Road to the Ring : LeBron James

Road to the Ring : LeBron James

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Il n’existe qu’un seul et unique LeBron James. Après bien des batailles contre les obstacles du destin, l’Elu a enfin réussi à accomplir la prophétie : ramener le titre à Cleveland. Une quête de 13 longues années qui a pris fin dans les ultimes secondes d’un Game 7 pour l’histoire. 13 ans, durant lesquelles on a pu le découvrir en tant que phénomène physique, basketteur hors pair, force de la nature sans égale, héros esseulé lors de ses premières années aux Cavs, puis vilain dominant à Miami. Mais aujourd’hui, à bientôt 32 ans et un excellent supporting cast autour de lui pour prétendre à des nouvelles bagues, qui est-il ? Qui est exactement LeBron James ?

Jetons un coup d’oeuil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Voir aussi : Road to the Ring – James Harden

Voir aussi : Road to the Ring – Russell Westbrook

D’un point de vue physique, LeBron James n’est plus l’athlète extraordinaire qu’il était mais demeure tout de même excellent. Que ce soit dans ses mensurations physiques (qui elles, n’ont pas changé avec l’âge), sa taille (6’8/2m03) et son envergure (7’0/2m13), mais aussi dans ses qualités athlétiques. James n’est plus aussi ultra explosif auparavant, et lui arrive de temps à autres de manquer du petit chouilla de gaz qui faisait de lui le phénomène qu’il était au pic de sa forme. Néanmoins, il arrive toujours à exploser au cercle. Il ne peut plus le faire tout le temps, mais il y arrive toujours (Iguodala et les Warriors s’en souviennent encore), surtout lorsqu’il a le temps et l’espace de prendre de l’élan.

De manière très intéressante et très pertinente, James a considérablement réduit sa masse musculaire. Toutes proportions gardées, évidemment. Il reste un des athlètes les plus puissants de toute la ligue, que ce soit dans la partie haute du corps (un torse très épais et des bras volumineux) ou dans la partie basse (de très grosses cuisses). Néanmoins, même s’il reste épais, il ne l’est plus autant que dans ses années à Miami où il apparaissait réellement comme une montagne de muscles. L’évolution est pertinente car elle permet de mieux gérer son déclin physique. En étant plus léger, il encaisse mieux le poids des ans, et optimise son explosivité restante (plus facile de s’envoler lorsqu’on fait 80kg que lorsqu’on en fait 140). Egalement, il jouait un rôle crucial de stretch 4 au Heat, alors qu’aux Cavs avec des Kevin Love, Tristan Thompson et Channing Frye il n’a plus besoin de jouer à l’intérieur, et donc n’a plus besoin de toute cette masse musculaire.

En attaque, c’est de son jump-shot qu’il se sert le plus. En effet, 62% de ses tirs totaux sont de cette nature, soit un peu plus de 10 par rencontre. De manière intéressante, ce n’est pourtant pas la meilleure arme de son répertoire, comme en attestent ses pourcentages (qui oscillent entre moyen et solide). A vrai dire, LeBron n’a jamais réellement été un jump-shooteur exceptionnel, mais il demeure bon dans l’exercice.

D’un point de vue technique, sa mécanique de tir est bonne, et régulièrement. En revanche, il ne semble plus s’élever autant qu’auparavant pour prendre son tir, avec pour conséquence directe un grand nombre de tirs ratés à cause de cela. Egalement, sa prise d’appuis est assez aléatoire par moment, notamment au niveau de l’écart de ses deux pieds qui peut varier de très petit à assez grand.

Sa plus grande force dans l’exercice est de pouvoir shooter par-dessus son adversaire. Il relâche son tir très haut du fait de sa taille, ses longs bras et sa bonne mécanique. Sur isolation, ou en sortant d’un Pick & Roll il peut donc marquer sur la tête de son défenseur même lorsque celui-ci conteste bien le tir. Plus encore, il n’a pas toujours besoin d’entamer son dribble pour le faire. Il peut se contenter de s’élever depuis sa position de stand-still (debout, sans dribbler) pour scorer. Au-delà du fait de relâcher haut son tir, cela est aussi possible du fait de la puissance dans sa partie haute du corps, qui permet de compenser l’énergie générée sur un mouvement de saut au moment du jump-shot avec un dribble.

