Cahier des rookies: Les leçons de la trade deadline

Cahier des rookies: Les leçons de la trade deadline

Le petit monde des rookies est un univers à part dans une saison NBA. Toutes les deux semaines, Basket Infos vous propose d’analyser les performances, bonnes ou mauvaises, des débutants dans la grande ligue.

La trade deadline est passée et, comme chaque année, elle a apporté son lot de changements dans une bonne partie des effectifs de la ligue. Même si aucun rookie d’envergure n’a été échangé (contrairement à Buddy Hield l’an passé, par exemple), l’effet domino est réel pour les débutants de la ligue: certains vont voir la situation autour d’eux changer, que ce soit parce que leur équipe a modifié sa tactique, a recruté à leur poste ou a, au contraire, libéré de l’espace dans l’effectif pour leur faire confiance. Tour d’horizon des questions que les trades d’hier posent pour les rookies 2017-2018.

Les Knicks croient-ils vraiment en Frank Ntilikina?

La gestion de Frank Ntilikina par les Knicks est étrange. Après avoir rapatrié Trey Burke et lui avoir donné un temps de jeu conséquent, New York a récupéré hier le meneur des Nuggets Emmanuel Mudiay, qui vient s’ajouter à un backcourt déjà composé des vétérans Courtney Lee, Jarrett Jack et Tim Hardaway Jr. Le jeune Français, c’est de bonne guerre, dit ne pas être inquiet, d’autant que le bruit court que le temps de jeu de Jack pourrait être revu à la baisse du fait de la blessure de Porzingis et de l’évaporation de toute ambition sportive qui s’en est suivie.

Il n’empêche: recruter un autre jeune joueur sur le même poste, ancien lottery pick qui plus est, n’est pas un signe incroyable de confiance. Mudiay est sans doute l’un des pires meneurs de la ligue, comme le montre la peu flatteuse stat ci-dessous.

Mais Mudiay a aussi montré quelques légers progrès cette saison, sa meilleure en termes d’adresse et de maîtrise du pick & roll. Les Knicks font un pari qui ne leur a pas coûté grand-chose (Doug McDermott), et on imagine mal qu’ils l’aient fait pour ne faire jouer Mudiay  qu’une dizaine de minutes par match. Frank Ntilikina n’a pas été particulièrement convaincant jusqu’ici, mais la gestion erratique de son temps de jeu par Jeff Hornacek ne l’a sûrement pas aidé à s’imposer. Lui mettre  dans les pattes un concurrent qui joue son futur contrat en NBA n’est sans doute pas de nature à apporter plus de sérénité au développement du Frenchie.

Josh Jackson va enfin jouer avec un vrai meneur

En récupérant Elfrid Payton contre un simple second tour de draft, les Suns se laissent une trentaine de matchs pour voir si le désormais ex-joueur du Magic peut être leur meneur du futur – Payton est free agent restrictif en juin. En même temps, dans un effectif décimé par les blessures et les trades au poste de meneur, ils se donnent l’occasion de voir si leurs jeunes pousses peuvent briller davantage avec un vrai meneur pour les faire briller. Le rookie Josh Jackson pourrait être l’un des gagnants de l’opération: depuis le début de la saison, et même si ces dernières semaines montrent une vraie amélioration, Jackson souffre de jouer dans des lineups commandés par des meneurs médiocres ou incapables d’apporter le spacing dont il a besoin pour s’épanouir. En 54 matchs, Jackson a partagé le terrain avec 5 meneurs différents, pour des résultats peu brillants:

Possessions communes True Shooting % Pourcentage de tirs assistés par le meneur
Tyler Ulis 1094 46.5 9.4
Mike James 540 48.1 10
Isaiah Canaan 285 47 10.8
Devin Booker 284 51.2 40.4
Eric Bledsoe 108 36.5 4.5

 Josh Jackson et ses meneurs

Josh Jackson n’a jamais été aussi meilleur cette année que lorsqu’il a été associé à Devin Booker. La raison? Booker a fait d’énormes progrès sur pick & roll, ce qui lui a permis de devenir un meilleur passeur, mais il est surtout, et de très loin, le meilleur shooteur avec lequel Jackson ait été associé. Bledsoe (30.8 %), Canaan (33.3 %), James (26.8 %) et Ulis (26 %) sont des shooteurs médiocres ou mauvais, qui restreignent un spacing déjà bien meurtri par la présence de Warren, Chriss ou Chandler. Jackson n’étant pas non plus un shooteur, il n’a plus d’espace pour aller au cercle, un de ses points forts. La présence de Booker comme meneur lui permet davantage cela.

