La saison perdue – Boris Diaw, 2005-2006

La saison perdue – Boris Diaw, 2005-2006

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Ce texte est une traduction de l’article « The Lost Season : Boris Diaw, 05-06 » de Noam Schiller, paru en Juillet 2011. Il fait partie d’une série d’articles parmi lesquels figurent d’autres saisons uniques dans la carrière de certains joueurs, comme la saison 2004 de Stojakovic par exemple. J’ai contacté l’auteur de l’article original, mais n’ai pas eu de réponse de sa part. De ce fait, je me suis tenu au strict texte de son article, et ai conservé certains passages ou phrases que j’aurais préféré couper, comme la préface par exemple. Bien que je sois en désaccord avec certains paragraphes, le texte de l’article figure donc ici dans sa totalité. Si l’auteur de cet article venait à lire ces lignes, je l’invite à nouveau à prendre contact avec moi. Quand à vous, je vous souhaite une bonne lecture. Lucas (true-nba.blogspot.fr)

LA SAISON PERDUE – BORIS DIAW, O5-06

Par Noam Schiller

Face à la menace d’une saison raccourcie, voire annulée, il n’y a pas grand-chose à faire si ce n’est de regarder des tournois U19 ou de lire les livres qui recousent un petit morceau de Basket au tissu de nos vies. Ce que nous pouvons faire en revanche, c’est nous remémorer le souvenir d’autres saisons perdues. Des saisons qui ont vu des joueurs ou des équipes accomplir d’authentiques exploits, bien au-delà des titres ou des trophées, pour finalement s’estomper l’année suivante vers leur place initiale, à l’arrière-plan du tableau. Ici, nous raconterons l’histoire de ces saisons perdues, celles qui nous ont personnellement touchés, celles dont nous nous souviendrons toujours, bien que l’histoire puisse les oublier. Nous commencerons avec l’histoire du magicien Boris Diaw, et de sa représentation de 2005-2006.

Steve Nash est un double MVP, un des meilleurs meneurs que la Terre ait jamais porté, et le régisseur général de ce que l’on peut considérer comme l’attaque la plus enthousiaste de tous les temps. Et pourtant, si on venait à le questionner à ce sujet, il éluderait probablement la question, et préférerait peut-être même qu’on se souvienne de lui comme d’un martyr.

En effet, tout a toujours joué contre Steve Nash au cours de sa carrière, joueurs, dirigeants, circonstances et évènements. Mark Cuban, qui préfère ne pas le prolonger face au risque de laisser passer une affaire comme Erick Dampier. Joe Johnson, qui se fracture la paroi orbitale avant les Finales de Conférence 2005. L’opération d’Amar’e Stoudemire en 2006. La tête de Tony Parker, la hanche de Robert Horry, et la sentence de Stu Jackson en 2007. Le trois-points de Duncan en 2008. Les habitudes de diva du Shaq et les habitudes de Terry Porter en 2009. Le airball de Kobe Bryant qui atterrit tout droit dans les mains de Ron Artest en 2010. Hedo Turkoglu. Vince Carter. Joe Johnson, Amar’e Stoudemire et Shawn Marion, qui décident l’un après l’autre que recevoir la balle où on le veut et quand on le veut n’a en fait rien d’amusant. Robert Sarver, qui brade des picks de draft, des joueurs des Suns, et des âmes d’enfants. La liste est encore longue.

Mais parmi tous les coups durs, toute la folie des dirigeants, et il faut bien l’avouer, une certaine malchance, rien ni personne n’a autant fait de mal à la carrière de Steve Nash que ne l’a fait Boris Diaw.

L’ARRIVEE

Juillet 2005. Les Suns sortent d’une saison à 62 victoires, qui a valu à Mike D’Antoni le trophée de Coach of the Year, à Steve Nash son premier MVP, et qui a sonné le retour au premier plan d’un Basket offensif et décomplexé. Phoenix est au plus haut, fort d’une armée de fans fraichement recrutés, et pourtant les Spurs -qui les ont dégagés des Playoffs en 5 matches- poignent toujours à l’horizon. Pour pouvoir faire face à cet impassible Goliath, le shooteur Quentin Richardson est envoyé à New York en échange de Kurt Thomas, ce qui permet à Phoenix de disposer d’un intérieur capable de s’opposer à Tim Duncan, récent MVP des Finales. Un cinq majeur plein de promesses, donc : Steve Nash, Joe Johnson, Shawn Marion, Amar’e Stoudemire, et Kurt Thomas. Soit trois All-Stars, un point d’ancrage défensif, et un ailier aussi besogneux que polyvalent, Johnson, qui a bouclé sa saison sur des moyennes de 17 points et 47% à trois-points. En somme, un tableau qui annonce des lendemains aussi radieux que le soleil de l’Arizona.