James est également un bon shooteur à trois points, même s’il ne connait pas la plus grande réussite de sa carrière cette année (35%). En réception de passe, il prépare bien le shoot avant d’avoir le ballon (il tient ses mains prêtes et positionne bien ses appuis), mais il peut aussi dégainer en sortie de dribble.

De manière générale, l’efficacité de James au jump-shot cette saison est assez moyenne. Sur 10 tentatives par match, il n’en rentre que 38% (rapporté à 45eFG%). A mi-distance, il affiche un solide mais sans plus 39% de réussite, à trois points un moyen 35%. James possède cette fâcheuse tendance à se contenter un peu trop de longs tirs à deux ou trois points plutôt que d’attaquer le cercle. Il a toujours été un peu comme cela, mais au fil des ans, en voulant se préserver de plus en plus, cette tendance semble augmenter petit à petit, attestant presque d’une fainéantise à un certain degré.

Cela étant dit, son raisonnement est compréhensible. Il n’a jamais été superbe dans l’exercice, mais a toujours eu raison d’insister. Sans représenter une menace sur jump-shot, les défenses auraient moins craint ses pénétrations et il aurait de ce fait eu moins d’impact et de réussite pour scorer au panier ou créer des décalages et trouver des passes. Le raisonnement se tient. Mais en jugeant intrinsèquement les faits, sa sélection de tirs est moyenne dans l’ensemble, et il se laisse aller plus qu’il ne devrait à tenter sa chance de loin.

En pénétration en revanche, James est toujours aussi excellent. Bien que son explosivité régresse naturellement, son premier pas est toujours aussi solide pour dépasser son adversaire au démarrage et s’en aller marquer. Il adore aussi utiliser un écran pour attaquer le panier depuis un Pick & Roll, en naviguant entre les défenseurs et en s’infiltrant dans les espaces. Sa qualité de dribble est également très bonne, et il possède un bel arsenal de moves très efficaces pour éliminer son défenseur sur le chemin de l’arceau. James sait parfaitement user de tout cela pour changer très subtilement (ou non) de vitesse ou de direction pendant ses drives et aller conclure.

Là où James sort réellement du lot, c’est sa capacité à utiliser son corps et sa science du jeu. Son contrôle du corps est réellement fantastique, et sa puissance et sa taille sont bien au-dessus de la moyenne. Au moment de pénétrer, il descend sur ses appuis pour conserver un centre de gravité très bas. Il enfonce son épaule dans le torse de son vis-à-vis pour le dégager du chemin. Il protège bien son ballon en mettant son corps en opposition. Plus encore, au moment de finir, il bouscule le protecteur de cercle pour ensuite bien orienter ses épaules en face du panier (plus facile de scorer en étant en face plutôt que de profil à devoir balancer un lay-up en contorsionnant son corps).

De manière un peu plus générale, LeBron James est un splendide finisseur au cercle. Son toucher de balle est réellement excellent, et il n’a aucun problème pour terminer ses actions de la main droite comme de la main gauche. Son contrôle du corps et sa détente lui permettent de rester dans les airs, parfois en prenant appuis depuis très loin, et ensuite s’ajuster pour scorer. C’est également sans grande surprise qu’il marque très facilement et très régulièrement malgré les contacts, dans tous types de situation.

Au-delà de ses pénétrations, LeBron est aussi et surtout un superbe scoreur intérieur, un des plus polyvalents qui soit. Il prend 6 tirs par matchs au panier, pour un incroyable 77% de réussite. C’est sans doute vrai que le LeBron James en mode saison régulière n’est pas assez agressif (on est en droit d’attendre un peu plus que 6 tirs au cercle par rencontre, surtout avec cette efficacité), mais une fois les playoffs arrivés nul doute que l’on retrouvera comme d’usure un James plus en impact et moins jump-shooteur.

