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[Interview] Damian Lillard : « J’adore ce feeling »

Snobé au All-Star Game, en mode vengeur avec ses Blazers hyper performants depuis deux mois – dont une rarissime rouste infligée aux Warriors, débouchant sur un record personnel de 51 points à la clé – la superstar montante nous a plongé à l’intérieur de l’équipe et de sa mentalité personnelle, lors de son passage à New York. Avant de remettre les choses en perspective, suite à leur visite du musée du 11 septembre…

Nicolas Batum nous a confiés que l’organisation avait clairement décidé de reconstruire avec les jeunes, vous en tête, pendant l’été. Est-ce que cela a simplifié les choses ?

Ça a tout simplifié. On a assemblé un groupe de jeunes joueurs qui avaient faim et qui avaient quelque chose à prouver. Ça m’a aussi placé dans une position où je pouvais être le leader de l’équipe et que les gens dépendent de moi une fois sur le parquet. Du fait que j’étais celui qui était dans cette équipe le plus longtemps. Moi et Meyers (Leonard). On a de suite été dans une position où il fallait prendre contrôle.

Le groupe s’est d’ailleurs réuni tôt pour travailler ensemble, non ?

Oui. Je pense que ça a été clé. Souvent, tu te dis que tu vas faire ci, ou que tu vas faire ça… Tu bosses individuellement, sans regarder ce que ça va donner dans le collectif. Là, tout le monde est venu tôt. On s’est retrouvés à San Diego et tout le monde a donné son temps. Pour qu’on puisse bosser ensemble et pour qu’on développe aussi nos rapports en dehors du terrain, avec chaque joueur. Ça a été énorme de voir que tout le monde était sur la même longueur d’onde là-dessus.

On parle beaucoup d’une séance d’entrainement fin 2015 qui a lancé la machine en janvier et février. Pouvez-vous expliquer comment cela s’est passé ?

Je crois que c’est parce qu’il (Terry Stotts) a vraiment insisté en nous montrant tous les détails que l’on fait quand on joue bien. Et on s’est rendu compte que c’est les matchs où l’on gagne justement. Ensuite, il nous a montré les matchs où l’on perd. Là, on s’est rendu compte que l’on ne faisait pas toutes ces petites choses. Ça se voyait qu’on était vraiment différents. Quand tu regardes la vidéo, tu le vois. Sur le moment, tu ne t’en rends pas forcément compte. Tu penses avoir fait autre chose même. Mais quand tu vois la vidéo, ça ne trompe pas. C’est embarrassant même. Puis tu te vois faire les bonnes choses, et tu te dis que c’est comme ça que tu veux être. Tout le temps. De suite, dès qu’on a fait l’entrainement derrière, on était dedans. Et on a continué à répéter cela au fil des semaines.

Terry Stotts, qui vient d’être élu coach du mois, semble en harmonie avec ce groupe…

Il est parfait pour notre équipe. J’adore l’avoir comme coach et c’est tout à fait mérité. Il a parfaitement su nous gérer, nous relancer, manager les assistants et créer l’environnement pour que l’on ait notre succès actuel. C’est quelqu’un de réservé en plus. Donc on il ne va pas vouloir qu’on célèbre ça par exemple. Pour moi, ça le rend encore plus méritant du coup. Il ne fait pas cela pour la reconnaissance.

Sur le plan individuel, est-ce que la non-sélection au All-Star Game a rajouté de l’huile sur le feu ?

(Il hésite) On peut dire ça. C’est assez juste. Je m’en suis servi pour ajouter des bûches à mon feu (une expression utilisée à foison par Michael Jordan dans son discours d’entrée au Hall of Fame). Certains vont penser qu’on est trop sensible si on prête attention à cela. Ou même que l’on se plaint. Mais moi, j’appelle cela trouver une motivation supplémentaire. Ce n’est pas la première fois qu’on me dit que je ne suis pas assez bon pour quelque chose. Ça ne me donne que plus envie de prouver que c’est faux…

Vous êtes-vous prouvé des choses à vous-même aussi ?

En quelque sorte. Mais j’ai eu l’impression que d’autres personnes se sont rendues compte de ce que je pouvais faire surtout. Et que j’étais prêt à relever des défis. La première fois, peut-être que je ne vais pas être bon. Mais la seconde, je vais trouver la solution. Je crois que cette attitude, où l’on prend les challenges à bras le corps et où l’on accepte de faire des erreurs, c’est ce qui amène au succès.

A défaut du All Star-Game, vous pourriez avoir l’honneur de représenter votre pays avec Team USA à Rio…

Ça le serait en tout cas. C’est toujours un honneur de représenter son pays. Tout le monde n’a pas cette chance. Vous jouez contre les meilleurs des meilleurs. Peu de gens peuvent connaître cela. Avec une chance rare de pouvoir gagner une médaille d’or pour votre pays… Ce serait effectivement un honneur, que j’aimerai vraiment avoir.

Vous donnez l’impression de vous surpasser dans les matchs ou les moments importants d’ailleurs…

Oui. Moi j’aime ça. Il faut avoir envie de performer quand on est le plus dans la lumière. Ça ne veut pas dire que tu ne vas jouer que pour toi, mais ça veut dire que tu vas élever ton niveau dans ces moments-là. Souvent, c’est ce qui va faire que tu vas gagner ce match. J’adore ce feeling, quand tu sens que tu as pu t’élever dans les moments les plus importants, que tu as permis à ton équipe de gagner…

New York fait partie de ces endroits où la lumière est la plus forte ?

C’est l’endroit où je préfère jouer en déplacement. Je connais l’histoire du basket ici et l’atmosphère est particulière. Quand tu as la musique de Jay-Z, Biggie, Nas qui arrive en plus, c’est un super environnement. Ça te donne envie d’être performant.

Vous avez visité en équipe le musée du 11 septembre aussi, quelle a été votre réaction ?

Oh, man. Je ne suis pas quelqu’un qui est facilement ému. Mais là j’ai été touché. Tu vois la base du building, les images. Tu entends le son des gens qui appelaient leurs proches aussi… Tu te rends compte qu’en se levant le matin, ils n’imaginaient pas une seule seconde se retrouver dans cette situation. (Pause) Je viens de Californie, mais même si ça s’est passé sur la côte Est, à l’autre bout du pays, ça reste le sentiment que tu as été attaqué.

On sort de la routine du basketteur du coup ?

C’est clair. On est tout le temps en voyage, dans les entrainements, les matches. On s’occupe de promouvoir notre marque aussi… Mais quand tu es face à tout ça, ça met les choses en perspective. Nous, on dédie notre vie au basket, donc on est pris dedans. Mais tu te rends compte qu’il y a des choses bien plus importantes. Ce genre d’expérience, ça te permet de prendre ce recul.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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