Le jeu du GM: la Trade Deadline, The Phoenix Suns’ Edition, Ep. 14

Le jeu du GM: la Trade Deadline, The Phoenix Suns’ Edition, Ep. 14

Alors que les cendres de la trade deadline sont encore chaudes, on a décidé de se mettre à la place des GMs pour les jours qui la précèdent voir ce qu’on aurait fait, ce qu’on aurait voulu faire et ce qu’on a pas pu faire. J’ai ainsi donné pour mission à Anthony Dubourg (contributeur sur Débat-Sport, invité régulier de l’Echo des Parquets) de prendre une équipe en difficultés, les Suns de Phoenix en l’occurrence, et d’essayer de monter des transferts pour sérieusement améliorer son effectif. Pour ma part, je prendrai le rôle de chacun des GMs qu’il contacte pour réaliser ses transactions espérées.
[Précédemment: …, épisode 10, épisode 11, épisode 12, épisode 13]
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February 23, 2017 – 13:15 ET
Proposition d’Anthony, GM des Suns
L’Ukrainien Alex Len est un pivot estimable, susceptible de rendre bien des services à sa formation. Néanmoins, son inscription dans le projet sportif me préoccupe à deux titres.
D’une part, le renfort de Willie Cauley-Stein le relègue au second plan tant la protection de cercle et l’influence défensive de ce dernier surpasse les capacités de Len.
D’autre part, l’année en cours n’est autre qu’une contract year pour le jeune homme, ce qui implique une phase de négociation pour prolonger son bail dans l’Arizona.
Compte-tenu du marché, le garçon peut espérer toucher dix millions par saison, ce serait de bonne guerre.
Néanmoins, je ne suis pas convaincu d’être prêt à ce sacrifice à ce stade de la refondation pour celui qui s’apparente à un remplaçant dans mon dispositif.Je dois lui trouver un point de chute pour déterminer qui m’en proposerait un prix convenable.

Je cible deux partenaires. J’appelle les deux successivement pour leur demander si un accord de principe pourrait être trouvé à partir de mes propositions initiales.

Les Phoenix Suns envoient: Alex Len
Les Chicago Bulls envoient: Denzel Valentine

Les Bulls se retrouvent dans une position périlleuse. Les perspectives d’avenir du groupe de Chicago demeurent floues. Et pour cause(s)! Qu’on en juge à ses têtes d’affiche: Rajon Rondo énigmatique, Dwyane Wade probablement sur le départ, Jimmy Butler au leadership contesté, pierre d’achoppement dont on ne sait s’il est pertinent de construire autour d’elle.

La direction avait discuté d’un transfert de ce dernier lors de la dernière Draft… sans appuyer sur la gâchette.
D’autres tractations se tiennent lors de cette deadline à son sujet. Probablement sans succès.
Le cas Demarcus Cousins démontre un grand manque de professionnalisme de la part de l’organisation de Sacramento, qui aurait dû se séparer de sa star, si séparation il devait y avoir, cet été ou le précédent pour en tirer la meilleure contrepartie.
Chicago ne devrait pas être aussi lamentable en termes de méthode.
J’essaye en tout cas d’en convaincre le responsable à l’autre bout du fil, sans lui faire la leçon naturellement.
Sans assentiment, je présume tout de même que Jimmy Butler fera ses valises. Or, comme il sera difficile de transformer par un échange l’intéressé en un Paul George – et le cas échéant, pour quoi faire? – la voie choisie par mon interlocuteur concernera sans doute la Draft.
Quelle équipe fera l’acquisition de Jimmy Butler lors de la cérémonie de juin 2017 contre un choix du top 10 et d’autres atouts? J’ai le sentiment que le décisionnaire dégainera seulement à cet instant… ce qui ne l’empêche pas de préparer le terrain de la reconstruction entre temps.

