Le transfert qui a tout changé pour Kevin Love et les Cavaliers
En 2014, Chris Bosh mettait en garde Kevin Love, qui venait alors d’être transféré à Cleveland pour rejoindre LeBron James et Kyrie Irving.
« C’est extrêmement difficile et extrêmement frustrant » Bosh
Être considéré comme la « troisième roue du carrosse » après avoir été franchise player pendant des années représentait pour lui un vrai challenge.
« Les gens vous disent que vous allez devoir changer ce que vous faites. Mais avant d’y être, vous ne réalisez pas tout à fait ce que cela veut dire. C’est une dose d’humilité » Kevin Love
Sur ses deux premières saisons avec Cleveland, Love a tourné à 16.2 points et 9.8 rebonds de moyenne. Une ligne de stats somme toute très respectable mais loin de ses standards de Minnesota. En décembre dernier, son pourcentage de réussite chute à 37.3%. Il devient la cible privilégiée pour expliquer les défaites et passe de plus longs moments sur le banc.
« Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais il a ramassé pour tout et ce n’était pas juste. LeBron et Kyrie ont le ballon en main et les intérieurs prennent ce qu’ils peuvent prendre. Tout le monte fait des sacrifices, mais c’est Kevin qui en a fait le plus » Tyronn Lue
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Dans l’avion durant les déplacements de l’équipe, James Jones remonte le moral du triple All-Star comme il peut.
« Je lui ai dit : ‘Tout le monde te considère comme un joueur d’élite. Tu dois te faire confiance. Faire confiance à ton jeu. Tu n’as rien besoin d’ajouter. Tu as déjà tous les outils » James Jones
Mais c’est surtout après le départ de David Blatt (viré en janvier) que les choses vont se décanter. Dès son arrivée, Lue redonne confiance à Love en lui assurant plus de ballons, en le poussant à ignorer les critiques et à arrêter de douter de lui-même.
Et puis arrive la trade deadline et son lot de spéculations. David Griffin (GM) à l’époque est même prêt à laisser partir son intérieur s’il en a envie. Love lui répond :
« Je veux être un champion »
Et c’est finalement un autre transfert qui va l’affecter bien qu’il ne soit pas impliqué dedans. L’arrivée de Channing Frye en provenance d’Orlando.
Channing était genre ‘mec, on est premiers, premiers de la Conférence Est, on a une chance de gagner le titre, pourquoi est-ce que tout le monde est si sérieux ?’ On a tous pris du recul et on s’est dit ‘tu sais quoi, tu marques un point’ » Richard Jefferson
Passés par la même université (Arizona), Frye et Jefferson s’allient pour s’attaquer à Love (dans le vestiaire, les trois sont assis les uns à côtés des autres).
« C’est un gars de la Côte Ouest, et il n’a pas d’enfant, donc on a commencé à lui dire qu’on viendrait chez lui. Channing lui disait des trucs du genre ‘Juste pour info, on sera chez toi après l’entraînement, sieste sur le canapé en bas, on boit un coup à 5h et on mange à 7h’. Dit comme ça je sais qu’on dirait qu’on ne lui a pas laissé le choix. Et d’une certaine façon on ne lui a pas laissé le choix. Mais il n’était pas obligé d’ouvrir la porte. Il n’était pas obligé de payer pour la bouffe et les boissons » Richard Jefferson
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Au printemps, les dîners à 3 se sont transformés en dîners à 15. En playoffs, les Cavs se baladent (exceptés pendant 2 matchs à Toronto) avant d’arriver en Finales NBA face à des Warriors qui ont failli passer à la trappe (menés 3-1) face au Thunder. Love se retrouve confronté au small ball de l’équipe de Steve Kerr, qui l’oblige à tenir un rythme très élevé et à parfois à switcher sur des joueurs comme Stephen Curry.
« Un enfer » Love
Moins 15 au premier match, commotion cérébrale au deuxième, pas de match 3, sorti du banc pour le match 4, 2 points et 3 rebonds dans le match 5 et problème de fautes dans le match 6… Inspiré par Steve Jobs, il va enfin trouver la voie dans le match 7.
« Je me suis concentré sur ma voix intérieure tout le temps. Cette voix me disait : ‘Le passé c’est le passé. Ça peut être un match, une mi-temps, un quart-temps, une action. Il faut que tu laisses ton empreinte’ » Love
À 50 secondes du buzzer, il se retrouve face à Curry après deux écrans consécutifs signés Andre Iguodala et Draymond Green. En face à face, le joueur qui n’est pas censé rater le shoot à 3-points et celui qui n’est pas censé pouvoir défendre sur lui. Gêné après quelques tentatives de dribbles, Curry refait une passe à Green avant de récupérer le ballon immédiatement.
Feinte, Love évite de mordre à l’hameçon, Curry tente un autre step-back, contesté main gauche, puis un cross, contesté main droite. Il reste 4 secondes et il est temps d’envoyer le ballon. Raté. Après le match 6, Lue avait pointé du doigt lors d’une session vidéo que Love laissait trop d’espace à Curry et Klay Thompson. Pas cette fois.
« D’une façon étrange, gagner m’a donner encore plus faim, comme si j’avais plus à prouver » Love