[Interview] Evan Fournier : « Ça ne m’a fait ni chaud, ni froid »

[Interview] Evan Fournier : « Ça ne m’a fait ni chaud, ni froid »

En panne d’adresse l’an passé, l’arrière a repris sa progression, constante depuis sa Draft en 2012. Gros bosseur, il continue donc d’avancer et de s’affirmer comme leader, des deux côtés de l’Atlantique. Même si on sent clairement que ses objectifs, individuels comme collectifs, sont très loin d’être atteints.

Evan, meilleur final ce soir (victoire 115-113 à Brooklyn) que la dernière fois, contre les Knicks (le match s’étant terminé par une controverse arbitrale)… d’autant que les Nets sont dans la course aux play-offs avec vous.

On gagne, donc forcément ! Puis bon, Brooklyn, c’est une meilleure équipe que les Knicks. Sans leur manquer de respect, mais bon… Et oui c’est une équipe qui est dans la course aux play-offs avec nous, que l’on a en ligne de mire, donc forcément c’est important. On ne jouait pas très bien en ce moment en plus, surtout avant le All-Star break. Donc c’est une bonne victoire. C’est important.

En parlant de bien jouer, c’est aussi le cas individuellement. Peut-on dire que c’est ta meilleure saison en carrière, même si ta progression est constante ?

Oui, je fais la meilleure saison de ma carrière. Mais franchement, à part l’année dernière où j’ai des problèmes d’adresse, ça a toujours été ça en fait, oui. C’est dans la lignée de mon travail, de ce que je fais… donc il faut que je continue.

Le passage avec les Bleus a aidé, non ? Notamment ce rôle de leader clair ?

Ça m’a fait du bien de bien jouer en équipe de France, ça c’est sûr. Mais, entre mes campagnes précédentes et cet été, la vraie différence, c’est plus une différence de rôle et de position dans l’équipe qu’autre chose. Mais oui, forcément, ça m’a fait du bien de jouer au basket, de faire des matchs compétitifs, d’avoir beaucoup la balle dans les mains et de créer quoi. Parce qu’à la base, c’est ce que je suis. Je suis un créateur, j’aime les situations tendues… donc c’était bien !

Malgré une mire à régler, tu avais franchi un vrai palier en défense l’an passé. C’est aussi dans la progression individuelle, ou ailleurs ?

La défense, ça fait partie de ma progression, mais j’attribue vraiment ça au coaching de « Cliff » (Steve Clifford, son coach). Il nous apprend beaucoup les fondamentaux défensifs, il fait un vrai travail d’éducateur pour l’équipe, et ça c’est bien ! Donc mes progrès défensifs sont en partie grâce à lui.

D’autant qu’il loue souvent tes efforts dans le domaine, et te responsabilise…

Bah tu préfères entendre ça plutôt que « tu ne sais pas défendre ! ». Donc forcément, c’est cool. Puis c’est un bon challenge, de devoir défendre sur le meilleur joueur adverse.

« 20 points, seul Tony l’a fait chez les Français, et très peu d’Européens y sont arrivés »

Tu n’es pas loin de signer une saison à 20 points. C’est un objectif ?

Ce n’est pas un objectif clair, mais la barre des 20 points, c’est un symbole. Donc est-ce que j’ai envie de le réaliser ? Bah… oui, bien sûr. Mais quand je commence ma saison, j’essaie juste de donner le meilleur de moi-même et de faire tout ce que je peux pour être le plus performant possible. Après, ça m’emmènera où ça m’emmènera. Mais je ne commence pas ma saison en me fixant un objectif de points.

Mais ce serait quelque chose d’important…

Ah mais bien sûr ! Quand tu dis que tu as mis 20 points dans une saison NBA, c’est quelque chose ! Il n’y a que Tony (Parker) qui a réussi à le réaliser, en tant que Français. Des Européens, il y en a très peu aussi… Donc forcément, c’est quelque chose !

Tu as été le sujet de rumeurs de transfert jusque début février, comment l’as-tu pris ?

Ça ne m’a fait ni chaud, ni froid. Avec l’expérience, tu apprends que ces choses-là, tu ne peux pas les contrôler. Et puis le lendemain, tu as match quoi. Il faut être performant, il faut faire ce que tu as à faire, il faut gagner des matchs. Et si cela arrive, ça arrive.

Y a-t-il une forme de compliment, en attirant l’attention comme ça ?

Ça peut être dans les deux sens. C’est tellement complexe un trade, que ça peut aller dans les deux sens.

