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Domantas Sabonis, l’homme s’est fait un prénom en NBA

Fils du légendaire basketteur lituanien Arvydas Sabonis, Domantas se révèle indispensable aux Indiana Pacers dans un rôle de sixième homme. Portrait d’un bosseur au talent inné.​

La déception est vive. Les Portland Trail Blazers nourrissaient de grands espoirs dans ces playoffs 1996, avec la légende européenne Arvydas Sabonis qui bouclait sa première saison en NBA, à 31 ans. Mais le pivot lituanien n’a pas pu éviter l’étouffante victoire du Utah Jazz 102-64 lors de ce match décisif du premier tour, à Salt Lake City. Qu’importe. Deux jours plus tôt, le 3 mai, un bébé du nom de Domantas venait au monde à Portland. Un nouveau bouleversement dans la vie d’Arvydas, qui avait débarqué aux États-Unis un an plus tôt avec sa femme et ses trois enfants, Aušrinė, Žygimantas et Tautvydas. Domantas sera le dernier et le seul né sur sol américain. Comme un signe avant-coureur du destin. Papa n’a pas eu la carrière qu’il méritait en NBA ? Le fiston va régler ça.​
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A la manière de Kobe Bryant ou Stephen Curry pour ne citer qu’eux, «Domas» a grandi près d’un vestiaire NBA. «Mon père nous emmenait au gymnase et nous laissait à la salle réservée aux familles, raconte-t-il dans une vidéo publiée par les Indiana Pacers. Avec mes frères, on jouait à la Playstation 2. Il y avait Rasheed Wallace, Scottie Pippen, Damon Stoudamire… on tombait amoureux du monde du basket.» Malgré cela, c’est en Espagne que Domantas est principalement élevé, à deux pas des plages de Málaga. «Notre père pensait que ce serait difficile pour nous de grandir en Lituanie avec un tel nom de famille», confesse le grand frère Tautvydas à Sports Illustrated. D’un point de vue sportif, le choix s’est avéré payant. Domantas bat des records de précocité sous le maillot de l’Unicaja Málaga et goûte à l’Euroligue avant ses 18 ans. Il se fait repérer en 2014 par Tommy Loyd, un coach assistant de l’université de Gonzaga et tente le paris. Direction le pays natal.​

L’adaptation ? «Il en vomissait ses tripes», se marre Lloyd. Seul dans la ville de Spokane, loin de son environnement et de sa famille, Domas serre les dents. Et le jeu en vaut la chandelle : lors de sa deuxième saison chez les Bulldogs, le gaucher culmine à près de 18 points et 12 rebonds par match, se montrant infernal dos au panier. Comme papa. Bien sûr, son niveau n’arrive aucunement à la cheville de celui de son père, l’un des plus grands joueurs FIBA de l’histoire. Mais il y a des similarités. «C’est dans les petits détails, précise Tautvydas. Ils se battent de la même manière au rebond, à dévier  le ballon vers le haut jusqu’à ce qu’ils puissent l’attraper. Et quand Domas le tient, il ne fait pas une passe normale. Il va la faire à une main, en la faisant passer par-dessus l’épaule ou ce genre de truc. Exactement comme notre père.» «Je ne m’en rends pas compte», répond l’intéressé. La maman, Ingrida, dénote leur personnalité introvertie hors du parquet, ainsi que leur façon identique de s’énerver.​


Quoi qu’il en soit, Domantas Sabonis a du basket plein les mains. Après deux ans à l’université, il est sélectionné en 11e position à la draft 2016 par l’Orlando Magic, qui l’envoie aussitôt à OKC*. Propulsé titulaire, Domas va néanmoins rester sur sa faim. Dans une saison où Russell Westbrook dévore le jeu du Thunder, l’Américano-Lituanien est relégué à un rôle de Stretch Four (ailier fort qui écarte le jeu). Pour un gaillard de 2m11, son pourcentage à 3pts (32%) reste honorable. Mais c’est faire une croix sur ses qualités près du cercle ou son endurance pour multiplier les écrans qu’il a développé tout au long de sa jeunesse. Très mal utilisé, ses moyennes sur la saison s’en ressentent : 6 points, 3,6 rebonds et 40% au shoot en 20 minutes. Ses deux prochaines années dans la Ligue vont confirmer qu’OKC a totalement raté le coche.​

