L’instant scouting : la défense impériale de Aaron Gordon sur Kawhi Leonard

L’instant scouting : la défense impériale de Aaron Gordon sur Kawhi Leonard

Aujourd’hui dans l’instant scouting, focus sur un joueur au début de carrière assez mitigé qui a brillé de mille feux devant l’excitation d’un énorme défi à relever : Aaron Gordon et sa défense sur Kawhi Leonard.

Drafté très haut (4e en 2014) Gordon restait un projet à long terme, du type méga athlète déjà assez intelligent mais aux skills et compétences avec la gonfle encore toutes à faire. Du côté des bons points, Gordon est devenu un bon joueur offensif, dépassant sans doute le scénario possible moyen le concernant, notamment du fait d’un jump-shot fiable qui n’existait pas du tout durant ses années fac, à Arizona.

Du côté du moins bon, on peine à revoir le Aaron Gordon monstre défensif apperçu en NCAA. En 2014, Gordon se présente à la draft avec de superbes atouts athlétiques et des compétences déjà impressionnantes pour son âge (technique défensive, intelligence défensive, discipline, etc). Et avoir une telle maîtrise de la défense à 18 ans, c’est ultra rare (c’est le cas de Jaren Jackson Jr, notamment).

Sauf qu’au niveau supérieur, les choses sont plus compliquées (les attaquants sont plus grands, plus rapides, plus intelligents, meilleurs) et Gordon n’a jamais aussi impressionné qu’à la fac. Son manque de taille et de longueur de bras l’affectant notamment pour briller poste 4, dans le rôle de stretch 4 qui semblait (semble ?) lui être destiné. Pas aussi impactant dans les rotations défensives, la protection du cercle, la capacité à contester les tirs, et gravant encore plus sa faiblesse (déjà à l’époque) pour le poste 4, le rebond défensif.

Et si, finalement, Aaron Gordon était il un poste 3 ?

En attaque, peut-être pas encore tout à fait, le garçon a du dribble mais clairement pas assez pour représenter une menace crédible à la création balle en main. Mais en défense, alors que son manque de taille/envergure fait de lui un ailier fort fragile, sa vitesse latérale, explosivité, et fluidité de mouvement en font finalement un excellent défenseur sur des postes 3. La polyvalence défensive était une de ses cartes maîtresses à la Draft, à savoir pour un intérieur la capacité de survivre dans le périmètre, mais alors que les centimètres manquant le rendent finalement pas idéal pour être un intérieur, cette polyvalence (comprenez : mobilité) s’avère, elle, peut être meilleure que prévu.

Son match défensif contre Kawhi Leonard, un des 3 meilleurs ailiers de toute la ligue, est une démonstration de défense individuelle pour un joueur dans le périmètre. En plus de sa vitesse latérale et mobilité, on retrouve toute l’expertise défensive du bonhomme aperçue en NCAA : une technique défensive impeccable, un footwork excellent, une capacité à tenir une très bonne posture défensive, la science de savoir traverser les écrans, orienter un drive, fermer les angles, forcer l’attaquant là où ce dernier ne veut pas aller, la rigueur défensive de rester en bonne position sans mordre aux feintes ou encore la capacité à toujours bien s’orienter et se réorienter pour harceler l’attaquant de très près.

Ce match là, et ces images ont un sens, précisément parce qu’en face, c’est Kawhi Leonard. (3 vidéos)

Aaron Gordon ne fait possiblement pas partie des plans du Magic à long terme, mais la franchise a quand même tenu à le prolonger cet été, pour plusieurs raisons. D’abord, il est encore très jeune (23 ans à peine) et peut encore progresser. C’est un bon joueur, ou assez bon, ou correct, mais un joueur accompli tout de même qui aide Orlando a gagner dès maintenant (ce que semble faire la franchise et son coach). Mais aussi, son contrat est assez intéressant et peut servir dans un trade pour récupérer des futurs assets (jeunes joueurs ou tours de draft). La NBA est un marché où le but du jeu, pour gagner, et d’arriver à maximiser chacun des atouts en sa possession. Un 4e choix de Draft est un atout formidable, et s’il s’en était allé contre rien du tout l’été dernier, cela aurait été une gestion on ne peut plus mauvaise de la valeur des atouts du Magic.

Orlando ne compte possiblement plus sur lui pour le long terme, mais l’a prolongé pour pouvoir ensuite cette année, ou l’année prochain, ou celle d’après, en obtenir une certaine contrepartie.

Et c’est ici que d’autres équipes peuvent entrer en jeu. Si Gordon est un attaquant limité, en terme de création et d’efficacité, une fois devenu la troisième ou quatrième roue du carrosse derrière une ou deux superstars il est tout de suite beaucoup plus intéressant qu’en tant que joueur à grandes responsabilités dans une équipe moyenne/mauvaise. Surtout s’il est capable de réaliser de telles performances défensives contre les meilleurs postes 3 de la ligue, le poste où l’on retrouve les meilleurs joueurs de NBA. Une équipe playoffable s’aventurera-t-elle à parier sur lui en cours de saison, pour pouvoir au mois d’Avril et Mai en faire son 3&D capable de ralentir les Kawhi, Durant, LeBron, Butler, George, Harden ou Giannis ?

Difficile à dire. A 21 millions la saison (même si le salaire est décroissant jusqu’à 16 sur les prochaines saisons), avec sans doute l’obligation de céder un tour de draft à Orlando, et en devant gérer son irrégularité chronique (contre les Lakers hier soir, ce n’est pas du tout le même Gordon qui a « défendu » face à LeBron James), le pari reste risqué.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

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