[Interview] Kyrie Irving :« Je n’arrive pas à lever le pied »

[Interview] Kyrie Irving :« Je n’arrive pas à lever le pied »

Pas toujours volubile, le meneur des champions en titre avait la langue plus déliée lors de son passage à New York, notamment sur l’état d’esprit des Cavs, le sien, ses expériences des playgrounds de la ville et un certain Coach K… Basket Infos était sur place.

Kyrie, comment analysez-vous ce passage de trois défaites d’affilée par lequel votre équipe est passée récemment ?

Pour moi, les trois défaites n’ont rien vraiment changé sur notre approche du jeu. C’est surtout notre niveau d’effort et de concentration qui n’était pas au niveau.  Avant cela, je trouve qu’on était peut-être à notre meilleur niveau là-dessus, justement. Depuis qu’on est tous ensemble. Il faut juste que l’on arrive à garder ce niveau de manière constante. Continuer d’aimer le jeu, la compétition, le fait que toutes les équipes vont se donner à 100% contre nous…. Rester concentrés et à fond face à cela, et se rendre compte qu’au final c’est à nous de contrôler l’issue du match.

Le titre a-t-il changé quelque chose ?

Gagner un titre, ça change certainement des choses. La dynamique, la confiance en nous, du point de vue individuel et collectif, celle que l’on a envers nos coéquipiers aussi du coup…  Je pense que l’on a appris cela l’an dernier, qu’on l’a validé en finale et que cela s’est transmis depuis au sein de l’équipe. Du coup, quelque soit les « difficultés » (il fait le signe des guillemets avec ses doigts) que certains pourraient dire que l’on vit à un moment ou à un autre, au final, on ne le vit pas comme cela entre nous. On a un meilleur recul, on se rend compte que c’est juste un match de basket. On joue ce jeu au plus haut niveau possible quand l’équipe marche bien et il faut que l’on garde cette confiance.

Et sur le plan individuel ?

(il fait non de la tête). C’est un but que j’ai voulu atteindre toute ma vie, ou en tout cas depuis que je peux m’en souvenir. Mais même quand on a remporté le trophée, je n’étais pas vraiment celui qui a pleuré de suite ou qui a montré beaucoup d’émotions… En fait, il a même fallu que je décompresse pour vraiment me rendre compte de ce que l’on avait accompli. Je crois que juste deux mois plus tard, j’avais déjà tourné la page et commencé à réaliser le potentiel que l’on pourrait atteindre cette saison, ce que l’on pourrait accomplir…

Est-ce que cela vous permet de mieux gérer sur la durée aussi ?

Non, je ne pense pas qu’on puisse vraiment ralentir le rythme en fait. Je n’y crois pas en tout cas. Si tu as la chance de faire le sport que tu aimes comme métier, tu dois tout donner, à chaque fois que tu rentres sur le parquet, en permanence, vivre le truc à 100%. C’est ce en quoi j’ai toujours cru. Ça ne sera peut-être pas parfait, ou pas joli tous les jours, mais si tu peux produire ton effort maximum tous les soirs et bien tu te dois de le faire. Donc bon, non, je ne peux pas vraiment lever le pied !

« En venant du New Jersey pour jouer à New York, j’étais sous pression »

Vous avez un côté très new yorkais, qu’avez-vous apprécié le plus en venant jouer ici gamin ?

La compétition surtout. Développer mon agressivité. En venant du New Jersey pour jouer à New York, j’étais déjà sous pression en fait. Les mecs de New York ont toujours cette impression que l’on est « soft » dans le New Jersey. Que l’on ne va prendre que des jump-shots, ce genre de chose… Je voulais vraiment détruire ce cliché et j’avais clairement confiance en moi. A chaque fois que je passais le pont. J’étais persuadé que j’allais tout détruire au prochain match, au prochain tournoi… Je ne voulais pas seulement être l’un des meilleurs dans le New Jersey, mais aussi dans le « tri-state » (New Jersey, New York et Connecticut). Et puis ensuite pareil au niveau national, puis dans le monde entier…

Quels playgrounds vous ont marqué le plus ?

J’ai joué dans tous les quartiers et au final il n’y en a pas vraiment un que je préfère en particulier. C’est pareil pour les tournois. Mais la compétition qu’il y avait ici, ça j’adorais.

Vous avez commencé à venir ici vers quel âge ?

Je suis venu jouer à New York depuis mes 5 ans en fait ! Mon père m’amenait déjà à cet âge-là. Il est du Bronx en fait, donc bon…

Vous avez marqué 28 points ce soir, ce qui est aussi votre moyenne au MSG…

(rires gênés) Je ne prête pas trop attention à cela, mais je ne prends aussi jamais cette opportunité à la légère. C’est l’occasion de jouer dans La Mecque du basket. En ayant grandit dans la région, en ayant ma famille et mes amis qui viennent… Et puis les gens adorent le basket ici. Ils sont derrière leurs Knicks, depuis des générations. Donc pour moi, de venir avec un uniforme des Cavs, en tant qu’adversaire, c’est une super sensation. Je me suis retrouvé des deux côtés en plus ! Je me suis fait botté le cul, j’ai aussi gagné quelques matchs. Mais c’est clair que je veux être constant ici et toujours donner le meilleur de moi-même, tout ce que je peux pour que mon équipe gagne. Ça fait un bail d’ailleurs que je n’ai pas perdu ici, mais je m’en souviens encore…

Avez-vous vu la performance de Jayson Tatum mardi soir (22 points, 8 rebonds, 2 passes, 2 interceptions et 1 contre en 29 min pour Duke) ?

Il est mortel ! Je suis carrément fan. Depuis un moment en fait. Quand il était au lycée déjà. Pour moi, il a déjà le jeu d’un joueur professionnel, et coach K va le mettre dans une position où il va montrer l’étendue de ses talents. Je crois que la chose que j’aime le plus chez les gars qui vont à Duke, et j’en fais moi-même partie, c’est cette atmosphère que coach K arrive à créer, à travers ce qu’il représente. Je vois des joueurs, même chez les pros, qui vont dans d’autres équipes et ne retrouverons jamais ce qu’ils ont pu vivre à Duke. Pour moi, une fois que tu es passé par là, tu es cadré pour la vie. Ça se voit à travers moi-même aussi. Je ne suis clairement pas le joueur « one-and-done » type. Coach K et moi, on a une relation incroyable et cela va continuer pendant les années à venir.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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