Sauf que Joe Johnson veut partir.

Comme il est bien trop dur de résister à la tentation d’un roster haut en couleurs et en promesses d’être le Numéro Un dans une équipe lamentable, Joe, qui est restricted free-agent, demande aux Suns de ne pas s’aligner sur les 72 millions de dollars sur 5 ans proposés par les Hawks. Phoenix parviendra presque à s’en tirer grâce à Steve Belkin, actionnaire minoritaire à Atlanta, mais l’intervention d’un juge enverra finalement Johnson en Géorgie dans un sign-and-trade. Les Suns en sortent toutefois la tête haute, forts de deux first-round picks (qui deviendront Rajon Rondo, envoyé aux Celtics, et Robin Lopez) ainsi qu’un arrière français du bout du banc répondant au nom de Boris Diaw.

LE PREAMBULE

Au cours de ses deux premières saisons, Boris Diaw n’avait pas jugé utile de donner signe de sa capacité à être un bon joueur NBA. Profil-type du drafté européen des années 2000, Diaw fut choisi avec le 21e pick de la draft 2003, grâce à sa combinaison de taille et de fondamentaux affinés par une formation en Europe. Diaw était annoncé comme un arrière de 2m05 capable de manier le ballon, de trouver des espaces pour ses coéquipiers, de prendre des rebonds si nécessaire, et d’être à l’heure pour le thé.

En réalité, il poussa le syndrome du drafté européen à son paroxysme et fut en dessous de tout. Les tirs étaient ratés, les balles étaient perdues. Au lieu d’être l’arrière passeur annoncé, pendant naturel de Jason Terry le meneur shooteur, Diaw fut vite contraint à un simple rôle de remplaçant, qu’il ne remplit qu’avec peu de succès. 25 minutes par match au cours de son année rookie, qui devinrent 18 minutes l’année suivante, inutile de préciser que lorsque Phoenix exigea le décevant ailier français comme contrepartie pour Joe Johnson, les Hawks furent ravis de se plier à leurs exigences.

On savait que Diaw avait tapé dans l’œil des Suns avant la draft 2003, et Phoenix comptait remplacer Joe Johnson par un ensemble de joueurs dont le Français ferait partie. Signé pendant l’été, Raja Bell assurerait le rôle d’arrière shooteur et défenseur. Leandro Barbosa, dont la carrière était encore sur la pente ascendante, serait le deuxième porteur de balle derrière Steve Nash. Jim Jackson et James Jones s’occuperaient tout naturellement du café des allitérations. Et Diaw ? Diaw, avec un peu de chance, apporterait un peu de tout au cours des minutes qu’on lui donnerait tant qu’il ne serait pas un boulet pour l’équipe. Si l’on s’en tient à la définition de « profondeur de banc » de Mike D’Antoni, c’était bien plus qu’assez.

Ce fut à ce moment-là qu’Amare (sans apostrophe, à l’ancienne, mec) se fit opérer du genou.

LA REVELATION

La blessure d’Amar’e avait tout changé. D’une équipe abondamment fournie à l’arrière, déserte à l’intérieur, mais avec une rampe de lancement trois étoiles sans équivalent, San Antonio mis à part, les Suns étaient passés à : Steve Nash tire les ficelles, Shawn Marion s’occupe du reste, et Seigneur Dieu c’est tout ce qu’il nous reste. Puis, quand un début de calendrier meurtrier vint lancer la saison de Phoenix sur un premier bilan de 4v-5d, l’ère dorée du Seven Seconds Or Less ne semblait plus qu’un lointain souvenir.

Mais alors qu’on dressait ce triste constat, un évènement bien plus important s’était passé.

Boris Diaw avait décidé qu’il serait un maître ès-passes.

