Comment Aron Baynes s’est retrouvé paralysé en plein match des JO; L’Australien sort de son silence et revient sur son calvaire
Depuis des mois, depuis la rencontre entre l’Australie et l’Italie lors des Jeux Olympiques de Tokyo, c’est le mystère concernant Aron Baynes. Quelques jours après la rencontre il avait été annoncé out pour le reste des JO, puis on avait appris qu’il était à l’hôpital. Il y a quelques mois son agent avait annoncé qu’il ne jouerait pas de la saison et avait évoqué vaguement une chute dans le vestiaire. Baynes ne s’était pas exprimé depuis, mais a posté un message sur les réseaux sociaux et s’est confié à ESPN sur le calvaire qu’il a vécu ces derniers mois.
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En dernier quart temps de ce match face à l’Italie, alors que le coach Brian Goorjian voulait faire rentrer son pivot, pas de trace de lui sur le banc. Il était parti aux toilettes, très loin du banc dans l’immense Saitama Super Arena. Un membre du staff est allé le chercher et il a trouvé le pivot étalé sur le sol carrelé des vestiaires, en sang, la faute à deux perforations sur son bras. Sonné, Baynes ne pouvait même pas se relever.
La seule chose dont il se souvenait c’était de se diriger en courant vers les toilettes. À première vue ses blessures étaient dues à deux crochets pour des serviettes sur le mur.
Il a été porté sur une civière, et sur le moment personne n’a réalisé qu’il ne pouvait plus marcher et ce que seraient les semaines suivantes, passées dans un hôpital de Tokyo, seul, dans la peur de rester paralysé.
« Le moment le plus solitaire de ma vie, c’est lorsque j’étais allongé dans cet hôpital, que j’ai perdu conscience, que j’ai passé en revue mon plan de vie et mes objectifs, et que j’ai simplement pleuré », raconte Baynes, qui parle de cette épreuve pour la première fois. » Mon oncle Don a eu un accident il y a 10 ans. Il est quadriplégique. Ma famille a pu voir ce que c’est. J’avais tellement peur. »
C’était quelques jours après une chute face au Nigéria. En retombant suite à une tentative de dunk, il a perdu l’équilibre, et a heurté le parquet avec la tête. Il n’avait pas joué la seconde mi-temps par précaution.
« Nous ne savons pas vraiment ce qui s’est passé. Les neurologues ne peuvent pas être sûrs de la cause exacte. Mais j’avais très mal après cette chute. J’étais assez endolori et j’avais besoin d’analgésiques pour jouer ».
Il a continué la compétition, mais il n’a pas pu se relever de cette nouvelle chute dans le vestiaire, dont on ne connait toujours pas la raison : un sol mouillé ou les conséquences de la première chute quelques jours avant. Ce qui est certain c’est que son état s’est rapidement dégradé alors que le match se terminait.
« En une demi-heure, mon état a vraiment commencé à se détériorer » Baynes.
Lorsqu’on l’a trouvé dans les vestiaires et qu’il a repris connaissance, les médecins ont d’abord pensé qu’il avait subi une commotion cérébrale. Mais au fil du temps, ses jambes ont commencé à picoter. Puis il a réalisé qu’il ne pouvait plus bouger sa main et son bras gauche. Ayant toujours besoin de se soulager, quelqu’un lui a apporté une bouteille d’eau vide, en vain.
A l’hôpital il a passé de nombreux examens et une IRM a montré qu’il avait une hémorragie interne qui exerçait une pression sur sa moelle épinière. Alors qu’il était d’abord question d’une opération, un neurochirurgien australien avait une autre solution. Un traitement et une thérapie physique pour réduire le gonflement afin qu’il puisse rentrer chez lui.
Pendant deux semaines son obsession a alors de pouvoir se mettre debout. C’était en effet la condition pour qu’il puisse prendre un vol pour Brisbane et sortir de cette chambre d’hôpital. Les douleurs étaient horribles.
« Je ne pouvais pas faire face. C’était comme une combinaison de brûlure, de coups de couteau », dit Baynes. « J’avais besoin d’analgésiques, mais ils m’assommaient, alors j’ai dû me les faire administrer en fonction des matchs (qu’il voulait pouvoir regarder). Les infirmières m’ont montré tellement de compassion. »
10 jours après son arrivée à l’hôpital, il a assisté à la victoire des siens dans le match pour la 3ème place face à la Slovénie. Durant la célébration dans le vestiaire ses coéquipiers l’ont appelé en Face Time, et le lendemain Matthew Dellavedova et Nathan Sobey sont passés le voir pour lui porter sa médaille.
« C’était une visite assez émouvante, vous savez ? » A confié Dellavedova. « Nous avons connu un si long parcours pour en arriver là et il était un élément si important du programme. Il y a eu quelques larmes. »
Sa condition a commencé à s’améliorer, et il a repris des forces. Après 11 jours il a finalement pu se lever, mais ne pouvait toujours pas marcher. C’est allongé dans un avion médical affrété tout spécialement qu’il a pu rejoindre l’Australie, mais compte tenu du protocole sanitaire en place en Australie, il a dû passer deux semaines en quarantaine dans un hôpital, sans pouvoir voir sa famille.
Il a commencé une grosse rééducation, restant au final dans un hôpital de Brisbane pendant près d’un mois, à progresser pas à pas, réapprenant à marcher. C’est après deux mois qu’il a pu recommencer à courir tout doucement. Les chutes ont visiblement été fréquentes, mais après une semaine sans accroc, il s’est fait un petit plaisir récemment en retouchant un ballon de basket et en prenant quelques tirs. Désormais il a intégré ça à sa rééducation quotidienne.
Le chemin est encore long, mais il reprend peu à peu une vie normale. Il y a quelques jours il était à un match de NBL où il a pu voir Matthew Dellavedova.
« Si vous me voyiez maintenant, vous ne sauriez pas que quelque chose s’est passé », explique Baynes. « Il y a eu beaucoup de progrès au cours des six derniers mois ».
Désormais son objectif est de revenir en NBA la saison prochaine, et il s’en donne les moyens !
« Il ne s’arrête pas, il veut faire 8h par jour. Nous essayons de le retenir, mais c’est dans sa nature. » Daniel Moldovan, son agent de longue date
Il aimerait bien goûter à cette NBA qui s’est un peu durcie cette saison.
« C’est tellement plus fun maintenant. C’est comme ça que je jouais jeune et j’ai vraiment envie de revivre ça. […] « Je ne sais pas à quoi ressemblera le chemin, mais je vais tout donner. »
Via ESPN