Il marque au panier sur du drive donc, mais pas que. Très actif sans le ballon, il possède un vrai bon sens pour couper vers le cercle dans un timing parfait et obtenir ainsi des paniers faciles. C’est également un joueur dangereux au rebond offensif de manière qualitative (et non quantitative, seulement 1.3/m), mais Cleveland ne cherche pas trop à jouer là-dessus, privilégiant le retour rapide en défense plutôt que d’aller chercher des secondes chances.

Egalement, James joue beaucoup moins au poste bas que par le passé, sans doute dans un but de s’économiser et éviter les chocs et la dureté physique que requière cet exercice énergivore. Il n’en demeure pas moins dangereux toutefois lorsqu’il y joue. Il a éliminé de son jeu les hook shots en tirant par-dessus son défenseur (pas le tir le plus efficace du basket), les drop-step voire même à un certain degré les moves tout en puissance. A la place, James fait tout le travail en amont pour se faciliter la vie une fois qu’il a la balle : il utilise son excellente base musculaire (ses grosses cuisses) pour établir position très proche du cercle, et n’avoir plus qu’un lay-up à 10cm du panier à rentrer. Si le défenseur résiste bien, il s’en remet à son turnaround jumper par-dessus l’épaule droite, qui fonctionne bien d’un côté comme de l’autre du terrain et marche même par-dessus un défenseur qui conteste bien. Si le défenseur s’appuie trop sur lui en craignant de se faire enfoncer, il le met dans le vent avec un joli spin-move tout aussi efficace. Du reste, James ne va pas au poste avec l’idée de scorer à chaque fois. Au contraire, sa mentalité dans cet exercice est plutôt 50-50 en termes de scoring/passe, comme nous verrons plus tard. En bref, il utilise toujours le jeu au poste mais de manière plus intelligente, plus en finesse et moins énergivore. Sur la saison régulière en tout cas, on se rappelle qu’en playoffs et en Finale NBA (2015 notamment), il opérait principalement de cette manière.

Le jeu de transition est également un domaine où James va chercher des points au panier. Là encore, on peut constater une évolution dans son jeu par rapport à précédemment. En effet, il est particulièrement impliqué et dévoué à ces séquences de jeu, faisant d’énormes efforts pour sprinter et se projeter vers l’arceau adverse pour ainsi obtenir des paniers faciles. Même s’il est ligne de fond lorsque Cleveland récupère la balle, il fait l’effort et arrive le premier des dix joueurs au panier adverse. Tout comme pour le jeu au poste, il fait le boulot en amont dans le but de se faciliter la vie ensuite (avec de nombreux points très faciles). Mais James peut aussi mener la contre-attaque lui-même balle en main, et fait parler là encore toute sa vitesse pour s’infiltrer en territoire ennemi avant que la défense n’ait pu revenir et se mettre en place.

Ses qualités de passes sont, elles, tout aussi remarquables. Mieux encore, il semble s’améliorer avec le temps. Le fait qu’il parvienne à distribuer pas moins de 9 passes décisives par match cette saison (record en carrière) est d’ailleurs une belle illustration de cela. Il avait lui-même établi le record de passes par match pour un ailier en 2010 avec 8.6/m (dépassant Larry Bird), il pourrait battre son propre record dès la fin de saison.

La principale nouveauté dans le jeu de passe LeBron James (c’est plus une évolution qu’une nouveauté), c’est son changement de mentalité. En effet, LeBron a toujours été le meneur de son équipe, au Heat ou aux Cavs. Un vrai meneur de jeu de métier, très altruiste, qui implique tout le monde, facilite le jeu, gère le tempo, etc. Mais un meneur qui, au passage, était aussi un fantastique scoreur. De ce fait, son équilibre scoring/passe a toujours été un peu déséquilibré, penchant un peu plus sur ses propres points (à raison, avec ses qualités) que sur la distribution. A la manière d’un meneur scoreur comme on en trouve pas mal en NBA.

