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Monta Ellis: L’heure de vérité

La NBA a ceci de paradoxale qu’elle adule les croqueurs aussi vite qu’elle les oublie. Le mythe du joueur super-héros, l’amour des stats, favorisent les joueurs peu efficaces prenant un maximum de shoot pour scorer, quand bien même cela signifie terminer la rencontre sur un pourcentage exécrable. Ceci ne marche cependant qu’un temps. La hiérarchie dans les équipes n’autorise ce rôle de shooteur fou qu’à quelques éléments par équipe. Et tout joueur qui, poussé en dehors de cette responsabilité, tente tout de même de prendre les matchs à son compte et échoue, se retrouve bien vite entraîné vers la sortie. Le meilleur exemple est sans doute celui d’Allen Iverson, qui a tenté à Detroit pour sa fin de carrière de jouer comme il l’avait toujours fait, alors même qu’il devait assumer un simple rôle de dynamiteur sorti du banc.

Pourtant, le sort réservé aux croqueurs, qui sont admirés et respectés (et qui finissent souvent par signer un très gros contrat dans des équipes en mal de spectacle), fait des envieux. Et de plus en plus de joueur tentent d’enfiler ce costume, ne serait-ce que pour l’exposition qu’il offre parfois à d’anciens role-players obscurs. D’autres sont nés shooteurs. Leur nature profonde, leur instinct les poussent à attaquer encore et encore, à se glisser dans chaque espace laissé par la défense, à jouer chaque un contre un. Volonté farouche de domination ou simple habitude ? Un mélange de tout cela sans doute, le tout assaisonné par des caractères souvent bien trempés et des ego surdimensionnés.

A la limite, et même si ce type de joueur à tendance à faire bondir les coachs et autres amoureux du basket plus « traditionnel », plus tactique, plus gagnant et sans doute plus agréable à voir tout au long d’une saison, l’obsession pour le scoring et l’idée d’avoir la balle en main n’est pas toujours rédhibitoire lorsqu’il s’agit de gagner des titres, ou juste de composer des équipes qui gagnent. Iverson a emmené les Sixers en finale en 2001 dans une version poussé à l’extrême du joueur soliste chargé de prendre en main la destinée de l’équipe. Derrick Rose a mené les Bulls vers les sommets de leur conférence en saison régulière tout en ayant la quasi entière responsabilité du jeu offensif de Chicago. Mais le nombre de contre-exemples, de joueurs gonflant leurs stats matchs après matchs sans jamais faire progresser leur équipe est si nombreux que, dans l’idéal de tout fan NBA, le croqueur est un joueur spectaculaire, plaisant à voir jouer, mais qui ne rentre pas dans les discussions au moment de parler du titre. Et si jamais ces entertainers de saison régulière se glissent dans les conversations concernant la post-season, la réalité les rattrape bien vite, via par exemple une élimination au deuxième tour contre Indiana (Big up Melo).

Monta Ellis #11 Milwaukee Bucks
NBA/Getty Images

Monta Ellis fait parti de ces joueurs nés pour scorer. Il ne connaît le basket que sous cet angle, ne l’a jamais pratiqué autrement et gardera toujours en lui la marque de son addiction à la feuille de stats. Et le « Mississipi Missile » suit pour l’instant la trajectoire parfaite du shooteur fou en NBA. Alignant les saisons à plus de 19 points par match depuis 2008 (à l’exception de l’année dernière), le joueur n’a franchi un tour de playoffs qu’à une seule occasion, avec Golden State lors du mémorable upset face à Dallas en 2007. Pire encore, Golden State réalise sa meilleure saison depuis 6 ans l’année qui suit le départ de Ellis, avec en plus l’éclosion de Klay Thompson qui jouait finalement peu derrière le nouvel arrière de Dallas. Arrivé à Milwaukee en milieu de saison dernière, Ellis n’a guère fait mieux dans le Wisconsin, puisque l’équipe a été sweepé dès le premier tour par Miami.

