Analyse Vidéo : Damian Lillard peut il devenir le meilleur meneur de jeu NBA ?

Analyse Vidéo : Damian Lillard peut il devenir le meilleur meneur de jeu NBA ?

Getty Images
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Fraîchement récompensé d’une sélection All Star dans seulement sa deuxième saison chez les pros, Damian Lillard apparaît clairement comme une des figures les plus prometteuses de NBA sur son poste de meneur de jeu. Sorti de la modeste fac de Weber State, Lillard éclabousse de son talent et de son assurance la grande ligue lors de son année rookie, et est en train d’aider Portland cette saison à être une des meilleures formation du pays. Alors, Lillard a-t-il encore de la ressource pour grimper dans la hiérarchie des tous meilleurs meneurs de jeu NBA ?

Jetons un coup d’oeil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Damian Lillard c’est tout d’abord des dimensions physiques tout à fait appropriées pour un meneur de jeu NBA. Possédant une bonne taille (6’3 – 1m90) et très belle longueur (6’7 – 2m01) pour son poste, il est aussi bien plus costaud cette saison qu’il ne l’était lors de sa campagne rookie (listé à 195 lbs – 88kg).

En attaque, son principal atout reste son jump-shot (plus de 70% de ses tirs tentés sont de cette nature). Toujours bien en équilibre et établissant bien ses appuis au moment du tir, Lillard possède un excellent jeu à mi-distance (48% d’efficacité dans la zone) notamment de par sa capacité à scorer en sortie du Pick&Roll. Plus encore, il impressionne par la portée de son tir et l’aisance avec laquelle il peut dégainer en sortie de dribble des trois-points parfois très lointains. Seul petit bémol, le fait qu’il se reposer parfois trop sur son jump-shot justement. Lillard a la gâchette facile, notamment à longue distance (40% sur 6.9 tentatives/m) et prend fréquemment des tirs contestés ou trop tôt dans la possession plutôt que de chercher une meilleure opportunité.

Lillard est également capable d’aller chercher ses points en pénétration. Pas superbement explosif, il parvient néanmoins à bien varier les vitesses pendant son drive et fait preuve d’un très bon contrôle du corps/équilibre pour se rendre au cercle. Caractéristique intéressante, Lillard n’est pas effrayé ni ne chercher à éviter les contacts au cercle comme cela peut être le cas pour un grand nombre de meneurs de jeu (lui permettant d’aller chercher quelques 5.2 lancers par matchs pour 88% de réussite). En revanche, c’est sa finition au cercle qui limite sans doute le plus son impact en pénétration : malgré sa très bonne envergure et verticalité, Lillard reste un finisseur assez moyen au cercle (50% de réussite cette saison, 39% sur les trois premiers mois de compétition même). Bien loin des meilleurs meneurs/drivers que l’on retrouve un peu partout en NBA (58% pour Lawson et Teague, 65% pour Wall, 75% pour Paul).

Le playmaking et les qualités de meneurs de jeu demeurent sans doute la petite ambiguïté de son jeu. Passeur tout à fait compétent, capable de créer pour les autres de diverses manières, il n’est cependant pas un vrai meneur de métier, un général de terrain, un gestionnaire de tout instant qui pense d’abord et avant tout à faire tourner l’attaque et à servir ses coéquipiers. Néanmoins, l’attaque bien huilée des Blazers, basée sur beaucoup de spacing et de mouvement de balle, ne requière pas vraiment la présence d’un vrai meneur de métier. Permettant ainsi à Lillard d’exceller dans ce rôle de vrai/faux meneur qui va créer certains moments et jouer efficacement sans le ballon certains autres.