Dans cette perspective, les Bulls se doivent de penser au long terme, et donc de privilégier la jeunesse, le potentiel aux résultats immédiats.
Pourquoi, dans ce cas, favoriser Alex Len par rapport au rookie Denzel Valentine?
La réponse est simple: le premier est en réalité plus jeune que le second de cinq mois!
Le pivot peut se targuer d’une plus forte expérience que le novice NBA ayant fait ses classes à l’institution Michigan State.
Au sein d’un projet de reconstruction, la resignature du nouveau venu n’aurait rien d’incongrue. Au contraire, l’espace aménagé dans l’ardoise salariale par la reconstruction pourra tout à fait être pour partie consacré à Alex Len.
De plus, cette prolongation fixerait le jeune homme en titulaire au poste 5 de la franchise. Symbole de la nouvelle orientation, il entamerait une ère sportive au sein de laquelle il assurerait la stabilité. En se procurant un Len dès le premier transfert de la refondation, les têtes pensantes auraient réglé la question du géant de sept pieds à aligner dans le cinq pour les dix prochaines années.
De plus, à 23 ans, alors que la maturation des joueurs de cette position est plus lente que la moyenne, le jeune homme n’a peut-être pas montré toute l’étendue de son talent.

Plusieurs obstacles contreviendraient théoriquement à pareil transfert.

Robin Lopez reste ainsi toujours aux aguets à Chi-Town. Néanmoins, la terreur des mascottes NBA, payé dix millions l’année pour des contributions appréciées, constitue une bonne affaire dans le microcosme. C’est une valeur d’échange de qualité dont la contrepartie accélérera le processus de reconstruction des Bulls. Sa présence n’est donc pas une entrave à l’acquisiton d’Alex Len puisque le jumeau de Brook n’a pas vocation à rester.

Un point noir supplémentaire se situe dans la concurrence. Tout l’argumentaire précédent pourrait être aussi bien employé par les Sixers en vue de proposer les services de Nerlens Noel. Drafté la même année qu’Alex Len, le Sixer ne boxe pas dans la même catégorie même si les exigences de Philadelphie pourraient être plus élevées.
Toutefois, si la franchise se disait prête à céder Noel pour Harris, mon départ de la table de la négociation n’a pu qu’aboutir à une simplification du transfert en triangle. Il n’y a aucune raison que les Nuggets aient décliné un jeune talent assez complémentaire de Nikola Jokic sur de nombreux plans.

L’autre inconvénient pour le front office se situe évidemment dans la perte d’un membre louable de l’effectif de Denzel Valentine. Cela dit, entre un profil aussi atypique et le prototype du pivot de sept pieds, l’avantage va généralement au second à la fois sur le plan du jeu et pour des questions de flexibilité sportive. On trouvera toujours preneur pour un pivot apte aux basses besognes si le besoin s’en fait sentir. La valeur d’un Denzel Valentine, en revanche, paraît bien plus tributaire de ses performances conjoncturelles que dans son profil à des postes plus fournis, donc moins rares, que le 5.

Le silence de gravité s’impose en face de moi depuis le début de ma prise de parole. Le GM tient manifestement à son rookie mais entend également mes arguments. Il ne laisse rien transparaître.

Côté Suns, la recrue s’insérerait plus aisément dans les rotations qu’Alex Len du fait de leurs situations contractuelles respectives.
Certes, l’ex-Spartan ne jouit pas d’une réputation de défenseur infranchissable alors que j’ai érigé la défense comme un impératif de succès. Toutefois, le « débutant » compense par ses qualités inestimables: QI basket, dévouement, sens de la camaraderie, altruisme, shoot, vision du jeu, passe. Toute équipe prétendante au Graal a besoin de role players prêts à tout donner pour obtenir la victoire. Certains pensent que le rookie est de la faïence dont on fait les bidets, nous pensons qu’il est du marbre dont on fait les statues.
Je ne sais pas encore comment j’intégrerais Denzel Valentine sur le long terme, a fortiori quand j’aurai touché mon/mes choix de Draft favorable(s). Cependant, je crois que les joueurs de ce profil trouvent toujours un moyen de grapiller du temps de jeu et exercent toujours une influence positive sur le groupe, sportivement et extra-sportivement.

La première réponse de mon interlocuteur aura au moins l’avantage de m’informer sur le statut, d’intransférable ou non, de ma cible.