Tout commença avec une pointe à 5 passes décisives contres les Lakers, lors du deuxième match de la saison. Puis ce fut 6 contre Utah. Puis Boris Diaw prit feu. Une ligne à 11-9-11 au cours d’une défaite contre les Kings, qui, s’ils étaient toujours une bonne équipe, étaient bien loin de leur grandeur du début de la décennie. 6 passes au match suivant. Puis 5. Puis 7. Le genre de passes qu’on n’imagine pas sortir des doigts d’un joueur de 2m05. Pas aussi pures, en tout cas, pas d’une telle qualité. Pour une équipe qui ne comptait dans ses rangs qu’un seul créateur –et même si l’on parle d’une légende comme Steve Nash- faire jouer Diaw tant qu’il ne devenait pas un boulet n’était plus un handicap. Ce n’était même plus un choix à faire.

Le 23 novembre, au lendemain d’une victoire contre les Raptors qui leur avait permis de retrouver un bilan équilibré, les Suns affrontaient les Rockets. Houston était alors en difficulté, privé de McGrady et contraint de faire débuter aux côtés de Yao Ming des joueurs comme Luther Head, Ryan Bowen, David Wesley ou Juwan Howard. En face, les Suns titularisaient Boris Diaw.

Phoenix remporta le match 100 à 88, la deuxième victoire d’une série qu’ils porteraient à neuf. Boris Diaw termina le match avec 17 points, 10 rebonds et 6 passes.


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AILIER TITULAIRE, MENEUR REMPLACANT, PIVOT REMPLACANT

Le jeu de passes supérieur de Diaw lui avait ouvert les portes de la gloire, mais aussi brillant que soit cet aspect de son jeu, le Français avait plus d’une corde à son arc. En effet, au cours de son premier mois de rédemption, si Diaw présentait un énorme 5.8 passes de moyenne en moins de 29 minutes, son impact se ressentait bien au-delà. A ces passes venaient s’ajouter 6.3 rebonds, 10,5 points à 53% et un travail défensif des plus solides. Mais le plus important était le fait que depuis qu’il faisait partie du cabaret Steve Nash, Diaw s’était découvert une certaine rage et ne relâchait jamais ses efforts, ce qu’il n’avait jamais montré en sortie de banc à Atlanta. Ainsi, il cherchait à présent avec volonté à marquer et à distribuer le jeu au lieu de faire de la figuration tout en espérant qu’il ne serait pas remplacé par un type comme Dion Glover.

Au fur et à mesure que les matches passaient, on parlait de moins en moins d’un coup de chaud et on succombait de plus en plus à l’émerveillement suscité par Boris Diaw. Mais on avait en fait encore rien vu. Au sein d’une équipe avec si peu de profondeur aux cinq postes, en particulier à l’intérieur, c’eût été du gâchis que de laisser à l’arrière un joueur de 2m05 qui peut à peu près tout faire.

Lorsqu’il fut intronisé dans le 5 majeur lors de ce match contre Houston, Diaw avait été listé comme ailier, ce qui constituait un changement minime par rapport à sa précédente accréditation d’arrière. Mais tandis que le jeu de Diaw gagnait en volume, les besoins de Phoenix à l’intérieur grandissaient tout autant, et de façon dramatique. Le passage au poste d’ailier fort « 8 minutes environ, juste le temps de faire souffler Marion » était déjà assimilé. Puis une autre étape fut franchie : remplacer Kurt Thomas au poste 5. On peut penser que même D’Antoni devait se demander à quel point il pourrait tirer sur la corde, et pourtant Diaw était là, à se frotter aux pivots. Et pourtant les Suns étaient là, à gagner des matches.

Avant la draft 2003, on voyait Diaw comme un extra-terrestre qui jouait arrière. A présent, on le voyait comme un OVNI, et ce à tous les niveaux, un peu plus loin dans le surnaturel. Il pouvait assurer aux 5 postes, commençant au poste 3 en donnant un rythme puissant à l’ensemble, avant de devenir plus musical en 1, tout en dépannant à la basse poste 5. Il pouvait même consacrer un peu de temps aux autres instruments si nécessaire, sa large palette lui permettant de soutenir ses coéquipier en étant tour à tour le deuxième porteur de balle aux côtés de Nash, ou le colocataire de Thomas dans la peinture.

Février 2006. Les Suns présentent un bilan de 36v-17d, et viennent de battre les Celtics de Paul Pierce (et de pas grand-chose d’autre, d’ailleurs) quand l’annonce tombe : on a diagnostiqué à Kurt Thomas une fracture de fatigue au pied. En temps normal, on met simplement le pivot remplaçant dans le 5 de départ à la place du pivot blessé. Sauf que les Suns faisaient déjà débuter leur pivot remplaçant, au poste d’ailier. Dorénavant, ce ne serait plus le cas.