Or, cette année, il a revu cet équilibre, et lorsqu’il a la balle, on est plus sur du 50% du temps essayer de scorer et 50% essayer de passer (voire 60-40 pour la passe, selon les matchs). Deux raisons à cela : premièrement, son désir de s’économiser pour les playoffs. C’est plus fatiguant de pénétrer, de prendre la balle pour se créer un shoot, d’aller jouer au poste, plutôt que de lire la défense et faire la passe. Offrir par exemple un tir ouvert à un coéquipier qui tourne à 40% à 3pts, la chance de réussite de l’action est donc de 40% alors que lui-même sur une de ses pénétrations a peut-être une réussite supérieure à cela s’il y allait de son drive par exemple. Oui mais, le niveau de compétition est suffisamment bas pour que ce soit encore rentable. Ça marche donc, et dans le même temps James n’a pas autant à se fatiguer. Sur des gros matchs, et surtout en playoffs, il est fort probable de retrouver un LeBron James moins orienté distribution et cherchant plus ses points.

Et ça marche d’autant plus que, deuxièmement : il possède une belle équipe autour de lui. Il a désormais la chance de jouer avec un joueur calibré première option d’équipe (Irving), d’autres bons scoreurs (Love, Smith) et une équipe bien huilée autour. Il n’a plus besoin d’autant forcer les choses. Mieux : il met ses coéquipiers en confiance pendant la saison régulière, pour qu’ils réussissent mieux sur le nombre plus réduit d’opportunités qu’ils obtiendront en playoffs quand James recherchera plus le scoring.

Toujours est-il donc, cette saison, LeBron James est plus dévoué à la passe, en atteste son 42% d’assist percentage (ie : lorsqu’il est sur le terrain, 42% des paniers des Cavaliers arrivent sur des passes de James), son plus haut en carrière. Et étant donné les qualités qui sont les siennes, il est évident que tout marche à merveille.

D’un point de vue technique, et dans ses qualités pures de passeur (capacité à bien passer la balle, au-delà des choix en eux-mêmes), LeBron James est sans doute un des meilleurs de toute la NBA, si ce n’est le meilleur. Si Chris Paul est sans doute plus lucide à tout instant d’un match, et Harden a plus de responsabilités et de possessions à manufacturer, James est sans aucun doute le plus créatif de toute la grande ligue. Le meilleur passeur pur.

A la base de cela, des instincts naturels remarquables et un physique excellent. Il possède une superbe vision de jeu, sublimé par sa grande taille qui lui permet de voir encore mieux ce qui se passe sur le parquet. Il garde toujours la tête levée, à tout instant, que ce soit en pénétration, au poste, en transition, sur Pick & Roll, et il ne manque jamais un coéquipier ouvert. Egalement, sa très grande taille pour le poste de meneur de jeu lui permet de passer par-dessus les défenses et les défenseurs, et trouver ainsi des angles de passes lobées ou en cloche que des Paul, Harden ou Curry ne peuvent pas.

Plus encore, sa variété d’angles de passe est tout bonnement fantastique. Là encore une conséquence directe de la rencontre entre ses instincts et son physique. Non seulement d’être grand, il possède aussi de longs bras et une énorme détente. Il n’est pas rare de le voir s’élever dans les airs, changer d’avis une fois qu’il y est et délivrer avec ses longs bras des passes dans des fenêtres de passe que la défense pensait fermées. Il en va de même pour les passes à terre pour lesquelles il possède un réel don, en dosant parfaitement et trouvant la bonne trajectoire. James est par exemple un distributeur réellement splendide depuis le poste haut comme le poste bas, dans sa capacité de lire le jeu et trouver des passes dans des trous de souris.

