Une raison de plus de suivre le prospect Marcus Smart

Une raison de plus de suivre le prospect Marcus Smart

Marcus Smart est un joueur universitaire qu’il faudra suivre de près la saison prochaine. Impressionnant de leadership, d’esprit de compétition et de maturité pour son année freshman, le meneur-arrière a drivé son équipe d’Oklahoma State comme rarement on aurait pu l’imaginer de la part d’un garçon de 19 ans.marcussmart

Mais surtout, il aurait pu être choisi dans le top 3 de la draft en juin prochain. Tout-à-fait conscient de cela, il a néanmoins décidé de rester une saison de plus en NCAA. Basketballistiquement parlant, cette décision respire l’intelligence tant il a de lacunes à corriger dans son jeu. A côté de sa faculté à être le moteur de son équipe, de sa belle présence dans tous les compartiments du jeu, de son arsenal offensif plutôt complet et de sa grosse défense, il affiche aussi des pourcentages de réussite douloureux (15,4 pts par match à 40,5% et 29% à 3pts sur 4 tentatives), un nombre de balles perdues assez piquant (3,4), un “decision making” pas encore satisfaisant, un playmaking à améliorer et une frustrante inconstance.

Aussi sensée cette décision est-elle sur le plan sportif, tourner ainsi le dos à une NBA qui l’attendait à bras ouverts cet été est toutefois particulièrement dangereux dans son cas.

Smart prend un gros risque, celui de perdre plusieurs places à la draft et avec, tout le bénéfice qu’un jeune pro peut espérer en retirer. Et je ne parle pas là de l’aspect financier. En effet, plus un jeune prospect est choisi haut, plus (il gagne d’argent, je sais, mais ce n’est pas là où je veux en venir) sa franchise fera d’efforts et mettra tout en œuvre pour qu’il réussisse. Car un pick bien placé est une rare chance de renforcer sérieusement son équipe et en général le genre de franchise qui en a un ne peut pas se permettre de le gâcher. A l’inverse, on sera moins prompt à donner sa chance à un jeune joueur drafté moins haut et surtout moins prompt à être patient avec lui. Le freshman vient donc de d’écarter d’un revers de main la perspective d’être choyé par une équipe NBA sans avoir l’assurance de la retrouver la saison prochaine.

Mais pourquoi diable le mini-tank d’Oklahoma State risquerait-il d’être sélectionné en moins bonne position l’année prochaine que cette année? me souffle un curieux penché à mon insu au-dessus de mon épaule. Marcus Smart est plutôt réputé pour son éthique de travail et son engagement, poursuit l’effronté, il y a une forte probabilité de le voir sortir de sa deuxième saison universitaire plus fort qu’il ne l’est actuellement.

Malheureusement, cela n’est pas si évident que ça. Tout d’abord parce que la draft qui vient manque singulièrement de prospects de gros calibre et qu’un joueur comme le freshman avait largement profité de cet appel d’air pour gravir quelques strapontins dans les mocks draft. Dans une cuvée plus classiquement pourvue en talent, Smart serait vraisemblablement d’avantage choisi après le 5ème pick qu’avant. Et cela sera certainement le cas l’an prochain.

Ensuite, il ne bénéficiera plus de l’effet “bonne surprise”, ni de l’effet “freshman”. On a effectivement toujours tendance à se laisser charmer par les surprises et à s’emballer sur les freshmen -et les recruteurs ne font pas exception-. Les surprises parce qu’on est encore en période de lune de miel avec eux et les freshmen parce qu’ils laissent croire qu’on a quelqu’un de spécial sous les yeux.

Pour ce qui est de ces derniers, la chose est tout-à-fait fondée. Un très jeune joueur qui s’impose comme le meilleur élément de son équipe -et même comme le leader, dans le cas de Smart- dès ses premiers pas en NCAA fait forcément penser qu’il est en avance sur le calendrier, qu’il escalade les marches quatre à quatre, bref qu’il est spécial et qu’à ce rythme il écrasera tout sur son passage d’ici demain ou après-demain. Et évidemment, on écarte ses défauts et lacunes (non négligeables chez Smart) d’un haussement d’épaule en se disant qu’ils sont surtout liés à la jeunesse et qu’ils s’estomperont bien vite avec le temps, vu le talent et le niveau d’avancement du garçon. Un basketteur de moins de vingt ans qui s’érige comme un des meilleurs de la NCAA dès sa première année universitaire est un talent formidable appelé à rejoindre les cercles des plus grands, pas vrai?

