Isaiah Thomas : “Je n’avais rien à perdre. J’étais le dernier pick”

Isaiah Thomas : “Je n’avais rien à perdre. J’étais le dernier pick”

Lorsque Isaiah Thomas s’est présenté à la draft il y a neuf ans, la situation était à peu près similaire à celle que connaissent les jeunes prospects actuellement. Les raisons étaient différentes, mais la NBA était aussi à l’arrêt, à cause d’un lockout. Il restait encore à Thomas la possibilité de passer un an supplémentaire en NCAA, et il n’y aurait pas de Summer League pour faire ses preuves si jamais aucune équipe ne décidait de miser sur lui à la draft. Pas très rassurant donc, mais celui qui jouait alors à l’université de Washington a décidé de miser sur lui. Fort de cette expérience, il a publié un long texte pour tenter de conseiller les jeunes joueurs qui hésiteraient à se lancer.

“Je vois des gars qui inscrivent leur nom à la draft, et personnellement, je leur dirais une seule chose : “Tu dois prendre la meilleure décision pour toi, et ce sera la plus importante de ta vie. Ne sois pas trop impulsif, réfléchis aux points positifs et négatifs, sois certain de connaître les tenants et les aboutissants de ce qu’il se passe, de ce qu’il pourra se passer dans le futur, de ce qui ne se passera pas… Ensuite, tu peux prendre ta décision.” J’étais en troisième année quand je me suis présenté à la draft. Il me restait une année d’éligibilité potentiellement. J’ai écrit les pour et les contre. Toutes les bonnes choses qui découlaient du fait de m’inscrire, et toutes les mauvaises choses qui pouvaient arriver : ne pas être drafté, l’être au second tour, mais subir ensuite un lockout, du coup je n’allais pas être payé et je ne savais pas ce qui allait se passer ensuite… Ma décision finale a été de parier sur moi-même que j’allais trouver des solutions. J’avais le sentiment que l’université n’allait rien m’apporter de plus. Mais j’avais le lockout dans un coin de ma tête. Tout le monde a probablement pensé que j’étais fou. Ils se demandaient ce que je faisais, ils disaient que j’avais un an de plus à l’université, que je pouvais y rester plutôt que d’arriver en NBA alors qu’il y avait plein d’incertitude. Mais c’était ma décision, et je m’y suis tenu.” Isaiah Thomas.

Le meneur de 31 ans n’était donc pas certain d’être drafté, loin de là même. La cérémonie de la draft n’a donc pas été de tout repos. Au final il a été sélectionné en 60e et dernière position, avant de poser une saison rookie à 11,5 points de moyenne chez les Kings.

“J’étais à Seattle, je regardais la draft dans la salle de sport avec mes coéquipiers. Toute ma famille et mes amis étaient à mon appartement, en train de fêter la draft. J’essayais de me détacher de ça, je savais que j’avais quelques options en fin de premier tour, mais je n’étais pas certain. Je savais que j’avais plus de chances d’être pris au deuxième. Ensuite, ce fameux deuxième tour est arrivé, et les noms tombaient les uns après les autres. Je n’ai pas été nerveux avant que les Lakers utilisent leur dernier pick (en 58e position ndlr) sans me prendre. Je savais qu’ils cherchaient et ils disaient que si j’étais disponible, ils allaient surement me prendre. C’est à ce moment-là que j’ai appelé ma mère, elle m’a demandé si j’allais bien. J’étais encore à la salle, j’étais sur le point de rentrer. Je lui ai dit que la draft était presque finie, ma mère ma répondu de continuer à croire en Dieu, à avoir la foi. Que ce n’était pas encore terminé. Quand je suis arrivé chez moi, j’étais en colère parce que je ne savais pas ce qu’il se passait. J’essayais de rester positif, mais je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si je n’avais pas pris la mauvaise décision. C’est à ce moment-là que mon agent m’a appelé, il m’a dit que les Kings allaient me sélectionner avec le dernier pick. Quand c’est arrivé, j’étais tellement heureux… Évidemment, je ne voulais pas être le dernier pick. Je voulais être pris plus haut. Mais c’était mon rêve. Je voulais être appelé pendant la draft. Je me suis dit que j’étais drafté, que j’allais trouver des solutions. Je savais que si on me donnait ma chance, j’allais en tirer parti. […] Sacramento m’avait sélectionné pour une raison. Beaucoup de seconds tours de draft, surtout dans les derniers picks, ne sont même pas invités au training camp. Le fait qu’ils me demandent de venir, alors qu’il n’y avait pas eu de Summer League (à cause du lockout ndlr), ça voulait dire beaucoup de choses. Il y avait des gars comme Tyreke Evans, Francisco Garcia et John Salmons qui me donnaient un coup de main. J’y suis allé en essayant de décrocher un boulot, je défendais sur les gars en tout terrain, je me donnais à fond tout le temps. Je m’assurais qu’on me remarque. Je me disais que je devais me démarquer quoiqu’il arrive. Les chances que je sois gardé n’étaient pas très grandes. Mon agent m’a appelé avant un entrainement au milieu du camp d’entrainement et m’a dit qu’ils voulaient me proposer un contrat de trois ans. Il m’a ensuite donné les détails, que ce n’était pas garanti… Mais je m’en foutais de ça. Je me suis dit : “OK, je suis dans la place, je vais m’occuper du reste.” Je me suis toujours dit que je n’avais besoin que d’une chance pour en tirer profit. J’ai juste eu un petit soupir de soulagement. Je me suis dit : “OK, j’ai un pied dans la porte, maintenant je dois en faire plus.” Je n’avais rien à perdre. J’étais le dernier pick. Donc peu importe ce que je faisais, c’était du bonus pour ces gars. Au début, je ne jouais pas vraiment. Ils avaient Jimmer Fredette, Marcus Thorton et Evans devant moi. Je me donnais à fond, peu importe que ce soit les 30 dernières secondes du deuxième quart, les 5 dernières minutes du dernier, qu’on soit devant de 30 ou derrière de 20… Je me disais : “OK, je vais montrer à ces gars ce que je vaux.” ” Isaiah Thomas.