Elfrid Payton n’est pas non plus un bon shooteur, même s’il réalise sa meilleure saison en carrière dans ce domaine (37.2 %, mais en tirant assez peu). Il reste néanmoins meilleur que Ulis ou James, et a surtout de meilleurs instincts de playmaker. A part avec Booker, le pourcentage de tirs réussis par Jackson qui sont issus d’une passe décisive est extrêmement bas: avec seulement 49 % de tirs assistés cette saison, Jackson est parmi les ailiers qui doivent le plus créer leur shoot, ce qui n’est pas un cadeau pour un rookie. (Selon Cleaning the Glass, ce chiffre le place dans le 97e percentile pour sa position, ce qui veut dire que seuls 3 % des ailiers doivent plus que lui se créer leur tir). L’arrivée de Payton ne peut en ce sens qu’être une amélioration pour Jackson, qu’on espère voir confirmer ses bonnes dispositions des dernières semaines.

Cedi Osman a un coup à jouer à Cleveland

Dans l’incroyable remue-ménage mené hier soir par les Cavs, un rookie pourrait tirer son épingle du jeu, le jeune Turc Cedi Osman. Puisque les Cavs se sont (à juste titre) tournés vers des recrues plus jeunes, plus athlétiques et plus polyvalentes, Osman a tout pour s’imposer dans la rotation de Tyronn Lue, pourquoi pas dans le rôle laissé vacant par Jae Crowder. Osman est un joueur grand et athlétique, capable de défendre plusieurs positions et de switcher en défense, et d’offrir du spacing en attaque (37.5 % à 3-pts cette année). Il sort d’un bon match contre les Wolves, où il a signé 9 pts et 4 rbds en 21 minutes et donné une bouffée de jeunesse à un effectif vieillissant et peu motivé. Dans un effectif qui ne compte plus que trois vrais intérieurs (Love, Nance, Thompson, plus Zizic qui ne joue jamais), Osman est même le seul joueur, avec Jeff Green, à pouvoir obtenir des minutes dans le rôle de stretch 4. Quand on sait que LeBron n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est entouré de shooteurs, le rôle d’Osman pourrait devenir très important dans les semaines à venir.

Donovan Mitchell est le nouveau patron à Utah

On s’en doutait vu son début de saison, mais le Jazz l’a entériné hier: Donovan Mitchell est l’avenir de la franchise, il est donc hors de question de devoir gérer les minutes à donner à des concurrents à son poste. Exit Rodney Hood donc, envoyé à Cleveland contre Jae Crowder et Derrick Rose (aussitôt coupé). L’arrivée de Jae Crowder pourrait être une bonne nouvelle pour Mitchell, si Quin Snyder parvient à le faire ressembler davantage au Crowder de Boston qu’au fantôme qui errait ces derniers temps du côté de l’Ohio. Crowder n’est pas un shooteur d’élite, mais il offre au moins une certaine menace en plus de sa polyvalence défensive, ce qui manque au Jazz depuis la blessure de Thabo Sefolosha – même si les résultats ne s’en ressentent pas. Un joueur aussi explosif que Mitchell ne peut que profiter du maximum de spacing autour de lui, surtout quand il doit partager le parquet avec des joueur aussi peu dangereux de loin que Ricky Rubio, Rudy Gobert ou Derrick Favors. L’arrivée de Crowder offre de nouvelles possibilités tactiques à Snyder pour mettre en valeur son jeune bijou, en plus de débarrasser ce dernier d’un concurrent. Pour Mitchell, c’est tout bonus, même si la contrepartie récupérée par le Jazz en échange de Hood reste assez faible.

Bonne ou mauvaise deadline pour les rookies des Lakers?

Les Lakers ont fait le ménage en envoyant à Cleveland Jordan Clarkson et Larry Nance Jr, dans le but évident de nettoyer leur cap space en vue de l’été prochain ou du suivant. Le ménage n’a pas touché les rookies, ce qui est en soi un signe de confiance: Kyle Kuzma a vu disparaître un concurrent direct au poste 4 (Channing Frye ne devrait pas être conservé), tout comme Josh Hart a été soulagé de la présence d’un autre meneur/arrière.

Quelques questions subsistent cependant. La première concerne Isaiah Thomas, dont le passage à Cleveland peut faire craindre qu’il ait des revendications concernant son temps de jeu, son statut et son nombre de tirs. Rachel Nichols, une bonne source pour ce qui concerne les Lakers, disait hier avoir reçu un texto de l’agent de Thomas affirmant qu’il était hors de question que son client sorte du banc, contrairement à ce que laissaient entendre les Lakers après le trade. L’agent est dans son rôle en mettant cette pression, mais il serait dommage que ce genre de questions viennent perturber le (jeune) vestiaire des Lakers. La franchise semble avoir toute confiance en Lonzo Ball, mais dans quelle mesure la présence de Thomas va-t-elle redistribuer le temps de jeu dans le backcourt? Hart en sera-t-il une victime indirecte?