De manière générale, sa précision de passe et son timing sont extraordinaires. Il arrive à placer la balle au bon endroit au bon moment. Que ce soit dans les mains d’un shooteur dans la fraction de seconde qui convient, ou dans la course d’un joueur en mouvement, là encore à bonne hauteur et quand il faut pour que celui-ci n’ait pas à ralentir sa course pour se saisir du ballon. Ce sont de minuscules détails qui sont pourtant capitaux. Gagner une fraction de seconde parce que la balle est bien donnée dans le bon timing est crucial, et enlève à la défense un court mais décisif laps de temps pour réagir et bien contester. De la même manière, il sait se montrer patient et retarder la passe jusqu’au moment parfait où s’ouvre une brèche.

Egalement, James possède un QI basket réellement superbe. A tout instant, il lit le jeu et y réagit, plutôt que de décider à l’avance de quelle passe il va faire et à qui. Même sur le plus basique des exercices (un Pick & Roll, un pénétration, etc), il connait chaque option de passe et sélectionne la meilleure, pour là encore donner un temps d’avance à son coéquipier et priver la défense d’un précieux moment de réaction. Là où James se sépare réellement de tout autre joueur NBA, c’est sa capacité à réaliser très fréquemment des passes sur toute la largeur du terrain. Ainsi, il punit très souvent les défenseurs coté faible, qui abandonnent leur attaquant pour être plus proches de l’action et aider plus vite. Une passe laser à deux mains tombant avec une précision terrible dans les mains dans les mains du shooteur ouvert, et l’affaire est dans le sac.

James ne cherche d’ailleurs pas tout le temps à épater la galerie. A l’image d’un Chris Paul, c’est un véritable maître de la passe simple, le fait de réaliser la passe basique que le jeu offre. Il fixe les défenseurs et ressort immédiatement, il transmet au joueur ouvert, et plus encore, il réalise très souvent et très rapidement l’extra pass, la passe supplémentaire. Celle qui permet de continuer à faire bouger le ballon d’un côté du terrain jusqu’à l’autre pour prendre à revers le bloc défensif qui penchait trop d’un côté. Dans ce genre de passe, le plus impressionnant est qu’il sait exactement où il va passer le ballon avant même d’avoir la gonfle entre les mains.

James est particulièrement dangereux avec ces extra pass du fait qu’il possède une énorme gravité. C’est-à-dire que de manière naturelle, les défenses le craignent et se resserrent très facilement autour de lui pour tenter de le contenir (à la manière d’objets attirés à lui par sa force d’attraction, d’où le terme « gravité »). Plus un joueur est fort en attaque, plus il possède une grande gravité. Vous n’imagineriez pas laisser Stephen Curry ouvert à trois points par exemple, où le Shaq de la grande époque tout seul proche du panier. Ils sont si dangereux qu’il est difficile de les abandonner. Là où James sort du lot, c’est qu’il en tire complètement profit et réalisant foison de passes supplémentaires pour des coéquipiers ouverts. Et même si sa passe à lui ne résulte pas en assist, il n’est pas rare qu’elle déboule sur une, deux ou trois autres passes amenant finalement un panier. Statistiquement parlant, sa propre première passe n’est pas décisive, mais d’un point de vue du jeu elle l’est complètement.

Bien que son total de pertes de balle soit assez élevé (3.8 tov/m), il est important toutefois de noter plusieurs choses. Premièrement, il a d’énormes responsabilités, et tout comme pour Harden et Westbrook (bien que dans des proportions moindres) ce total élevé est à nuancer par le nombre important de possessions qu’ils doivent jouer chaque match. Non pas pour dire que c’est normal de perdre autant de ballons avec de telles responsabilités, simplement pour nuancer ce chiffre qui, de but en blanc, paraît plus gros qu’il n’est vraiment.