Sa mentalité n’est pas celle d’un meneur/passeur, son volume de jeu à la création est bon sans être non plus impressionnant, mais il faut lui reconnaître le fait qu’il a conscience de ses propres faiblesses. Il tente rarement l’impossible ou ce qu’il ne maîtrise pas, et reste très simple dans sa distribution, lui valant de prendre bien soin du ballon (3.0 tov/m en 38min de jeu en tant que rookie dans une nouvelle équipe, nouveau système de jeu à apprendre, coéquipiers à connaître ; et seulement 2.4 tov/m cette saison). Au final, son ratio ast/tov à hauteur de 2.3 est plus élevé que celui de Stephen Curry par exemple, pourtant bien plus prolifique en passes décisives.

Défensivement, Lillard tire bien profit de ses atouts physiques même s’il est généralement plutôt inconstant. Il est assez costaud pour se battre à travers les écrans et possède une très bonne vitesse latérale. Néanmoins, son manque de concentration l’empêche de totalement exceller dans sa défense sur l’homme (fautes évitables, postures défensives, anticipation des écrans, etc). Il en va de même lorsqu’il défend loin du ballon, où son attention est là aussi assez irrégulière. Il peut se montrer efficace mais n’a pas la discipline de garder un œil à tout instant à la fois sur son attaquant et sur le ballon. Plus généralement, on pourrait aussi regretter son manque d’envie d’être un « playmaker » défensif, de réaliser des actions qui impactent le jeu (0.7 int/m, joue rarement les lignes de passes ni n’essaye d’apporter des aides défensives).

Tout bien considéré, Damian Lillard demeure un des meneurs les plus talentueux de sa génération, notamment au niveau du scoring où ses instincts et qualités sont parmi les meilleures du genre. Néanmoins, certains doutes (les mêmes qu’à l’époque de sa draft en 2012) persistent. Son jeu est finalement assez unidimensionnel, il se repose (parfois trop même) beaucoup sur son jump-shot, n’ayant pas un excellent impact en pénétration et n’étant pas non plus un pur créateur pour autrui.

Il est finalement forcé en quelque sorte de jouer en tant que meneur de jeu au niveau NBA de par ses limites physiques, et sa taille qui ne lui permettrait sans doute pas d’exceller dans un rôle de second arrière qui semble lui convenir beaucoup plus. Lillard a la chance d’être tombé dans la bonne équipe pour lui, Portland et ce système offensif mis en place par Terry Stotts où beaucoup de spacing et mouvement de balle élimine le besoin d’un vrai meneur de jeu organisateur, mais cela reste de ce fait difficile de classer Lillard au même rang que bien d’autres meneur NBA qui eux présentent vraiment ce profil de double menace, scoring et distribution (Chris Paul, John Wall, Ty Lawson, Stephen Curry voir même Brandon Jennings, Tony Parker et Goran Dragic).

Sa marge de progression ne semble pas non plus spectaculaire, au vue de ses qualités/défauts et du fait qu’il va bientôt avoir 24 ans (plutôt âgé pour un sophomore, des Jrue Holiday, Kyrie Irving, Ricky Rubio et John Wall sont tous plus jeunes avec pourtant plus d’expérience dans la ligue). Néanmoins, comme dit précédemment cet environnement de Portland est finalement parfait pour lui. Même s’il ne devrait jamais atteindre la stature d’un Chris Paul ou d’un des tops meneurs NBA, dans cette configuration les Blazers ont la formule pour aller pourquoi pas jusqu’au titre NBA.

3 Comments

  1. Guillaume tes analyses sont magnifiques!!! rien à redire.

  2. Je pense pas qu'il puisse devenir le meilleur meneur nba mais un des meilleures surement.

  3. Son registre ne lui permettra pas une grande marge de progression. C'est un joueur déjà complet qui est arrivé en NBA, il continue de progresser sur ce qu'il fait (beaucoup moins de mauvais choix cette année, moins de balles perdues).
    A part en changeant d'équipe ou de système de jeu (probablement pas à l'ordre du jour vu que ça marche bien), on ne le verra probablement pas beaucoup évoluer au final.

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