Quand Kurt Thomas fut contraint de quitter le groupe et que Boris Diaw devint officiellement pivot titulaire d’une équipe NBA, les Suns venaient de gagner 5 matches d’affilée. Ils portèrent cette série jusqu’à 11 victoires et finirent la saison sur un bilan de 18-11 après la blessure de Kurt, ce qui leur permit de décrocher la deuxième place à l’Ouest. Steve Nash qui était, ne l’oublions pas, toujours l’architecte, toujours le maître à jouer, remporte alors son deuxième MVP d’affilée –au grand dam de beaucoup d’entre vous, mais ce n’est pas le moment d’en débattre. Diaw, qui termine la saison avec des moyennes de 13.3 points à 56.4% (True Shooting Percentage) 6.9 rebonds et 6.2 passes par match, remporte le Most Improved Player lors d’un des scrutins les moins disputés de l’histoire du trophée –avec tout le respect que nous devons à David West, qui avait réalisé une saison incroyable, et qui, avec un rookie, Chris Paul, et un autre revenant, Diaw, avait formé un trio qui à lui tout seul m’a permis de remporter ma Fantasy League.

Mais pour les Playoffs, il vous faut de la taille, non ? Diaw ne peut pas être un pivot pour les Playoffs, non ?

AU SOMMET

Au premier tour, les Suns affrontaient une équipe peu fournie à l’intérieur, les Lakers. Lamar Odom n’avait jamais vraiment été une présence dans la peinture, et bien que Kwame Brown soit le pivot titulaire, il restait une vaste blague. Mais Phil Jackson connaissait la faiblesse de son adversaire, et l’exploita. Kwame et Lamar furent gavés de ballons dans la raquette de Phoenix, dont les deux starters culminaient respectivement à 2m et 2m05. Avec un Kobe Bryant au sommet de sa forme, cela faillit suffire. Les Suns parvinrent tout de même à passer le premier tour, devenant par la même occasion la neuvième équipe à refaire un retard de 3-1, non sans avoir du résister aux 50 points de Bryant au match 6. Ils n’étaient pas au bout de leurs peines, car ils devraient faire face à une autre série en 7 matches, contre une autre équipe de Los Angeles, les déconcertants mais éphémères Clippers d’Elton Brand et Sam Cassell. Mais les Suns s’en tirèrent à nouveau, et une nouvelle fois dans la douleur.

Durant ces deux séries, Diaw et les Suns se firent méchamment dominer au rebond. Diaw alignait 5.8 prises par match au cours des Playoffs, ce qui était bon pour un ancien ailier, mais insuffisant pour un pivot. Bien que son apport au scoring ait augmenté et qu’il soit toujours aussi bon à la passe, c’est en équipe épuisée et dominée que les Suns se présentèrent en Finales de Conférence. Sérieusement, ils avaient eu besoin que Daniel Ewing se craque et que Tim Thomas (signé en Février) ressuscite miraculeusement pour arriver à battre les Clippers. Tim Thomas ! LES CLIPPERS !

24 Mai 2006. Coup d’envoi des Finales de Conférence à Dallas, dans une American Airlines Arenas en fusion, face à des Mavericks qui on ne sait trop comment, ont fini quatrièmes à l’Ouest avec le deuxième meilleur bilan. Les Mavs viennent de sortir les champions en titre, à l’issue d’un match 7 pourtant à San Antonio. Dirk est alors à son apogée, Avery Johnson dirige ses troupes d’une main de maître, et Josh Howard fait le taf.

Steve Nash fut égal à lui-même, dominateur de l’entre-deux au buzzer, terminant avec 27 points et 16 passes, parmi lesquels un des 3-points les plus couillus de l’histoire des Playoffs : à -7 ; 2’14 à jouer, 19 secondes pour shooter, et absolument personne au rebond. Mais Nash nous a habitués à ce genre de coups d’éclat à ce niveau de la saison.

La performance de Nash mise à part, Boris Diaw avait rendu une copie des plus inattendues. Défendu tantôt par ce bûcheron d’Erick Dampier, tantôt par un Dirk trop lent, tantôt par un Keith Van Horn trop vieux, Diaw détruisit tout sur son passage. Sur pick and roll, en isolation, en tête de raquette, au poste, personne sur la Terre n’aurait pu arrêter Boris Diaw ce soir-là. Avec 5 secondes à jouer et les Suns à -1, Diaw reçoit la remise en jeu de Thomas au poste bas, à droite du panier, avec Stackhouse dans son dos. Fort de son gabarit, il pose un dribble vers la raquette, se retourne vers la ligne de fond, enrhume Stackhouse d’une petite feinte, puis rentre tranquillement son shoot, à deux mètres du panier. L’affaire est entendue. Ce sont là ses 33e et 34e points de la soirée, auxquels viennent s’ajouter 6 rebonds, et « seulement » 2 passes –cela dit, avec Nash à 16 assists, pas évident de tenir le rythme.

