc, mais de nombreux écarts de conduites ont refroidi les dirigeants quant à le resigner et « le philippin » s’en est allé en Chine à seulement 27 ans.
Douze ans nous séparent de cette cuvée 2005, marquée comme étant la dernière représentée par des lycéens. Avec du recul, chacun d’entre eux présente une carrière NBA plus que respectable voir inimaginable. Les vétérans qu’ils ont pu côtoyer au début de leur carrière et les franchises prenant le temps de développer ces jeunes hommes ont joué un rôle significatif dans ces histoires.
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