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[Big Interview 2/2] Kevin Seraphin: « Phil Jackson m’a dit: ‘Autant de talent, qu’est-ce qu’on va faire de toi ?’

Seconde partie de notre long entretien avec le Français Kevin Seraphin, qui nous parle de l’attaque en triangle, Phil Jackson, Kurt Rambis, Derek Fisher, ou encore son avenir.

La première partie est à retrouver ici

Tu as participé au mini-camp sur le triangle que Phil Jackson a organisé récemment aussi ?

C’était bien, ouais. Très, très bien. Parce que c’est Phil qui a tout géré. Car il a une manière d’expliquer les choses c’est… (pause) c’est Phil quoi ! Quand c’est lui qui t’explique, c’est clair. J’ai découvert beaucoup de nouvelles choses. Il a pris tout son temps. Il nous a tout réexpliqué, beaucoup de choses, comme si on venait juste d’arriver à New York. Et crois-moi, honnêtement, je comprends beaucoup mieux le système maintenant qu’avant.

Tu l’avais étudié avant pourtant…

Je l’ai regardé. Ils m’avaient envoyé des vidéos dès que ma signature était devenue officielle. Dès que j’ai su. Donc j’ai eu l’occasion de regarder énormément, mais pas forcément que l’on m’explique.

Ils t’avaient donc envoyé des vidéos des Bulls, des Lakers…

Les deux, les Bulls et les Lakers. Mais c’est un système, vraiment, comme un nouveau langage. Si tu n’as personne pour t’expliquer… Il y a beaucoup de gens qui croient qu’ils connaissent le triangle mais ce n’est pas vrai. C’est pour cela qu’il y en a beaucoup qui essaient de le reproduire et n’y arrivent pas. Ou même quand nous on jouait contre New York l’an dernier, c’était le seul shooting où on faisait de l’à-peu-près. Ce n’était pas précis quoi. Alors que les autres équipes, tu sais exactement ce qu’elles vont faire. Le triangle, tu ne sais jamais vraiment. Le coach nous le disait d’ailleurs. Donc c’est plus à toi de lire. Même quand tu es dedans, tu peux voir que pendant 3, 4 possessions, le meneur est capable de ne pas appeler un système. C’est en fonction de ce que les autres font. C’est ça le truc. Il faut toujours être concentré.

Est-ce un système qui te correspond au final ?

Pour être honnête avec toi, ça dépend. En 5, je ne pense pas. En 4, comme je l’ai fait en fin de saison, j’étais plus à l’aise et je pouvais faire plein de choses. Après avoir parlé avec eux, notamment quand j’ai parlé avec Phil Jackson, je leur ai dit que c’était ce que je voulais et eux je pense que c’est leur projet.

Kurt Rambis a parlé de toi en fin de saison comme un joueur qui devait apprendre, mais ça sonnait presque comme s’il parlait d’un rookie qui découvrait tout, alors que cela fait 6 ans que tu es en NBA…

Je l’ai noté aussi. C’est parce que j’arrivais dans un nouveau système, dans une position que je ne connais pas du tout. Je pense que c’est pour cela qu’il parlait comme ça. S’il me faisait jouer en 5, il ne parlerait pas comme cela du tout.

Il a été écrit que Phil Jackson a plus repris le contrôle des entrainements depuis le départ de Derek Fisher aussi…

Rambis et Phil Jackson, cela fait très longtemps qu’ils sont ensemble. Ce sont les meilleurs amis. Derek a joué pour Phil… Je ne sais pas quelle est leur relation, mais c’est différent. Avec Rambis, tu vois qu’ils sont toujours en train de parler pendant les entrainements, alors qu’avec Fish, Phil était toujours assis à regarder, sans rien dire. Avec Rambis, Phil est toujours là, ils sont toujours en communication.

De ton côté, tu penses que la difficulté de ta situation a influencé ta performance ?

Je ne sais pas. J’étais complètement dans un nouveau système. Surtout, un de mes plus gros regrets, c’est qu’il ne m’ait pas fait jouer 4 dès le début. Parce que mine de rien, j’ai été très bon en 4 en fait. Je peux garder les mecs en face et sur eux j’ai un avantage physique en attaque.

Tes statistiques ont vraiment baissé, notamment ton bras roulé qui est passé de 70% à 43%…

Bon, mon hook shot, c’est vrai que les sensations étaient différentes. Au poste 5 ils n’attendent pas forcément du scoring en plus dans le triangle. Il y a eu Shaq, il y a eu Bynum… mais si ce n’est pas ce que le coach attend, ça ne colle pas. D’ailleurs, Robin, c’est un joueur parfait pour ce système à ce poste. C’est pour cela qu’il a sorti une aussi grosse saison. Même Kyle (O’Quinn). Moi, je suis plutôt un scoreur. J’ai toujours été comme ça, à Cholet, même à Washington, en sortie de banc. Mais là ils n’attendaient pas du tout la même chose. Et c’est vrai que du coup mentalement c’était compliqué. Je ne savais pas si je faisais le bon choix. Je pensais trop.