5 matches plus tard, les Suns payent leur manque de profondeur et voient leurs espoirs enterrés par les Mavericks, mais Boris Diaw est définitivement devenu une force qu’on ne peut plus se permettre d’ignorer : 24.2 points à 52% (76% aux lancers) avec 8.5 rebonds et 1.7 contres. Une ligne de stats qui soulève une interrogation : au sein d’une équipe plus classique au niveau de la taille, Diaw pourrait-il jouer pivot de façon permanente ? Sa moyenne de passe avait baissé au cours de la série (3.2 par match, contre 3.3 pertes de balle) mais il n’avait plus rien à prouver de ce côté-là. En revanche, il devait faire ses preuves dans les autres secteurs du jeu, et il l’avait fait avec brio. Avant même de goûter à la free agency, on lui offrit un contrat de 45 millions sur 5 ans. Pour le Boris Diaw qu’on avait pu voir contre Dallas, c’était donné.

LA CHUTE

L’exercice 2006-2007 s’annonçait prometteur pour les Suns. Amare était de retour. Kurt Thomas était en forme. Le noyau Nash/Marion/Diaw était toujours là, entouré de Bell et Barbosa. Et en effet, cette campagne fut plutôt une réussite, malgré une sortie controversée à la fin d’une série contre les inévitables Spurs, disputée avec acharnement pour ce qui était aux yeux de tous la Finale NBA, bien qu’il ne s’agisse que d’un second tour.

Mais Diaw n’était plus le même. Stoudemire remis à flot, il eut du mal à se faire à un rôle moindre de 3e option en attaque. Sa production chuta dans tous les domaines et son moral s’assombrit. On retrouva l’enfant timide des deux premières saisons à Atlanta, et prétendre que c’était du à son nouveau contrat ou à un supposé manque de confiance du staff serait mentir. Un an plus tard [sic], il fut envoyé à Charlotte où à défaut de polyvalence, il apporta surtout son flegme et son appétit. La musculature était devenue corpulence, le joueur qui pouvait jouer aux 5 postes était devenu un ailier-fort à la lenteur assumée, et mis à part une inespérée 7e place à l’Est en 2010 et des vannes sur son poids pendant les championnats du Monde 2010, Boris Diaw disparut du radar.

Il serait facile de jeter la saison 2005-2006 de Diaw avec l’eau des pâtes, ou de la ranger sur une étagère avec les diverses créations de Steve Nash et D’Antoni. Les détracteurs diront que pendant que Diaw perçait dans le système D’Antoni, même Tim Thomas avait pu laisser croire qu’il méritait un contrat de 24 millions sur 4 ans. Mais ce serait beaucoup trop réducteur vis-à-vis de Diaw, tant ce qu’il a accompli était indépendant de Nash et du cerveau à moustache. Diaw menait le jeu quand Nash ne le faisait pas, et créait pour ses coéquipiers pendant que le Canadien était allongé à côté du banc, ou planté dans le corner en attendant la balle. Boris Diaw fut un élément aussi important à la réussite de l’attaque des Suns que l’attaque des Suns fut un élément important à la réussite de Boris Diaw.

LA OU REPOSE LE GENIE

Dans un sport comme le Basket où la taille est un facteur clé de tous les aspects du jeu, cette notion de taille nous amène souvent à penser de façon stricte. Les grands font ça, les petits font ça. Mettez ces définitions côte à côte et vous aurez une équipe. Mais lorsque ces barrières sont franchies, nous devenons méfiants et nos attentes en deviennent bien trop élevées. Par exemple, Andrea Bargnani ne sera peut-être jamais une star, mais retirez lui 15 centimètres et son style de jeu paraîtra subitement parfaitement normal. Puisqu’il n’est pas sorti du moule de l’ailier-fort classique, il est condamné à être raillé tant que son jeu atypique ne lui aura pas apporté victoires et récompenses.

