Steph Curry : La preuve par trois
C’est fou ce que trois années peuvent changer.
Entouré de sa famille, Steph Curry, anxieux, attend les résultats d’une énième consultation sur ses frêles chevilles. Nous sommes en Avril 2012, les Warriors, en progrès, sont encore sur le point de rater les playoffs. Après avoir envoyé Monta Ellis à Milwaukee, il ne fait aucun doute que Golden State est l’équipe de Steph Curry. Mais pourra-t-il assumer ses nouvelles responsabilités ?
L’investissement des dirigeants de la Baie, 44 millions sur quatre ans, semble alors risqué. Dans une région où les success stories sont beaucoup plus rares qu’on ne le pense, il était compliqué d’imaginer que la startup Stephen Curry allait devenir le Google ou Apple de la NBA.
Dans sa chambre d’hôpital, le futur MVP de la ligue n’a qu’une obsession. Il pense aux sentiments qu’il éprouvera quand il pourra enfin montrer l’étendu de son talent au monde entier. Comme dans ses jeunes années, rien ne lui sera pourtant donné. Non recruté au lycée ou en université malgré son nom de famille, le fils de Dell se dirige vers Davidson University. La fac méconnue de Caroline du Nord devient pendant trois ans un laboratoire pour celui qui a tout à prouver.
Par son éducation, Curry a conservé trois points qui seront essentiels à son évolution. La passion, l’humilité et l’éthique de travail. La passion développée lors des un contre un acharné contre son frère. L’humilité inculqué par ses parents. Le professionnalisme et l’éthique de travail transmis par son père lors de ses seize années en NBA. Que ce soit à Davidson puis à Golden State, Curry sait qu’il doit son succès à sa rigueur et à sa ténacité.
Si ses arabesques et tirs venus d’ailleurs font lever les foules, c’est tout le reste qui lui permet aujourd’hui d’inscrire son nom à côté de celui de Wilt Chamberlain, seul autre Warrior élu MVP de la saison alors que la franchise résidait encore à Philadelphie. C’est au contact de Mark Jackson que Curry commence à prendre conscience de ce qu’il peut réaliser. Plus pasteur qu’entraineur, les mots de Jackson vont lui donner la confiance nécessaire pour libérer sa créativité. Grâce au travail accompli à Davidson et aux leçons, frustrations, de ses premières années NBA, il comprend vite que la ligue peut devenir sa cour de jeu.
Son développement va prendre un tournant décisif avec l’arrivée de Steve Kerr. Comme le reste de son équipe, Steph Curry brille dans le système du disciple de Phil Jackson et de Gregg Popovich. Ambitieux et exigeant, Kerr a placé la barre très haute pour son leader. Comme à son habitude, Curry relève le défi avec envie et détermination. Sa transformation d’All-Star à candidat au titre de MVP est fulgurante.
Sa compréhension du jeu s’est affinée. Les actions forcées ont laissé place à une lecture du jeu dévastatrice. Le recordman du nombre de tirs primés marqués sur une saison a appris à déléguer. Face aux trappes hautes sur pick and roll, il n’hésite plus à passer le ballon pour mettre ses coéquipiers en position favorable. Si la NBA comptait la passe menant à la passe décisive, Curry serait à coup sur dans le haut du classement.
Si cette nouvelle maturité n’a fait qu’augmenter son leadership et la confiance de ses coéquipiers, sa volonté de devenir l’un des meilleurs défenseurs à son poste a permis aux Warriors de passer au niveau supérieur. Il faut mentionner là aussi l’impact de Kerr et de son staff. Si Mark Jackson avait décidé de le cacher sur un attaquant peu dangereux, Kerr le veut sur le meneur adverse. Réputé mauvais défenseur, Curry surprend une nouvelle fois la grande ligue par sa progression instantanée. Sous la houlette de l’assistant Ron Adams, gourou défensif des Warriors, il transpose sa rapidité de mains et d’appuis pour rester devant Tony Parker, Chris Paul et Russell Westbrook ou encore pour devenir un poison qui surgit dans les lignes de passes adverses.
Comme LeBron James l’a rappelé hier, Steph Curry est le capitaine du navire Warriors. Tout commence avec lui. Les détails évoqués plus haut sont parfois oubliés du grand public mais c’est une multitude de petites choses qui permettent à une équipe de réaliser l’un des saisons les plus dominantes de l’histoire de la NBA. Meilleur bilan, meilleure défense, meilleur différentiel depuis les Bulls de 1996, 44 victoires de plus de dix points, record de victoires dans l’histoire de la franchise etc. La liste pourrait continuer pendant un paragraphe entier. Comment peut-on penser que ce succès aurait du desservir Steph Curry dans le vote pour le titre de MVP ?
Pour ne rien gâcher, hors du terrain, le meilleur joueur de la meilleure équipe est également un citoyen modèle. Mari, père, frère, ami, Curry se complaît dans une vie pour le moins ordinaire. Classe, humilité et honnêteté, il est le premier à le dire, il y a tellement de choses plus importantes que le basket. Plus qu’un LeBron ou un KD, cette normalité fait de lui le joueur auquel les jeunes basketteurs en herbe peuvent facilement s’identifier.
Entouré de sa famille, et du monde entier, Steph Curry, nerveux, attend de recevoir le trophée que sa patience et détermination ont petit à petit façonné. Nous sommes en Mai 2015, les Warriors, en progrès, ont la possibilité d’écrire l’histoire des playoffs NBA.
C’est fou ce que trois années peuvent changer.







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