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Les Phoenix Suns envoient: Alex Len
Les Boston Celtics envoient: droits sur Guerschon Yabusele et Ante Zizic + bouche-trou

Le profil de Guerschon Yabusele m’intéresse parce qu’il est parfaitement adapté à la NBA actuelle. Rapide, mobile, rebondeur, défenseur, l’intérieur a un profil de hustler, d’energizer, capable d’impulser une dynamique, une relance dans un match pour renverser la vapeur. En fondant mon projet sportif sur les épaules de Devin Booker et le choix de Draft 2017, en accordant ma confiance à Dragan Bender, j’accepte un délai de quelques mois avant maturation des jeunes pousses et remontée dans le classement des bilans sportifs.
En l’espèce, je pourrais rapatrier Yabusele dès la fin de la saison chinoise pour commencer sa formation dès la dernière partie de la saison.
J’ai le front de demander au surplus Ante Zizic pour ajouter un pivot supplémentaire à mon portefeuille. Ce n’est pourtant précisé qu’en incise, le message transmis à Danny le Vert est clair: la pierre angulaire du transfert de mon côté serait Guerschon Yabusele. Personne d’autre.
Je monte sur mon bureau, transformé pour l’occasion en barricade, afin d’afficher ma résolution. Malin, je me sais invisible de l’homme au bout du fil qui n’exploitera pas ma fougue. Je récolte bientôt les fruits de mon entreprise: l’hilarité générale de collaborateurs se payant copieusement la tête du supérieur.
Péché d’orgueil? Peut-être.
Intronisé GM depuis suffisamment longtemps pour avoir mené des négociations éprouvantes, je n’ai pas pris pour première décision de limoger Earl Watson. Il est toujours en poste! Indécis, je ne peux donc conclure avec certitude que l’humeur rieuse de mon équipe à mon égard est imputable à ma dernière manoeuvre quand je me souviens qu’une discussion professionnelle est en cours.
J’accepterais bien entendu…
J’accepterais bien entendu n’importe lequel des Celtics dont mon interlocuteur voudra se débarrasser pour ne pas transgresser la limite des 15 places dans un effectif.

Les Celtics recherchent depuis un moment un pivot de taille. Certes, Alex Len n’a sans doute pas des qualités de protecteur de cercle idéales mais la plus-value qu’il constitue par rapport à des Tyler Zeller ne fait pas un pli.
Sa venue densifie le secteur intérieur d’un prétendant au titre. Présent en NBA depuis de plusieurs années, le renfort peut contribuer dès à présent tout en disposant d’une marge de progression à seulement 23 ans… si mon interlocuteur le resigne. Outre la différence qu’il est en mesure de faire lors de matchs tendus des playoffs 2017, le GM garderait le contrôle sur l’avenir du jeune pivot dans la reconfiguration à venir du roster pour rester compétitif. Surtout, une fois lancée, une franchise a du mal à revoir à la baisse ses objectifs les années suivantes dans l’attente de la maturation d’une partie de son effectif.
Quelle patience le principal challenger de Lebron James à l’Est pourrait montrer Boston à l’égard de Yabusele (et de Zizic?) alors qu’elle compte déjà des leaders soucieux de se battre tout de suite sans les scories de l’inexpérience, fatales aux plus hautes aspirations?
De deux choses l’une.
Soit les Celtics utilisent leur swap avec les Nets à la Draft 2017 pour leurs propres fins. Dans ce cas, Boston sera obligé de diriger une partie de ses ressources vers la formation de sa vedette en puissance au détriment d’une focalisation exclusive sur le titre. Dès lors, injecter de nouveaux novices inexpérimentés à former réduirait distrairait plus encore l’organisation de son objectif suprême et immédiat.
Soit ils échangent le choix pour une star et passent la franchise en mode « tout, tout de suite ». Si telle est l’orientation voulue, il n’y a pas débat entre Alex Len et le Français.
Le transfert semble gagnant-gagnant.

Les Celtics ne se sont pas montrés beaucoup plus expansifs que les Bulls lors des secondes suivant l’exposé de ma proposition. Je serai de toute façon vite fixé.

A suivre.

StillBallin (@StillBallinUnba)

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