Cependant, le jeu a évolué, et ces barrières implicites ont été franchies de plus en plus fréquemment. De la même manière, si l’un de ces joueurs bâtards voit son parcours jalonné de succès, il devient un modèle quasi-biblique. Michael Jordan était un arrière shooteur qui a porté le jeu d’attaque du cercle à un tout autre niveau, et quand il n’a plus été capable de jouer ce jeu, il est devenu un maître du poste. Dirk Nowitzki a fait d’un timide outsider à l’Ouest un champion en étant capable de marquer de partout, bien que son jeu consiste à shooter principalement à 5 mètres et à ne jamais décoller plus d’un pied du sol à la fois.

Les gestes incroyables sont des gestes incroyables, peu importe qui les réalise. C’est ce qui nous fait aimer le Basket. Blake Griffin qui reste en l’air suffisamment longtemps pour avoir le temps de jouer Monopoly sur le crâne d’un pivot russe, ou Jason Terry qui, au mépris de la logique, envoie une balle orange dans un cercle 9 mètres plus loin, malgré un monstre de 2m03 et 135 kilos juste devant lui, à un moment critique d’un match des Finales, c’est ce qui nous fait nous lever de nos sièges et remercier James Naismith du plus profond de notre cœur.

Pourtant, le vrai génie peut être trouvé au plus profond de ces joueurs bâtards. En termes de Basket, je suis un fanatique de l’intérieur passeur. Je crie et je saute et l’endorphine coule à flots quand je vois un dunk surhumain ou un fadeaway à 45 degrés, mais ce n’est rien comparé au moment ou je vois un gars comme Al Horford ou Pau Gasol glissant une passe avec rebond à la trajectoire parfait vers un coéquipier en mouvement. Pour d’autres, ce sera de voir le minuscule Derrick Rose, se jetant dans la peinture, au milieu de la terre des géants dont on ne repart que dans la douleur, dans le seul but de faire glisser cette balle orange en haut de la planche, là où elle peut prendre sa rotation qui la fera retomber droit dans le cercle.

Tout comme Larry Bird et Magic Johnson qui étaient deux spécimens-que-l’on-ne-voit-qu’une-fois-par-génération, mais de la même génération, des passeurs et joueurs d’équipe dans des corps bâtis pour d’autres talents, tout comme LeBron James qui se détache de ses contemporains par sa capacité supérieure à voir le jeu et trouver ses coéquipiers depuis son corps de Karl Malone, voilà comme était Boris Diaw.

Bien entendu, Diaw n’était pas au niveau de ces légendes, il était plus un Lamar Odom, pas tout à fait un spécimen physique, mais avec des capacités qui s’étendent sur toute la surface de la planète Basket, des capacités qui auraient du lui offrir cette planète, nous faisant perpétuellement languir pour tellement plus. Alors que les Larry, les Magic et les LeBron ont ce génie qui transpire de chaque pore de leur peau, les Boris et les Lamar sont des génies dans leur singularité, dont le génie retentit en nous encore plus fort même, jusqu’à ce qu’inévitablement ils nous déçoivent.

Il n’y aura pas d’autre Boris Diaw. C’est pourquoi il est douloureux de penser que nous n’avons pu voir le vrai Boris que pendant les sept mois de cette saison 2005-2006. Et tandis que nous observons ce qui n’est plus que l’enveloppe de ce que fut le génie incarné, sous le maillot de Charlotte –où d’une autre équipe, nous verrons après le lockout- et tandis que ressurgit de temps à autre une étincelle de ce génie fané, à travers une passe bien sentie pour un alley-oop de Bismack Biyombo (espérons le) ou une ouverture brillante pour un Tyrus Thomas ouvert à trois points (ne l’espérons pas) nous devons nous souvenir que c’est ce qu’était le vrai Boris Diaw. Celui qui a laissé tomber Steve Nash, celui qui nous a tous laissé tomber, mais pas avant d’avoir posé le pied sur un parquet, pour que nous soyons hantés à jamais par des choses que jamais avant lui nous n’aurions cru possibles.

Traduction de l’article « The Lost Season – Boris Diaw, 05-06 » de Noam Schiller pour Hardwood Paroxysm. Tous droits réservés. Traduction réalisée par Lucas Saïdi (@SwitchtoLK).

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3 Comments

  1. je savais que Boris Diaw était un très bon passeur, mais je ne le savais pas bon à ce point. Magnifique article qui m'as apprit beaucoup sur un joueur que je connaissais peu mais qui mérite d'être connu et plus estimé qui doit l'être auprès du public.

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