Analyse Vidéo : Kyrie Irving méritait-il un contrat maximum ?

Analyse Vidéo : Kyrie Irving méritait-il un contrat maximum ?

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Quelques jours après avoir dépensé leur premier choix de draft sur Andrew Wiggins, les Cleveland Cavaliers viennent tout juste d’offrir un contrat maximum à Kyrie Irving. Pas moins de 90 millions de dollars étalés sur 5 années, pour une offre prête de longue date et proposée par les Cavs dès les tous premiers moments de le free agency. La question se pose donc d’elle-même, Kyrie Irving méritait-il ce contrat maximum ?

Jetons un coup d’œil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Kyrie Irving n’est pas le prototype parfait du meneur de jeu NBA. S’il possède une bonne taille et est assez costaud, il a en revanche une envergure de bras moyenne et n’est pas un athlète très explosif ni vertical. Offensivement, c’est d’abord et avant tout son jump-shot qui constitue sa grande force, pouvant dégainer (et marquer) dans n’importe quelle situation (sortie de dribble, réception de passe, très grande portée du tir) démontrant particulièrement une superbe capacité de se créer de l’espace et son propre tir sur P&R/ISO, du fait de sa vivacité et de sa qualité de dribble. C’est également un bon slasher, compensant son manque d’explosivité ou d’excellent premier pas par un superbe contrôle du corps et équilibre, ainsi que de superbes changements de vitesse et de direction.

Irving est également un très bon passeur, ses statistiques peu spectaculaires (6.4 ast/m) attestant du temps de jeu important qu’il passe à jouer sans la balle plutôt que d’une incapacité à être un bon meneur de jeu. Altruiste et toujours sous contrôle, il démontre toute sa créativité et sa bonne vision du jeu sur pénétration comme sur Pick&Roll. Plus encore, c’est son superbe QI basket et sa remarquable capacité à lire les défenses pour faire le bon choix qui impressionnent le plus chez lui. Un vrai bon meneur gestionnaire, ce qu’on ne peut pas dire de tous les meneurs de jeu titulaires en NBA à l’heure actuelle.

Défensivement, Irving démontre là aussi un très bon QI basket tout en jouant avec une très bonne implication et intensité de jeu. Il a du mal à contenir les pénétrations adverses de par sa vitesse latérale moyenne, mais s’avère être un défenseur très intelligent et actif le reste du temps, montrant de très belles connaissances en terme d’aide et de défense collective notamment.

Pour plus d’informations, je vous renvoie vers le profil plus développé du joueur datant du mois d’avril.

La question est donc de savoir si Kyrie Irving méritait ou non ce contrat maximum. Sauf que, une fois son jeu et ses qualités détaillées, en plus du fait qu’il n’a que 22 ans, ou qu’il est décrit comme un joueur au caractère impeccable, très compétitif, clutch, avec un bon leadership et une éthique de travail exemplaire, la question ne se pose même plus. Si Kyrie Irving ne mérite pas de prolongation maximum, alors aucun joueur au terme de son contrat rookie ne le mérite. Irving semble même mériter ce contrat à prix d’or plus que John Wall, Paul George ou DeMarcus Cousins, les trois précédents bénéficiaires de tels contrat (paraphés eux l’été dernier).

Irving est tout d’abord un joueur capable d’assumer un rôle de première option offensive d’équipe en NBA (et il l’est depuis ses tous premiers pas chez les pros d’ailleurs), quelque chose de finalement plutôt rare et dont tous les joueurs NBA ne sont pas capables. C’était d’ailleurs la principale interrogation autour de George à l’époque : allait-il pouvoir passer ce dernier palier, le plus compliqué, pour ne plus être un élément d’un collectif bien huilé et devenir un vrai go-to-guy ? Le doute demeurait, et même si ce pari des Pacers fut loin d’être un échec, on ne peut pas non plus dire qu’il soit non plus une superbe réussite, George démontrant des difficultés à s’adapter à ce rôle très différent (beaucoup moins altruiste et créateur/passeur, abusant clairement sur sa sélection de tirs et ses choix par moment, moins lucide, etc).