Deuxièmement, son ratio passes/turnovers demeure très bon à 2.3, à défaut d’être Chris Paulien. Troisièmement, et c’est le point le plus important de tous, il faut décortiquer ces pertes de balle et en desceller la nature. En effet, sur ses 94 turnovers commis en 24 matchs, seulement 18 sont de mauvaises passes. Ainsi donc, LeBron James ne fait pas 3.8 mauvaises passes par match, il en réalise moins d’une par rencontre (0.75/m), et c’est ce que le test visuel confirme si l’on s’éloigne des chiffres et que l’on s’attarde sur les images : il fait très rarement des mauvais choix. Un autre testament de sa lecture du jeu et son QI basket.

Si l’on reprend les chiffres : 9 passes pour 3.8 pertes de balle = 2.3 de ratio passes/turnover, un bon chiffre. Considérons maintenant à la place le chiffre de 0.75 mauvaise passe par match. Et celui de 9 passes décisives, un total que l’on peut augmenter. En effet, toutes ses offrandes ne sont pas converties en panier, le joueur pouvant manquer le tir, ça ne veut pas pour autant dire que la passe et le décalage créés par James n’est pas bon. Tout de suite, le ratio semble bien meilleur vu sous cet angle.

De manière globale, il n’y a pas de meilleur aspect illustrant la valeur de LeBron James en attaque que celui-ci : il fait gagner son équipe. Beaucoup même. C’est le meilleur de toute la ligue à cet exercice, et donc par extension la raison pour laquelle beaucoup pensent encore que même à 32 ans, il demeure le meilleur joueur de toute la NBA. Sans même remonter très loin, au fait que sa seule arrivée (presque) propulse Cleveland du statut d’équipe possédant le 1e choix de la draft à équipe à deux matchs de remporter le titre, les faits actuels suffisent à le montrer. Quand LeBron James ne joue pas, Cleveland ne gagne pas beaucoup, pas autant en tout cas. Pour aussi fabuleux qu’est Kyrie Irving en tant que joueur, il n’a encore jamais prouvé être capable de faire gagner son équipe en tant que franchise player (il n’en a pas eu le temps avec l’arrivée de James, et son cas mériterait d’aller plus loin que ça dans l’analyse). Quand LeBron James est là, tout va. Et au final, au basketball ou dans n’importe quel autre sport, n’est-ce pas cela le plus important ?

Peu importe la manière, peu importe les stats. Le fait est qu’en donnant à LeBron James un certain nombre de possessions, il va arriver à les manufacturer en points, et du coup en victoire. Si l’on donnait ce même nombre de possessions à un autre joueur, il n’arriverait pas à faire autant (un Westbrook par exemple fait pire avec plus de possessions à gérer). C’est ça, faire gagner. Ce n’est pas un terme vague, une image floue, ou une expression dénuée de sens. C’est la capacité à faire fructifier au maximum le nombre de possessions qui constituent un match de basketball. Donnez les 100 possessions d’un match à Michael Jordan dans le rôle de 1e option, et donnez ce même nombre à Brian Scalabrine, avec le même statut, la même équipe autour et les mêmes adversaires, et votre équipe n’aura pas convertit un aussi grand pourcentage d’actions, et n’aura pas un écart de point entre vous et l’adversaire identique.

Ces notions de franchises player et de faire gagner mériteraient à elles seules un article complet, pour bien définir les termes et expliquer les notions. Soyons bref, ici. Cleveland file les clés du camion à LeBron James, et très souvent, avec lui aux commandes l’équipe parvient à convertir suffisamment d’occasions pour être devant au tableau d’affichage à la fin du match. LeBron James fait gagner, et il n’y a pas de plus juste définition de sa valeur offensive.

Défensivement, LeBron James est toujours aussi performant, bien que pas aussi exceptionnel qu’il a pu être.

Depuis sa dernière année à Miami en 2013-2014, et de plus en plus au fil des saisons régulières, James a cette tendance à ne plus faire tous les efforts possibles sur chaque possession et à être à fond 100% du temps. Il manque d’attention, ou abandonne même sur certaines actions. A vouloir s’économiser, il devient ainsi moins consistant, et affiche un niveau défensif moins bon et moins régulier.