Par ailleurs, la stratégie des Lakers à court terme – signer plusieurs superstars pour relancer la franchise – oblige à prendre avec prudence toutes les louanges dont ils entourent actuellement leurs rookies. Les mêmes louanges fleurissaient autour de Clarkson et Nance il y a deux ans, voire de D’Angelo Russell. Aucun d’eux n’est encore dans l’effectif. Dans leur chasse à la superstar, les Lakers n’hésiteront pas s’il faut sacrifier leurs jeunes joueurs. Ne pariez pas trop d’argent sur le fait que Ball, Hart et Kuzma seront tous les trois dans l’effectif des Lakers dans deux ans.

De’Aaron Fox et la loi des séries

De’Aaron Fox est un joueur prometteur, malgré ses défauts. Il peut aussi réaliser un exploit encore plus important que celui de devenir un titulaire en NBA: être drafté par les Kings dans la lottery et survivre à son contrat rookie. Sacramento a hier coupé Georgios Pagagiannis, qu’ils avaient drafté de manière inexplicable il y a deux ans et auquel ils renoncent donc après seulement une saison et demie. Voilà qui perpétue une des traditions les plus stupides de la NBA, qui consiste pour les Kings à se débarrasser à toute allure de leurs lottery picks depuis qu’ils ont drafté DeMarcus Cousins. Voyez plutôt:

2011 Jimmer Fredette. Coupé après deux saisons et demie.

2012 Thomas Robinson. Echangé contre trois joueurs de fond de banc et du cash quatre mois après le début de sa saison rookie.

2013 Ben McLemore. Laissé libre à la fin de ses quatre ans de contrat rookie.

2014 Nik Stauskas. Echangé un an après dans l’un des pires trades de l’histoire récente de la NBA, qui a offert Jayson Tatum aux Celtics lors de la dernière draft et le futur pick 2019 des Kings aux Sixers.

2015 Willie Cauley-Stein. Toujours dans l’effectif.

2016 Marquese Chriss, aussitôt échangé à Phoenix contre Papagiannis, Labissière et les droits sur Bogdan Bogdanovic. Papagiannis est coupé un an et demi après, les deux autres sont encore dans l’effectif.

Sur sept lottery picks, deux sont encore présents dans l’effectif: Cauley-Stein et Fox. Les cinq autres ne sont plus là et n’ont rapporté aucune contrepartie directe, seuls Labissière (lui-même menacé d’être coupé) et Bogdanovic en étant indirectement issus. En plus de ne rien rapporter, ils ont coûté à la franchise, par le trade Stauskas, deux picks haut placés.
Si Fox met fin à cette série, que la NBA lui dresse une statue.

Quelques remarques à la volée:

  • Les Clippers n’ont pas trouvé preneur pour Avery Bradley et ont prolongé Lou Williams. Avec le retour prochain d’Austin Rivers, cela fait beaucoup de mauvaises nouvelles pour leur rookie Tyrone Wallace, qui se débrouille plutôt bien depuis qu’il est dans l’effectif (11.3 pts, 3.5 rbds, 2.5 pds).
  • Pas de recrue aux Sixers, qui faisaient de l’oeil à Tyreke Evans. Dommage pour le développement de Ben Simmons, qu’on aimerait voir aux côtés d’un deuxième créateur. Faut-il espérer en un retour de Markelle Fultz?
  • L’arrivée de Doug McDermott aux Mavs est intéressante pour Dennis Smith qui, comme tout meneur avec son profil de slasheur, s’épanouit au maximum lorsque son équipe lui offre du spacing.
  • Les Grizzlies ont géré de manière très étrange la deadline en demandant avec obstination un 1er tour pour Tyreke Evans et en éjectant contre presque rien James Ennis. Cela étant, le départ d’Ennis signifie aussi que le rookie Dillon Brooks devrait continuer à avoir du temps de jeu.
  • Iman Shumpert va-t-il être conservé par les Kings? Si oui, va-t-il prendre du temps de jeu à Bogdan Bogdanovic?
  • Pas de mouvements d’ampleur chez des équipes cherchant à assurer les playoffs comme les Bucks ou les Blazers. L’amélioration devra donc venir de l’intérieur: gardons un oeil sur les rookies Sterling Brown et Zach Collins, auteurs de passages intéressants ces derniers temps.

Stats via Cleaning The Glass, NBA.com et nbawowy.

 

Si vous voulez en lire plus sur les rookies 2017, voici les huit premiers épisodes du cahier des rookies:

 

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