Alors, Monta Ellis est-il destiné à flamber dans la défaite? Pas si sûr. Même si de nombreux joueurs présentent le même profil en NBA, il est un joueur atypique. Petit (1m91), très fluide, clutch et redoutable intercepteur, Ellis n’est pas un croqueur comme les autres. Mais est-il pour autant un gagnant? En fait, la saison qui vient devrait être révélatrice. Car Monta n’a jamais été en mesure, au fil de sa carrière, de montrer toute l’étendue de ses capacités. Explications:

NBA/Getty Images

Quand Monta Ellis arrive en NBA à Golden-State en 2005 (40ème choix de la draft), il intègre une équipe comportant notamment Baron Davis, un meneur scoreur de choix certes, mais typiquement le type de joueur qui empêchera Ellis de prendre totalement le jeu à son compte de son poste d’arrière. La situation se prolonge jusqu’en 2008-2009 et au trade de Davis. Sauvé Monta? Non. Stephen Jackson et Jamal Crawford dans le roster, en plus du Mississipi Missile, ça fait beaucoup trop. De toute façon, lui  joue peu, il est blessé. Ce ne sera donc pas pour cette fois. Continuons. La saison suivante Jackson ne joue que 9 matchs, Crawford est parti. Mais un petit rookie sorti de Davidson fait parler de lui. Son shoot est soyeux, efficace, redoutable, et le gamin nommé Stephen Curry n’hésite pas à prendre le jeu en main. Mais finalement, cette addition n’est pas regrettable pour Monta. Curry est un joueur intelligent qui n’hésite pas à lâcher des bons ballons à l’arrière, qui finit l’année à 25.5 points de moyenne. Pour les playoffs par contre, il faudra repasser. Avec ses blessures et celles de Curry, Ellis sera incapable de réaligner de telles stats, et les dirigeants des Warriors, conscients des limites du roster, finissent par l’envoyer en 2011 à Milwaukee.

Stephen Curry Monta Ellis
NBA/Getty Images

Les Bucks se révèlent être un cauchemar pour le shooteur. En effet, il doit partager le backcourt avec un joueur encore plus croqueur que lui, Brandon Jennings. Jennings est typiquement le joueur dont la réputation dans la ligue est surfaite du fait de performances statistiques fortes dues à de très (très) nombreux shoots. Il ne s’agit pas de dire que Jennings est mauvais, loin de là. Il s’agit simplement de constater que l’ancienne vedette des lycées est une star dans un monde dans lequel son niveau réel ne devrait pas lui permettre de prétendre à ce statut. Mais l’on s’éloigne.

Monta Ellis, dans une impasse à Milwaukee est donc aujourd’hui un Maverick. Et voit se présenter à lui une opportunité en or de prouver qu’il peut être un gagnant. Le roster extérieur des Mavs est fourni de joueurs altruistes, qui ne forceront pas, et permettront à Ellis de jouer comme il le souhaite tout en lui fournissant à la fois des bonnes passes (voir Calderon, Jose) et des opportunités d’écarter la défense grâce à une bonne adresse à trois points (voir Ellington, Wayne). En plus de connaître enfin en NBA les responsabilités qu’il a toujours souhaitées avoir, l’arrière aura un point de fixation de choix à l’intérieur en la personne de Dirk Nowitzki. Le début de saison mitigé de l’allemand, du fait d’une blessure notamment, ne doit pas faire oublier quel joueur il est. D’autant plus que, avec l’ajout d’un joueur du calibre d’Ellis (honnêtement, je doute que dans l’esprit du grand barbu de 2m13, O.J. Mayo était placé au même niveau que Monta), Nowitzki pourrait bien voir dans la saison à venir une opportunité unique d’aller chercher un titre, 3 ans après celui obtenu face à Miami. N’enterrons pas l’intérieur des Mavs, dont le jeu ne devrait pas souffrir outre mesure du passage du temps et qui, en jouant une saison pleine et sans blessure, pourrait bien éclabousser les playoffs de sa classe une fois encore. Pour la première fois donc, Monta Ellis disposera d’une liberté immense dans le backcourt de son équipe, et aura un joueur susceptible de jouer les scoreurs fous à l’intérieur pour le compléter. Le tout drivé par un meneur d’expérience capable de prendre les choses en main et de remettre l’équipe sur de bons rails tactiquement lorsque son arrière commencera à faire les mauvais choix sous l’effet du manque d’oxygène.  Pour Dallas, l’opportunité est belle. Après deux saisons galères, le titre n’est peut-être pas si loin. Mais l’enjeu pour Monta Ellis est double. Une saison pleine et surtout une réussite collective le ferait passer du rang de star à celui de talent unique dans la ligue, voir de meilleur candidat à la succession de Kobe comme meilleur arrière de la ligue. Un raté risquerait de le ficher définitivement dans la case croqueur, occasionnant par la même une suite de carrière plus délicate. En partant à Dallas Monta Ellis a enclenché le shoot, s’élevant au-dessus des autres shooteurs fous NBA par une décision intelligente qui va lui donner la possibilité d’exister aussi collectivement. La balle est maintenant dans ses mains, hauteur des yeux, et le corps gaîné comme prêt au combat. Monta Ellis s’apprête à savoir s’il est capable de réussir là où tant d’autres ont échoué, ou si sa chance retombera éternellement du mauvais côté du filet.