Sur l’homme, il n’est plus le chien de garde qu’il était. Il semble avoir perdu en vitesse latérale naturelle, et du coup, s’il ne fournit pas de gros efforts, il se fait dépasser et autorise les pénétrations sans boucher l’angle ou barrer la route à l’attaquant. Toutefois, lorsqu’il se met en tête de le faire, James peut aisément contenir son vis-à-vis du fait de sa bonne mobilité, sa grande taille et ses grands bras (qui en font un obstacle dur à contourner s’il est bien positionné), ses très bons fondamentaux (il place bien les appuis et s’oriente bien pour contenir le drive d’un côté ou de l’autre), et parvient toujours autant à contester les tirs adverses avec ses longs bras. Il est rare de le voir dans l’exceptionnelle posture défensive qu’il affichait auparavant (très bas sur ses appuis, les bras déployés) mais il se positionne toutefois encore bien.

Loin du ballon, son manque d’attention lui vaut d’offrir à l’occasion un tir ouvert à l’adversaire (pas dans les proportions de Harden ou Westbrook cependant), et il n’est pas tout le temps à fond pour courir contester un tir ou revenir en défense à 100 à l’heure. Néanmoins, il reste un atout de choix pour la défense collective des Cavaliers.

Il affiche tout son QI défensif sur de très belles aides défensives réalisées avec un bon timing et de la bonne manière. Il se montre même très précieux dans la protection du cercle, là encore surgissant bien du côté faible pour altérer les tirs au cercle. Son déclin physique commence à peine, aussi, il n’est pas rare de le voir encore réaliser régulièrement des actions défensives spectaculaires en surgissant dans les airs pour scotcher la gonfle contre la planche.

Egalement, il demeure un playmaker défensif. Il génère un solide 1.3 interception par rencontre. C’est son plus petit total en carrière, mais c’est tout de même un bon total, surtout lorsqu’on considère son implication un peu alternative en défense. Il n’est pas aux aguets sur toutes les possessions, mais il possède ce petit truc en plus, ce sens pour voler les ballons au bon moment du match. Son anticipation sur ligne de passe est toujours aussi bonne, et ses mains sont, elles, très vives pour arracher la balle des mains de son adversaire.

Il est toutefois important de nuancer son manque d’effort. C’est, comme dit précédemment, une tendance chez lui depuis quelques années maintenant. Et tout comme le fait qu’il ne recherche plus à accumuler les trophées de MVP, il se donne aussi moins en défense durant la saison régulière. Pour autant, ce n’est pas pour ça qu’il a perdu ses capacités, ni même qu’il handicape terriblement son équipe. D’une part, James a pris cette habitude, mais il a aussi pris celle de retrouver un niveau de jeu défensif réellement excellent. Si l’on compare sa défense sur des Finales NBA et sur un match de saison régulière mi-Novembre, on se rend compte que ce sont deux joueurs très différents.

D’autres part, on aurait presque envie de dire qu’il s’économise « à raison ». James ne va pas en rajeunissant. Avec le poids des ans la fatigue s’accumule plus vite et disparait plus lentement. Donc, il fait ce raisonnement qu’en lâchant un peu du leste en défense, il conserve de l’énergie pour la fin de saison, lorsque son équipe aura besoin de lui à 100% de ses capacités. Il ne peut plus être le meilleurs two-way player de la ligue sur toute une saison. Mais il peut l’être sur une série de play-offs, s’il arrive à garder assez d’énergie dans le tank le moment venu. De plus, il a la chance d’avoir autour de lui une très belle équipe, très complète, bien huilée qui arrive à compenser ses manques ou à lui permettre de ne plus défendre le meilleur joueur adverse tout le match. En considérant l’importance capitale de James en attaque, ce calcul de se reposer en défense pour mieux faire gagner en attaque se légitime assez. Finalement, et assez paradoxalement en un sens, Cleveland a bien plus à gagner à ce que LeBron leur coute quelques paniers sur la saison régulière pour mieux les porter au titre, plutôt que de se donner à fond sur 82 match et être trop court au mois de Mai et Juin.