Woj bomb. Le 30 juin 2017, Oklahoma City frappe un grand coup en attirant Paul George. Pour cela, Domantas Sabonis et Victor Oladipo prennent la direction de l’Indiana. Le jeu offensif de l’ancien de Gonzaga va alors prendre un virage : 42% de ses actions sont du pick & roll avec le rôle du poseur d’écran, contre seulement 8,5% de spot-up. A OKC, c’était 28,8% de spot-up et 21,7% de pick & roll. Son nombre de tentatives à 2pts augmente sensiblement (de 4 à 8,4 par match), au contraire de celles à 3pts (de 2 à 0,5). Logiquement, le pourcentage en tir est en forte hausse (+11,5%) sans parler du nombre de points/match (de 6 à 11,5). Enfin, les rebonds : de 3,6/rencontre, Domas grimpe à 7,7.​​

Il n’a pas fallu plus d’un mois pour que ses nouveaux coéquipiers se mettent à l’encenser. «On sent une grande différence lorsqu’il est sur le parquet, note Lance Stephenson. Quand il a le ballon dans la raquette, il y a genre 80% de chance qu’il marque ou qu’il fasse la bonne passe. Je me sens très à l’aise et en confiance avec lui, je sais qu’il va faire les bons choix.» Sabonis confirme : «Lance et moi, on joue l’un pour l’autre. On adore le pick & roll.» Le coach, Nate McMillan, explique qu’il apprécie de faire passer l’attaque par son intérieur, qui est le meilleur scoreur des Pacers en sortie de banc. Thaddeus Young le compare même à un quarterback. L’adaptation est réussite.​


Et en 2018-2019, quelle différence ? Eh bien Domas continue inlassablement à se rapprocher du cercle. Plus de rebonds (9,3) et toujours moins de tirs à 3pts (0,2) pour… plus de points (14,3). Au-delà du pick & roll classique, Sabonis se révèle être un joueur au Q.I. basket élevé, avec un grand sens du déplacement sans ballon, un pur timing et d’excellents fondamentaux. Face aux New York Knicks en octobre dernier, il réalise même un perfect : 12/12 aux tirs et 30 points dans la victoire à l’arrache des Pacers (107-101). «Il est incroyable, s’enthousiasmait Oladipo en décembre, lui donnant son vote concernant le trophée de la meilleure progression. Son jeu et ses chiffres parlent pour lui.» Des chiffres d’autant plus hallucinants venant d’un remplaçant : il est le troisième meilleur scoreur et le meilleur rebondeur des Pacers. Candidat au MIP, Sabonis peut surtout prétendre au trophée de 6ème homme, ses performances n’étant pas innocentes dans la merveilleuse saison d’Indiana.​

Pourtant, Sabonis ne paye pas de mine à première vue. Envergure moyenne, détente relative et pas un sprinteur de compétition. Mais ses caractéristiques, qui mêlent puissance, activité et réactivité, correspondent au jeu lent des Pacers. Surtout, Domas est récalcitrant. «Il joue le 70e match de l’année à 100% et il va essayer de vous tuer», assène Riccardo Fois, ami et coach personnel. Malgré son visage angélique, le fils d’Arvydas s’est confectionné une jolie collection de posters, preuve de sa détermination et de sa force tranquille. Domantas Sabonis s’est fait un nom (ou plutôt un prénom) en NBA : «Je suis respecté maintenant. Quand on est dans le dur, mes coéquipiers me disent  »Allez Domas, on a besoin de toi » et j’aime ça.»​

A seulement 22 ans, Domantas Sabonis s’impose comme un redoutable impact player au sein du collectif bien huilé des Pacers. Le rapport qualité/prix s’avère exceptionnel, l’intérieur étant toujours sous contrat rookie (3,5M$/an en 2019-2020, dernière année garantie). Nul doute que les billets vont pleuvoir lorsque Domas deviendra agent libre. Pour l’heure, il poursuit sa folle progression dans l’Indiana et endosse des responsabilités de plus en plus grandes. Papa peut être fier de lui.​


*Échangé avec Victor Oladipo et Ersan Ilyasova contre Serge Ibaka.

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