 

 

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17 réflexions sur “Monta Ellis: L’heure de vérité

  • aladouchette

    Super article et intelligemment rédigé ! BI est vraiment le site référence pour moi !

  • ArmandBI

    Merci ;)

  • Weneslas

    Dire que Jennings est un plus gros croqueur que Monta Ellis, faut le faire quand même…Réputation surfaite aussi, c'est pas mal. Mon Dieu.

  • ArmandBI

    T'as le droit de pas être d'accord.
    C'est surtout que le fait que Jennings soit un croqueur a un impact largement supérieur sur l'équipe, puisqu'en tant que meneur par définition c'est à lui que revient le rôle d'établir un jeu collectif clair dans l'équipe.
    Et oui sa réputation est surfaite, notamment du fait de sa première année durant laquelle il a aligné quelques cartons. Aujourd'hui c'est un très bon joueur, mais pour moi pas un all-star, il ne fait pas gagner son équipe plus que ça et sa qualité supposée ne se lit que sur ses stats individuels, ce qui n'est jamais bon signe pour un meneur.
    Au demeurant Jennings est à 6.5 pds pour 6.0 à Ellis et ne tourne même pas à 40% au shoot (!!)

  • Guillaume (BI.com)

    C'est pas question de pas être d'accord dans ce cas là, c'est le fait de regarder les matchs et pas les stats. C'est juste pas possible de conclure que c'est un croqueur si tu regarde jouer régulièrement les Bucks, et que par ailleurs, celui qui vampirise le jeu c'est bien Monta Ellis, pas Jennings.

    Et même au jeu des stats, d'accord il score plus. Mais beaucoup plus de systèmes lui sont dédiés pour le mettre en position de scorer et ça se vérifie tout simplement dans le nombre de tirs par match. Monta à 41% sur 17.6 tirs par match (28% 3pts), c'est pas mieux que Jennings à 40% sur 15.6 tirs (37% 3pts)…

    Au contraire, c'est sa réputation de croqueur qui est énormément surfaite.

  • Basket Infos

    Ce qui est sûr c'est que Ellis a une meilleure utilisation du ballon que Jennings…
    La réputation de Jennings n'est prêtre plus surfaite depuis cette année, les gens ont compris qu'il ne mènerait jamais une équipe bien loin, c'est pas un hasard qu'il ait mis tant de temps à trouver un contrat pour un montant bien inférieur à ce qu'il voulait.
    On verra ce que ça va donner à Detroit, mais je doute qu'il soit capable de les mener en playoffs