Le problème, c’est que c’est difficile de trouver de la stabilité à Sacramento et que ça a posé quelques problèmes à Thomas au début de sa carrière.

“Je ne pourrais pas nommer une personne en dehors de ma famille et mon entourage qui a vraiment cru en moi. Il y a eu Paul Westphal, qui était alors le coach de Sacramento, pendant un petit moment, mais il s’est fait virer. Ensuite, j’ai eu Keith Smart. Je me rappelle qu’un jour de février, on était à Detroit. C’était avant un shootaround. Il est venu me voir et m’a sorti : “Je réfléchis à l’idée de te mettre titulaire, je veux juste que tu le saches.” Quand je suis revenu à l’hôtel, je me suis dit que c’était fou, que ça n’avait aucun sens. Mais j’étais prêt à saisir cette opportunité. Avant la rencontre, il m’a fait venir dans son bureau. “Je vais te mettre titulaire, mais tu dois bien jouer, parce que je mets mon cul en jeu.” “Pas de soucis, je ne vais pas te décevoir.” Il avait probablement peur parce que Jimmer, qui était titulaire, était le dixième choix de la dernière draft. Souvent, les gars sélectionnés à ces positions jouent, peu importe leur niveau sur le terrain. Ma confiance est venue toute seule parce que je savais que j’avais travaillé dur. Quand l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie. Tout est ensuite devenu de plus en plus grand. Je suis passé de joueur de bout de banc, à gars qui joue un peu à titulaire en NBA, et mec qui a vraiment un impact. J’ai été nommé dans la All-Rookie Second Team (il a terminé la saison avec 11,5 points et 4,1 passes décisives de moyenne ndlr). Personne ne pensait que je serais ne serait-ce que dans la rotation. Surtout sans Summer League. Mais je me suis fait une place, et j’ai ouvert la porte. Ça a toujours été mon histoire. J’ai toujours su que je pouvais être un franchise player, vraiment. J’en ai aussi toujours rêvé. Je ne savais pas si ça allait arriver, mais je savais que si j’en avais l’opportunité, je pouvais en faire quelque chose. J’ai traversé des mauvaises périodes, la plus noire c’est quand ma sœur est décédée, ensuite j’ai eu une grosse blessure. Je pense que beaucoup de gars auraient abandonné. Et ça veut dire beaucoup de choses sur la personne que je suis, je continue de me donner à fond, peu importe le contexte. Ça a été l’histoire de ma vie. J’ai toujours été sous-estimé, on ne m’a rien donné. J’ai dû aller contre les probabilités et prendre ce qui m’appartenait.” Isaiah Thomas.

Via The Undefeated.

Leave a Reply