De plus, pour Paul George comme pour John Wall, le doute résidait aussi dans le fait que c’est finalement sur une courte période que les deux ont flambé et affiché un gros niveau de jeu (les playoffs pour George, les deux mois de fin de saison pour Wall, lorsque le niveau de compétition n’est plus forcément aussi grand qu’avant). Avec Irving, non seulement il n’y a pas d’adaptation à faire et on le sait suffisamment lucide et efficace pour assurer un rôle de go-to-guy, mais en plus on a la certitude que ce n’est pas une question de « forme passagère » ou de contexte, cela faisant maintenant trois saisons complètes qu’on le voit évoluer et performer dans cette configuration. Le caractère de pari dans ce contrat maximum offert est donc beaucoup moins grand, presque négligeable même en comparaison de ses deux acolytes. Irving est d’ailleurs à cette heure-ci un joueur offensif bien plus développé que Wall (tir à mi-distance prometteur mais irrégulier, aucun tir à trois points, beaucoup de turnovers et prise de décision très perfectible) ou George (tir en sortie de dribble pas encore très fiable, pas accompli en terme de création offensive pour lui-même, beaucoup de turnovers et prise de décision très perfectible) ne l’étaient à l’époque de leur signature.

Quant à DeMarcus Cousins, ce n’est certainement pas autour de son jeu offensif (rare et très développé) ou sa capacité à porter une attaque qui était remise en cause, mais son attitude sur comme en dehors du terrain. Quelque chose qu’on ne peut certainement pas reprocher à Irving, décrit comme un joueur modèle (éthique de travail, caractère, leadership, etc). Enfin, pour Cousins comme pour Wall, le niveau de jeu défensif ainsi que l’implication de ce côté-là du terrain étaient grandement questionnés (d’autant plus pour des joueurs avec les capacités physiques/athlétiques pour dominer leur position) là où l’on vante au contraire l’intelligence de jeu et l’activité d’Irving en défense, malgré ses limitations physiques.

Quand bien même on trouvait autant à redire pour Paul George, John Wall et DeMarcus Cousins, c’était tout de même trois paris qu’il fallait tenter, et il n’y avait rien de scandaleux à les voir parapher des contrats maximum. Par déduction, pas besoin donc de vous dire ce qu’il en est pour Kyrie Irving. D’ailleurs, c’est même normal en un sens de retrouver quelques défauts plus ou moins importants chez des jeunes joueurs ayant passé à peine trois ans chez les pros. C’est justement Irving et ses incroyables certitudes pour un joueur aussi jeune qui sortent de la normalité et du commun. L’absence de défaut dans son jeu offensif autre que son manque de superbes qualités athlétiques (qu’il compense en plus parfaitement) est assez remarquable pour le souligner.

On ne trouve tout simplement pas sur le marché de talent aussi grand, aussi jeune, et avec une telle marge de progression restante (Anthony Davis n’aie crainte, ton tour viendra). Certes, Irving n’a pas encore emmené Cleveland en playoffs, mais c’est bien loin d’être sa faute, souffrant toujours d’un supporting cast ou d’un coaching staff pas forcément au niveau. Sa meilleure chance d’atteindre la post season fut la saison dernière, dans un effectif pas incroyable mais assez prometteur pour prétendre à une 7e ou 8e place dans la faible conférence Est. Manque de chance, une année très mouvementée, des facteur X bien loin du niveau attendu (Andrew Bynum, Anthony Bennett et autres) pour quelques raison que ce soit, et un Mike Brown très peu inspiré pour proposer un fond de jeu ne serait-ce que correct offensivement, ont eu raison de ces espoirs de playoffs. Cela n’a pas empêché Irving d’être sélectionné au All Star Game pour une seconde fois consécutive (et de remporter le titre de MVP du match).

Indéniablement, Kyrie Irving est un talent calibré contrat maximum, qui ne demande qu’a (enfin) avoir un bon environnement autour de lui pour enfin commencer à faire gagner les Cavaliers. La draft de Wiggins et l’embauche de David Blatt et la nouvelle direction en place semblent avoir convaincu le jeune meneur de jeu de rempiler à Cleveland après quelques semaines d’incertitudes quant à son avenir au club.

Car au final, c’est bien là que tournait tout l’enjeu du cas Kyrie Irving. Il ne s’agissait pas de savoir s’il méritait ce contrat maximum, tellement cela apparaît comme une évidence, mais bien de savoir s’il voudrait bien rempiler dans une franchise qui n’a pas toujours su saisir les chances qu’elle a eues pour le mettre dans les meilleures conditions possibles. Pas certain qu’il soit complètement satisfait ou convaincu toutefois, mais les 90 millions de dollars offerts ont aidé à sceller sa présence dans l’Ohio, et c’est déjà une énorme victoire pour les Cavaliers.

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