Joe Cronin : « Parfois, il faut reculer pour mieux repartir, et nous ne sommes pas convaincus que ce soit nécessaire maintenant »
S’il vient d’être nommé GM par intérim, Joe Cronin connaît bien la maison à Portland. Présent au sein de la franchise depuis une quinzaine d’années, il est dans un environnement familier pour démarrer ce nouveau poste, pour lui qui a gravi tous les échelons avant d’en arriver là. Et il annonce en tout cas directement la couleur.
« L’organisation veut gagner. Parfois, il faut reculer pour mieux repartir, et nous ne sommes pas convaincus que ce soit nécessaire maintenant. Notre approche aujourd’hui n’est pas celle d’une reconstruction. C’est de s’améliorer. Nous n’avons pas évoqué une seule fois le fait de revenir en arrière. » Joe Cronin
Pas effrayé par l’idée de transférer des joueurs, il n’hésitera pas à secouer le cocotier en cas de nécessité. Rappelons que Robert Covington et Jusuf Nurkic sont quant à eux en fin de contrat en fin de saison et donc il est envisageable de les voir transférés lors de la trade deadline.
« Nous avons un groupe stable qui peut gagner pas mal de matchs. Prendre des risques signifie que vous prenez un risque d’augmenter vos pertes, mais aussi que vous vous donnez une opportunité d’augmenter votre plafond. C’est le genre de trade qui m’intéressent. Je suis OK avec le fait de rater un trade si je pensais que cela pouvait nous amener à un tout autre niveau. Je suis OK avec le fait de reculer, lorsque nous prenons de l’élan. » Joe Cronin
Alors qu’il raconte à qui veut l’entendre que devenir GM d’une franchise NBA représente son rêve depuis qu’il est gamin, Cronin a gravi les échelons comme personne au sein de la franchise de l’Oregon. Depuis une décennie, celui qui n’a que 45 ans, est de toutes les décisions importantes et possède son mot à dire sur les Blazers, concernant la free agency, les contrats et tout ce qui touche au basket de près ou de loin.
GM de la franchise de 2007 à 2010, Kevin Pritchard se souvient encore des premiers pas de Cronin au sein de la franchise. Un fan de basket, combiné à un travailleur acharné, qu’importe le travail à effectuer.
« Lorsque vous engagez quelqu’un, l’une des choses que vous essayez de voir rapidement ce sont les véritables raisons qui poussent la personne à aller vers ce travail. Est-ce à cause de l’argent, du glamour, autre chose… Et avec Joe, c’est évident qu’il avait un pur amour pour le basket. Il aime le jeu. Pour moi, c’est ce qui ressortait.[…] L’une des premières choses que je vois chez mes employés est de voir s’ils sont égocentriques. Vont-ils centrer le travail sur eux-mêmes ou vont-ils mettre le travail au centre de leur intérêt et le faire correctement. Joe est arrivé et était au plus bas niveau. Il faisait simplement son travail et demandait ce qu’il fallait faire de plus. » Kevin Prichard
Il a rapidement évolué et s’est retrouvé à devoir dénicher les pépites des deuxième et troisième divisions NCAA, pour ce qui seront ces premiers véritables instants de scouting. Qui vont rapidement être rejoint par un autre savoir tout particulier, qui fait de Joe Cronin un atout très intéressant pour Portland à l’époque. Celui de la connaissance de l’accord collectif entre les joueurs et la NBA. Cronin veut devenir un expert en termes contractuels et veut tout connaître sur le salary cap. Alors il et relit des dizaines de fois les 500 pages de l’accord collectif, un véritable travail de fond, car c’est un corpus compliqué à lire. Mais malgré le travail, il savait ce qu’il gagnerait à développer cela. Et effectivement, son rôle et son influence sur les décisions ont grandi grâce à cette nouvelle compétence.
« Je savais que c’était une qualité qui augmenterait mes compétences. Donc si le scouting ne fonctionnait pas, ou n’était pas utile, si j’étais un de ces gars qui s’y connaît sur le cap, j’aurais toujours un rôle. C’était comme de lire une langue étrangère lorsque je lisais ça. Je parie que je l’ai lu 100 fois cette année-là. J’avais du mal à le lire. Chaque fois que je le lisais, j’y arrivais un peu mieux, ça commençait à avoir plus de sens. Et au fur et à mesure du temps, à force de voir des deals se faire dans la ligue, ou alors que j’entendais les experts en parler pendant les réunions, j’absorbais les informations. »
Et Pritchard est d’ailleurs persuadé que le choix de Cronin comme GM par intérim est très pertinent tant le jeune homme qu’il était lui a fait bonne impression. Et Cronin de son côté va évoluer dans un environnement serein, avec une propriétaire en qui il a confiance et qui pourrait payer la luxury tax si besoin. Mais Cronin ne voudra pas dépenser pour dépenser, il voudra le faire en fonction de l’intérêt des contrats.
« On en discutera des avantages que pourrait avoir le fait de rester en dessous de la taxe, mais ces avantages ne sont pas financiers. Cela change votre capacité à opérer et à réaliser des transactions. Vous êtes un peu plus limités lorsque vous payez la taxe. Vous ne pouvez pas par exemple faire de sign-and-trade, vous avez une plus petite midlevel exception, et c’est plus compliquer de vous améliorer. Donc il y a beaucoup d’avantages mécaniques à être en dessous du gap. » Joe Cronin
Son défi est en tout cas relativement simple, réussir à gagner sans passer par une reconstruction de l’effectif. S’il ne semble pas effrayé à l’idée de trade plusieurs joueurs, il n’ira pas chercher de tours en draft en échange et ne balancera en aucun cas la fin de saison.
« Le principal challenge auquel on est confronté c’est que c’est extrêmement compliqué de passer de bon à excellent. Nous avons une équipe solide depuis plusieurs années, mais nous avons un plafond. Comment pouvons-nous surpasser ce plafond pour être compétitifs. » Joe Cronin
Alors qu’il semble plein d’ambitions, celui qui le connaît très bien en la personne de Pritchard a déjà sa petite idée en ce qui concerne les actions du nouveau GM.
« Je dirai cela : il va être très minutieux et je ne pense pas qu’il aura peur de prendre un risque. » Kevin Prichard
Via The Athletic