Dans les articles sur James Harden et Russell Westbrook, je contredisais pourtant cette même idée qu’un joueur un peu laxiste en défense peut en playoffs hausser son niveau de jeu en un claquement de doigt. Le contraire de ce que je viens d’expliquer, donc. Seulement, deux différences fondamentales existent.

Premièrement, James est loin d’être aussi fantomatique que Harden ou Westbrook. Le Rocket et le joueur du Thunder ne fournissent aucun effort la majorité du temps et coûtent bon nombre de paniers à leur équipe (chez Westbrook, ça se paye même en défaites). Or, James ne s’économise qu’une petite partie du temps, à 30% du temps contre 85% pour les deux autres. Et bien que sur ces 30%, il affiche parfois le même manque d’envie criant (ne revient pas en défense, abandonne complètement son homme, etc), le reste du temps il a un réel impact en défense. Il effectue des rotations, il protège l’arceau, il créé des turnovers. Son impact défensif est évidement bien plus grand que celui d’Harden et Westbrook.

Deuxièmement, les Cavaliers sont moins dépendants de leur leader, d’une certaine manière (bien que d’une autre il le soit tout autant, comme expliqué plus haut, James est celui qui les fait gagner). Pour Harden et Westbrook, l’idée était de dire qu’ils sont déjà en surrégime, catalysant la majorité des possessions de leur équipe et représentant la seule menace de création offensive de leur formation. Or, en playoffs ils devront élever leur niveau de jeu, faire face à de meilleures défenses, se dépenser plus qu’en SR pour un même résultat. Et tout cela, tout en devant élever leur niveau défensif. L’opération semble trop énergivore, pour des joueurs qui sont d’ores et déjà très utilisé. Leur marge de progression dans l’effort est quasi nulle.

Pour LeBron James, son rôle offensif l’est moins, énergivore. Sa seule présence entraîne une gravité (comme expliqué plus haut), et il impacte l’attaque des Cavs avec ses passes sans avoir besoin de remuer ciel et Terre. Il lit le jeu et le facilite en faisant les bons choix. C’est moins épuisant que de devoir pénétrer régulièrement pour créer du décalage. De plus, il n’est pas le seul créateur offensif de l’équipe, Irving ou Love pouvant tout à fait rendre de très bons services. James est celui qui fait gagner, celui qui manufacture toutes les possessions d’un match pour arracher la victoire, mais il n’a pas à être l’étincelle qui met le désordre dans la défense sur chaque action. La différence est absolument capitale.

C’est pour tout cela que la thèse du « Il fera les efforts défensifs en playoffs » marche pour James, mais pas pour Harden ou Westbrook. De plus, James le prouve depuis quelques saisons dans les faits qu’il en est capable, avec même un titre à la clé.

L’un dans l’autre, LeBron James demeure le meilleur joueur de la planète. Il est la définition même du franchise player : le joueur dominant de l’équipe qui fait gagner (ie : qui fait de son équipe un candidat au titre). Et finalement il n’y en a pas tant que ça. Les deux s’en approchant le plus ces 5 dernières saisons venant tout juste de joindre leur force l’été dernier (Curry, Durant), auquel on peut ajouter des James Harden et des Kawhi Leonard, voire Chris Paul/Blake Griffin.

Ce qui est encore plus intéressant, ce sont les évolutions que James effectue, lentement mais sûrement, pour contrecarrer son déclin physique inévitable et continuer de faire de son équipe une prétendante au Graal. Il s’est affuté physiquement pour mieux récupérer, il joue plus en finesse, fait plus jouer les autres, s’économise en saison régulière, etc. La présence d’un Kyrie Irving à ses côtés, et d’une équipe enfin bien construite autour de lui, rend certainement cela possible. La question à présent n’est plus de savoir si LeBron James peut réaliser la prophétie, il l’ait fait. La question, désormais, c’est encore combien de bague peut-il récolter, et combien de temps peut-il dicter sa loi sur la grande ligue ?

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