Tu as pris 49% de tes shoots face à une défense serrée aussi…

Ah bon ? Ah, ça c’est con ! Mais je ne trouve pas que je force. A la base, c’est mon jeu. A Washington, je prenais les mêmes tirs. Mon jeu est resté le même. J’ai fait du Kevin. Si je n’ai pas une prise à deux ou qu’un coéquipier n’est pas ouvert, je joue. Un contre un, moi, c’est mon jeu. Mais je n’ai pas perdu le fil, non. Tu ne peux pas te permettre. Tu es en NBA, tu ne peux pas partir en c… !

Pour revenir sur ce que tu disais avant, tu te verrais donc vraiment jouer 4, alors que tu as toujours joué 5 en gros ?

Dans le triangle, oui. Et puis à Washington par exemple, 4 ou 5 ça n’a aucune importance. Là, il faudrait que je fasse beaucoup de vidéo et que j’apprenne. Moi, ça ne me dérange pas.

Tu dis que Phil Jackson te parle assez régulièrement aussi. Qu’est-ce qu’il te dit ?

Il vient me parler. Après le match à Washington par exemple, il est venu me voir : « premier shoot, très très bon, le deuxième, je pense que tu peux renverser ». Des conseils comme ça. La dernière fois, il m’a dit : « là, tu es vraiment bien en forme ». Des petits trucs comme ça. Le truc, c’est que Phil ne parle pas énormément. Au début, je cherchais même à comprendre. Parce qu’il vient, mais il ne parle pas ! Et assez vite, il m’appelait « Mister Skills » tout ça, donc j’ai toujours su qu’il m’appréciait. Même au meeting de fin de saison, il m’a dit : « Kevin, Kevin, Kevin… Autant de talent, qu’est-ce qu’on va faire de toi ? ». C’est comme cela qu’on a commencé le meeting. On a bien parlé, franchement. Je lui ai parlé de ma volonté d’être 4 dans ce système et il m’a dit qu’il le voyait. Que j’avais des capacités, le talent, que je n’avais pas de restrictions en terme de shoot. Que c’était à moi de devenir un « student of the game ». Qu’il ne voyait aucun truc qui m’empêchait de devenir 4, mais que maintenant c’était à moi de travailler

Il t’a donné des bouquins à lire ?

Non. George (Mumford), le coach mental (qui a travaillé avec Jordan et Bryant notamment), nous a donné des bouquins, mais pas Phil. Le côté mental est vraiment important pour eux. Quand on a commencé le camp avec Phil, on a médité pendant 10 minutes. J’avais fait du yoga, mais c’est tout. Je n’aime pas trop d’ailleurs, car je ne suis pas très souple. Et puis c’est dur. Je suis trop actif, c’est dur.

Qu’est-ce que tu cherches pour l’an prochain ?

Je cherche à avoir du temps de jeu.

Est-ce que tu ne pourrais pas bénéficier aussi d’aller dans une grosse équipe, qui gagne depuis longtemps, pour apprendre un niveau d’exigence plus élevé ?

C’est clairement quelque chose que l’on cherche tous. Dans un monde parfait, ça serait la meilleure chose qui pourrait arriver. C’est sûr à 100%. C’est quelque chose à laquelle je pense, mais je ne suis pas non plus obsédé par ça. Je cherche vraiment à jouer en plus. Je veux rester dans la ligue et jouer. Je ne cherche pas une expérience d’un an ou deux. Car ça peut aller dans les deux sens. Tu peux faire de bonnes choses et gagner beaucoup de crédit. Ou on peut dire si tu ne joues pas que pour qu’une équipe comme celle-là ne te fasse pas jouer, il doit y avoir un problème. Avoir été au côté de Paul Pierce, j’ai vraiment appris. Il a été dans ce genre d’équipe d’ailleurs. Et puis, Golden State, tu penses qu’ils apprennent à gagner ou juste qu’ils gagnent ? Chicago, regarde, ils n’ont même pas fait les playoffs. Donc c’est vraiment une question qui est dure à répondre.

Pourrais-tu repartir sur un contrat d’un an ou bien cette fois tu en cherches un plus long ?

Je ne pourrais répondre à cela que lorsque je serai en face du contrat. Si quelqu’un m’avait proposé quelque chose de quatre ans qui était vraiment, vraiment sérieux l’an dernier, je n’aurais pas pris un an. C’était bien. Beaucoup de personnes auraient été satisfaites. Mais je ne regrette pas de les avoir refusées. Comme je ne regrette pas d’avoir choisi les Knicks.

Tu as admis avoir pensé à Washington, si tu étais resté, au vu des blessés…

C’est sûr. Honnêtement, je me suis posé la question oui. Quand j’ai vu la situation, je me suis dit : « ah… ». Mais bon, est-ce que Randy (Wittman, le coach des Wizards remercié depuis) m’aurait fait joué ? Même DeJuan Blair est resté cloué sur le banc. Je ne sais pas. Mais quand j’ai vu que tout le monde s’est blessé, ça m’est passé par la tête.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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