Un entretien pour un poste de coach ça se passe comment ?
Quand des franchises recherchent un nouveau coach, leur choix final n’est parfois pas du tout compris par les fans. Parfois, ces derniers se trompent, comme lorsque les Warriors ont mis la main sur Steve Kerr en 2014. Parfois, ils ont raison de ne pas faire confiance au nouveau venu. Dans tous les cas, il peut être intéressant de savoir comment les front offices décident de qui sera embauché. Et c’est ce que propose l’ancien coach Vinny Del Negro dans un blog publié sur Basketball News. Âgé de 54 ans, le natif de Springfield dans le Massachusetts, a connu une belle carrière de joueur (12 saisons en NBA, 771 matchs et 9,1 points, 2,3 rebonds et 3,2 passes de moyenne) avant de se reconvertir dans le coaching et d’occuper le banc des Bulls (entre 2008 et 2010) puis des Clippers, de 2010 à 2013, après un passage dans le front office des Suns.
« Chaque franchise aborde leur recherche de coach différemment. Voilà quelques aspects à prendre en considération quand les équipes cherchent des entraineurs.
Certaines équipes vont vous demander de dessiner des systèmes que vous demanderiez à vos joueurs d’appliquer, et ce avant même que vous ayez eu le temps de vous assoir. Dans certains entretiens, ils veulent juste vous entendre parler de votre philosophie. Par rapport au basket, mais aussi par rapport à la vie en général. Ils peuvent aussi vous demander des changements qui peuvent être apportés au roster. Ça dépend de la manière qu’a l’équipe de faire les choses. Mon entretien avec les Bulls était très différent de celui avec les Clippers. Les deux situations n’avaient rien en commun, et les autres entretiens que j’ai faits ont eux aussi été très différents des deux que j’ai déjà cités. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il va se passer avant d’entrer dans la pièce. Parfois, vous ne savez même pas qui est votre interlocuteur.
Parfois, c’est juste les gars du front office. D’autres fois, le propriétaire va être très impliqué. Certaines équipes amènent leur psychologue, d’autres ont toute une liste de questions à vous poser. Ils vont vouloir savoir quel genre de leader vous êtes, et ils vont vouloir des exemples. Pas seulement des choses que vous avez réussies, aussi de vos ratés. Comment vous vous adaptez au changement dans certaines situations ? Comment vous détournez la pression des médias ? Comment vous allez travailler avec les joueurs et le front office ? Quel est votre degré d’implication ?
Mais vous n’allez pas devoir vous vendre qu’aux preneurs de décisions, il faut aussi convaincre les joueurs. Et il faut le faire 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il faut leur vendre ce en quoi vous croyez si vous voulez qu’ils s’impliquent dans le projet. Il faut aussi qu’ils comprennent les standards que vous avez mis en place pour l’équipe.
Tous les postes ne sont pas pour tous les coachs. Chacun a des standards différents, des convictions et des méthodes d’enseignement différents. Et l’équipe qui vous fait passer l’entretien n’a peut-être pas la même philosophie que vous. Il faut vraiment savoir dans quoi vous vous embarquez.
Quand vous passez un entretien pour un poste de head coach, vous parlez du roster, et vous avez vos propres questions à poser. Est-ce qu’ils essaient de construire autour d’un joueur en particulier ? Est-ce qu’ils sont prêts à payer la luxury tax ? À quel point le coach sera impliqué dans les processus de recrutement via la draft ou la free agency ? Certaines équipes veulent qu’il soit présent à tous les workouts des prospects, d’autres veulent qu’il se concentre sur autre chose.
Préparer un entretien demande bien plus de travail que la plupart des gens imagine. Vous devez en savoir le plus possible sur l’équipe. Plus vous avez de détails, mieux c’est. Il ne faut pas seulement regarder le roster, mais aussi comment l’équipe va évoluer. Combien de tours de draft il y a à disposition, à quoi ressemble leur masse salariale… Il faut rechercher toutes les informations pertinentes sur l’avenir de l’équipe.
Et c’est aussi important de comprendre les attentes du front office, à court et long terme. Une progression constante du groupe est primordiale. Est-ce qu’ils pensent vraiment qu’ils peuvent de manière réaliste se qualifier pour les playoffs cette saison ? Est-ce qu’il y a une fenêtre pour un titre ?
Une fois qu’un coach décroche un contrat, c’est là que le vrai boulot commence. C’est très compliqué de gagner à haut niveau, et c’est encore plus dur de le faire avec régularité. Il faut être un leader, et toutes les personnalités que vous avez dans votre roster ne sont pas les mêmes, et ne vont pas avec les mêmes types de management.
Tout le monde balance à tout va le mot « culture » comme si c’était quelque chose de facile à créer. Les équipes qui ont été capables de créer une culture durable l’ont fait en impliquant le propriétaire et le front office, mais aussi le bout du banc.
Le plus important pour gagner, c’est le talent et la régularité. Quand vous regardez les organisations qui ont une bonne réputation, elles ont quoi en commun ? Elles sont régulières dans leurs prises de décisions. Elles ont peut-être eu de la chance avec des choix de draft qui se sont retrouvés être bien meilleurs que prévus, ou avec des free agents qui avaient besoin d’un nouveau départ, mais ce n’est que des éléments de l’équation.
Il vous faut une vision pour que tous ces joueurs travaillent ensemble. Chacun d’eux est une pièce d’un puzzle, et il faut essayer d’appuyer sur ses forces, et de travailler avec eux sur leurs faiblesses. Le staff travaille toujours sur la progression des joueurs et se concentre sur les fondamentaux, tout en comprenant sa personnalité et son type de jeu pour le mettre en bonne position pour gagner. Construire de bonnes relations avec les joueurs est toujours le but. Ça vous permet de les faire progresser et de s’assurer qu’ils travaillent sur des choses qui vont leur permettre d’avoir une belle carrière et de faire progresser l’équipe.
Vous ne pouvez pas laisser les rumeurs sur l’équipe ou votre avenir obscurcir votre jugement. Vous êtes arrivé à l’entretien avec un plan, un but, et vous ne pouvez pas laisser quoique ce soit vous en distraire. Mais c’est aussi très important d’être flexible et ouvert à l’idée de faire des ajustements quand vous avez de nouvelles informations.
Vous avez vos standards, votre vision. Et il faut rester vous-même.
Pour finir, voilà quelque chose que j’ai appris en restant aussi longtemps en NBA (en tant que membre d’un front office (il a été assistant General Manager aux Suns avant de devenir le coach des Bulls ndlr), en tant que joueur, et en tant que coach. Le plus important pour un entraineur, c’est le temps. Plus un entraineur a de temps, plus il peut apprendre des choses sur son équipe, les forces et les faiblesses des joueurs, comprendre leur manière de jouer, la manière de l’organisation de fonctionner… La confiance et la loyauté doivent se gagner, et, si c’est le cas, être réciproques. Tout le monde doit aller dans la même direction pour dépasser les attentes et s’aligner avec les standards demandés en amont. Le temps est le meilleur ami du coach. » Vinny Del Negro.
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