Ce n’est évidemment pas systématiquement le cas mais tant que l’oklahoman n’a encore que sa saison freshman dans les quilles, la possibilité existe. Et ça, ça fait beaucoup grimper la cote d’un prospect. Si Smart en profitait largement dans les prévisions de draft cette année, cela ne sera plus le cas l’an prochain. Oh, bien sûr, il peut faire une saison sophomore qui confirmera qu’il est bien un joueur “spécial” et donc au contraire, renforcer sa prise sur les plus hauts spots de la draft. Mais c’est là un niveau d’attente plutôt élevé. Tout cela pourrait même se retourner contre lui.

C’est simple, s’il ne domine pas la saison NCAA à venir et/ou s’il ne réduit pas sensiblement ses (quand même assez nombreuses et parfois saillantes) lacunes, les recruteurs seront inévitablement un peu moins enthousiastes qu’ils ne le sont actuellement. De même, il sera un peu plus exposé: le temps où les recruteurs regardaient ses matchs pour découvrir le joueur qu’il est est dépassé, ils vont désormais s’attacher à disséquer son jeu avec la précision et la froide cruauté de l’éclairage d’un néon sur le visage blafard d’un fêtard de fin de soirée. Ses progrès, notamment, seront impitoyablement mesurés.

D’ailleurs, je ne serai pas étonné de voir dans quelques mois les gens “découvrir” que Smart n’est pas tout à fait un vrai meneur, qu’il manque un peu de vitesse et a plus de mal qu’on pourrait le croire pour déborder son adversaire direct. C’est donc à une grosse pression tant par l’obligation de se montrer à la hauteur des attentes créées que du fait de se savoir surveillé de très près et dans le moindre de ses mouvements, que devra faire face le petit taureau tout au long de la saison.

Le terrain sera lui aussi beaucoup plus hostile qu’il ne l’a été jusque là. Quel état d’esprit pensez-vous que ses futurs adversaires auront quand ils poseront le pied sur le parquet pour se mesurer à lui? Ils voudront bouffer du top 3 de la draft, évidemment. Si les scouts auront les yeux rivés sur lui, ce sera aussi le cas de ses opposants. En défense, mais aussi en attaque où ils se feront une joie d’essayer de faire sauter en éclats sa réputation de gros défenseur. Smart, désormais bien connu de tous, devrait également faire l’objet de plans spécifiques concoctés par les coachs ennemis ainsi que du surplus de motivation adverse qu’engendre généralement la perspective de rencontrer un joueur promis aux hautes sphères de la NBA.

Surplus de motivation auquel il faudra d’ailleurs en ajouter un autre, celui né de la présence de toute une foule de recruteurs venus voir le meneur d’Oklahoma State: gageons que ses adversaires du jour voudront eux aussi profiter de leur présence pour briller de mille feux. Et quelle meilleure façon de le faire qu’en dérouillant un futur NBAer haut drafté?

L’année prochaine sera donc probablement une épreuve plutôt compliquée à surmonter pour Smart, avec pratiquement à coup sûr une moins bonne place à la draft au bout (et tout ce que cela implique pour sa perspective de réussite dans la grande ligue). Mais s’il triomphe de tout ça, c’est à un sacré joueur qu’on aura à faire et ça, il l’aura prouvé. Alors bonne chance, Mr. Smart, nous serions ravis de vous voir devenir ce joueur exceptionnel.

StillBallin (http://unlimitednba.blogspot.com/)

5 Comments

  1. C'est vrai que ce n'est pas totalement un meneur, et sans doute que plus d'expérience universitaire aidera dans son développement personnel.

    Et arriver à la draft prochaine avec plus de certitudes.

  2. 29% à 3pts sur 4 tentatives
    comment est ce possibles??

    1. Guillaume (BI.com)

      Non en fait, il veut dire qu'il prend 4 tirs par match à trois points, et qu'il tourne en moyenne à 29% en tout.

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