Tu as réagi sur Twitter à ton classement au poste 3 par L’Equipe. La NBA moderne fait-elle que les positions se diluent, sachant ton utilisation forte en 3 officiellement (47% du temps selon le site Basketball Reference), ou ton rôle ne change pas en fait ?

C’est vrai que cela devient de plus en plus compliqué de mettre des postes de jeu sur des joueurs. Après, ça dépend des compositions d’équipe en fait. Mais je passe la plupart de mon temps arrière au final. Ce soir, on joue avec (James) Ennis et Aaron (Gordon), je suis le shooting guard quoi. Et puis même si des fois je me retrouve en 3, la façon dont on m’utilise, c’est comme un shooting guard : je cours sur les écrans, je bouge beaucoup, je fais du jeu sans ballon… et je prends la balle sur le pick-n-roll. Donc on ne peut pas dire que je suis un ailier. Non, je joue mon jeu. Je ne me mets pas à poster. Que ce soit en équipe de France ou au Magic d’ailleurs. Je fais mon boulot de shooting guard.

Côté collectif, vous semblez bien partis pour faire les playoffs, ce qui reste important, mais pensez-vous avoir progressé, en apprenant de l’an passé (après avoir gagné le match 1 à Toronto, ils s’étaient effondrés) ?

Au vu de comment on joue, on n’a pas appris grand-chose ! Mais la leçon que nous ont donné les Raptors, vraiment, c’est l’intensité qu’il faut pour avoir du succès en playoffs. L’approche qu’ils avaient. Ils ont vraiment monté le ton match après match. C’est là où nous on a vraiment péché l’année dernière : on n’a pas su le faire. On s’est beaucoup donnés au match 1, puis après c’est allé de plus en plus mal en fait. C’est vraiment ça : la longueur de la série et l’intensité, qui monte au fur à mesure.

Sens-tu que, malgré une certaine inconstance, vous avez plus d’expérience, en ajoutant aussi des joueurs comme James Ennis, qui ont du vécu ?

Après, c’est compliqué, parce qu’on a quand même pas mal de blessés. On joue sans vrai poste 4 aussi, ce qui est quand même compliqué. Markelle (Fultz), c’est sa première année où il fait vraiment du basket NBA… Donc il y a pas mal de facteurs qui font que c’est quand même différent de ce que l’on avait l’année dernière. Et en même temps, les joueurs cadres, c’est vrai que l’on a vécu cette expérience en playoffs. Et nous ça nous a marqué.

« Tout faire pour éviter Milwaukee »

A quoi t’attends-tu du coup ?

Franchement, je n’attends rien du tout là ! Parce que finir 7e ou 8e, c’est clairement différent cette année. Milwaukee, c’est clairement l’équipe numéro un à l’Est. Si tu veux pouvoir passer un tour, il faut vraiment tout faire pour les éviter. C’est la meilleure équipe à mon goût, ils sont vraiment au-dessus, à l’Est. Donc de les prendre, ce serait quasiment synonyme de… ce serait vraiment dur de les battre.

Pourquoi justement ?

Leur profondeur, la façon dont ils jouent, ils sont uniques… Et ils jouent avec beaucoup de confiance. Ils jouent avec beaucoup de confiance. Là encore, ce soir, (Khris) Middleton fait un gros match, Giannis (Antetokounmpo) fait un gros match… C’est une vraie équipe, et qui défend extrêmement bien.

Ils ont donc progressé, après leurs playoffs de l’an passé ?

Oui, ils ont progressé ! C’est dans le sens logique de ce qu’ils font : c’est leur deuxième année avec leur coach, Mike Budenholzer. Les joueurs se connaissent mieux : car l’an dernier c’était vraiment juste leur première année avec Brook Lopez qui s’écartait aussi. Donc voilà…

Meilleure équipe à l’Est… depuis plusieurs années même, vu que les Cavs y allaient mollo en saison ?

Non, c’est plutôt la meilleure équipe cette année. Parce qu’après, les Cavs, c’était quelque chose à l’époque LeBron. Bon, en saison, ils étaient en « chill » (détente), mais dès que les playoffs arrivaient, c’était autre chose !

Font-ils plus d’ajustements et d’expérimentations en cours de match, ce qui leur a manqué en post-season l’an dernier ?

Je ne sais pas. Je dirai surtout qu’ils sont plus rodés sur ce qu’ils font. Après, la vraie question, c’est qu’est-ce qu’ils vont faire avec Giannis quand ce sera très physique et très dur, dans les playoffs. Car la plupart du temps, là, dans les dernières minutes, ils donnent la balle à Khris, qui crée. Mais en play-offs, ça va être une bonne question de voir qu’est-ce qu’ils vont faire de Giannis, en fin de match.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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