Wayne Embry se souvient de l’assassinat de Martin Luther King : « On ne voulait pas qu’il y ait de la violence, donc on a joué »
Même si le nom de Wayne Embry ne parle pas à grand monde aujourd’hui, l’homme de 83 ans est pourtant une personnalité marquante de la NBA. Star dans les années 60 (831 matchs pour 12,5 points et 9,1 rebonds par match), cinq fois All-Star, une fois champion et membre du Hall of Fame, le pivot est aussi le premier Afro-Américain à avoir occupé le poste de General Manager dans le sport professionnel américain lors de sa nomination à Milwaukee en 1971. Et il estime que les joueurs devraient continuer de jouer tout en supportant les manifestants de Black Lives Matter plutôt que de suivre le camp de Kyrie Irving.
« J’ai toujours été partisan du fait que les sportifs devaient être des modèles pour que la société soit meilleure. Parce qu’ils viennent de différentes cultures, avec des environnements différents et travaillent pour un but commun. Jouer maintenant pourrait faire d’eux des modèles. Personnellement, je sais que je jouerais. Je suis un gros supporter du Premier Amendement (qui met en place la liberté d’expression entre autres ndlr). On a le droit de prendre la parole et de manifester. Les joueurs ne devraient jamais se contenter de jouer et de se taire. Si vous croyez en la constitution américaine, ça fait de vous un patriote et vous pouvez dire ce que vous voulez. » Wayne Embry.
La situation actuelle lui rappelle un autre moment fort de l’histoire des États-Unis, au printemps 1968. Les Celtics, dont il portait le maillot à l’époque, étaient en pleine série de playoffs et devaient jouer un match le soir même de l’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968. Lui et ses coéquipiers ont voulu boycotter la rencontre qu’ils devaient jouer contre les Sixers de Wilt Chamberlain.
« On savait que le pays allait être dans la tourmente. On savait qu’il y allait avoir des émeutes. La plupart des joueurs ne voulaient pas jouer, nous n’étions pas concentrés sur le jeu et tous en colère par rapport à ce qu’il venait de se passer. Nous avons organisé une réunion. Certains joueurs blancs voulaient jouer, la plupart des joueurs noirs ne voulaient pas. Red Auerbach (le coach ndlr) est venu nous voir et nous a dit que le Commissioner J. Walter Kennedy était en contact avec les maires des villes des équipes qui devaient jouer, et qu’ils pensaient que c’était mieux que l’on joue, parce que ce match allait intéresser les habitants, et qu’ils resteraient chez eux pour le regarder. Nous avons eu un débat, on ne voulait pas voir de la violence. L’héritage de Martin Luther King ne devait pas l’être. Donc on a joué. » Wayne Embry.
Et gagné, avant que la NBA ne se mette dans la foulée en pause pendant quatre jours jusqu’à l’enterrement de Martin Luther King.
« Nous étions en deuil, très inquiets par rapport à ce qui allait se passer. Les choses se sont calmées après l’enterrement, les communautés sont passées de la protestation au deuil. » Wayne Embry.
L’ancien pivot, consultant pour les Raptors depuis 2014, fait partie de ceux qui poussent la NBA à apporter plus de diversité dans les front offices. Les recrutements de Marc Eversley et Troy Weaver, deux Afro-Américains comme General Manager, respectivement à Chicago et Boston, lui ont fait plaisir.
« La NBA a toujours été à la pointe de la diversité dans le sport, ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas aller plus loin. Les recrutements, c’est par cycle. Mais la NBA a toujours voulu s’améliorer et on veut que ça continue. » Wayne Embry.