  • ArmandBI

    Oui pour les tirs par match, mais Ellis a plus de recul sur son jeu.
    En playoffs contre Miami, sur les matchs 2,3 et 4 tu as:
    Ellis: 10/20 puis 2/9 et 2/7. Au moins il s'enfonce pas dans son truc, il shoote moins, il essaie de faire des assists (8 6 et 5 sur les trois matchs).
    Jennings: 1/7 3/15 et 5/15, il fait ses assists aussi (encore que 1 seul au match 1, un peu scandaleux pour un meneur même s'il n'a joué que 20 minutes) mais le pourcentage est quand même horrible.
    Après là où je suis d'accord avec toi, c'est qu'Ellis est sans doute plus un "casseur de système" à la Marcus Thornton que Jennings, dans le sens où il est capable, si le système n'est pas pour lui et que la balle lui arrive, de shooter direct sans se poser de questions et peu importe ce qui a été construit avant.
    Mais Jennings adore aussi les shoots durs, les pénétrations impossibles et les tirs deux mètres derrière la ligne, et ça fait d'autant plus tâche qu'il est meneur et passé par l'Europe (expérience dont il n'a visiblement pas retiré grand chose sur le plan tactique). Par son parcours et l'écart qu'il crée avec son rôle supposé, c'est un vrai croqueur.

  • Basket Infos

    Je te rejoins sur ça, prise de décisions souvent suspectes et il ne sent pas le jeu comme beaucoup d'autres meneurs. En gros un mauvais QI basket, ce qui est un peu con pour un meneur…

  • Guillaume (BI.com)

    C'est vraiment pas aussi simple que ça. Déjà tu oublie le G1 ou Jennings est juste excellent. Et puis, difficile de juger après ce premier match, le seul vrai disputé de cette série. Monta ou Jennings n'ont pas joué leur temps de jeu habituels parce que le match était plié.

    Là où je ne suis vraiment pas d'accord c'est qu'à la place de "adore les mauvais shoot", je mettais "est forcé à prendre des mauvais shoot". Pas tout le temps, mais une grande partie du temps c'est ça. Le mot croqueur est beaucoup trop connoté négativement, ça veut dire qu'il joue pour sa gueule et qu'il kiffe prendre des tonnes de tirs par match, or ce n'est pas le cas.

    Et là où je ne suis vraiment pas d'accord du tout, c'est quand tu dis qu'il n'a rien retiré de son expérience en europe. Certes, il prend des mauvais tirs, mais ça veut pas dire que c'est un mauvais playmaker. Même si c'est généralement le cas, il n'en est rien du tout pour Jennings, qui est bien plus fort qu'une grande partie des meneurs NBA en terme de jeu posé.

  • marvin936

    super article sur mon joueur préférer, merci basket info !!!!!

  • Basket Infos

    Forcé de prendre des mauvais shoots? Peut-être, mais il a 24 secondes pour créer un shoot pour les autres et pour mettre en place un système… Donc il a une grande part de responsabilité si il doit prendre des mauvais shoots.

  • PelicansDavis

    Merci bc pour cette article vraiment intéressant sur notre ami Ellis , trop de personne le sous estime

  • Theloger

    Tony Parker est à 7 pad et Westbrook à 7.4, pourtant il me paraît difficile de considérer Westbrook comme un meilleur playmaker que TP…

  • Theloger

    Avec Josh Smith, Drummond et Monroe à l'intérieur, et surtout sans arrière qui aime autant avoir le ballon que Ellis, Jennings sera plus libre et on verra sa réelle capacité à organiser le jeu. Surtout que le secteur intérieur sera bien meilleur qu'à Milwaukee donc il aura du monde à qui donner la gonfle, et il pourra toujours prendre ses shoots. Pour Ellis comme pour Jennings ce sera l'heure de vérité au final

  • ArmandBI

    Oui mais la comparaison basée sur la stat de passe décisive à moins de sens car ils évoluent dans deux équipes différentes. Surtout, Parker est la première option offensive des Spurs, Westbrook lui reste lieutenant de Durant, donc il est naturel que la moyenne de Westbrook soit un peu "augmentée" par rapport à ses vraies qualités de playmaker, chose que la moyenne de Parker ne subit pas.

  • Basket Infos

    Merci pour l'auteur !

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