Ma NBA avec Ian Mahinmi : « A San Antonio, deux joueurs m’ont vraiment marqué »

Ma NBA avec Ian Mahinmi : « A San Antonio, deux joueurs m’ont vraiment marqué »

Tous les 15 jours, une personnalité nous raconte la NBA de l’intérieur. Aujourd’hui, Ian Mahinmi, l’un des rares français à avoir gagné un titre outre-Atlantique (en 2011), et qui nous a donné beaucoup de temps pour parler à fond de nombreux sujets…

Ian, quel est le joueur NBA qui t’a le plus inspiré ?

Ouh, c’est difficile ! Ecoute, moi, avant d’arriver en NBA, j’étais vraiment fan de Kevin Garnett et Amar’e Stoudemire. Et Hakeem Olajuwon aussi ! Donc c’était un peu mes références. Et pour te dire, à l’époque, les Spurs (qui l’ont drafté en 2005 mais l’ont laissé se développer deux ans en France) m’envoyaient des highlights d’Amar’e et KG, quand je jouais à Pau Orthez, et même l’année d’avant au Havre aussi. Franchement, pour moi, c’est des joueurs que je regardais beaucoup. Et quand je suis arrivé en NBA, surtout à San Antonio, ce qui m’a touché, c’est surtout deux joueurs. Le premier c’est Tim Duncan, pour son éthique de travail. J’étais très surpris. Sa régularité, la façon dont il abordait chaque entraînement. C’était impressionnant, pour la superstar de l’équipe, la façon dont il se tenait. Ça, ça m’a marqué. Le deuxième, c’est Tony Parker. Parce que l’on ne se connaissait pas beaucoup tu vois. Et je ne pensais pas que quelqu’un comme lui, qui à San Antonio est un peu le roi, était aussi approchable. Moi avant je le voyais plutôt comme quelqu’un d’intouchable, qui n’allait pas trop me calculer… Et le gars m’a vraiment pris sous son aile et ça, ça m’a marqué. Donc maintenant, quand il y a des rookies qui viennent, j’essaie d’être toujours humble et toujours disponible. Anytime. Même ceux qui ne jouent pas, les petits jeunes qui sont en D-League : un petit message de temps en temps, quand on est en déplacement, « venez on va manger ». Des petites attentions comme ça. Je ne pensais pas que les superstars étaient aussi près des joueurs comme moi, qui arrivent, qui ne jouent pas, qui sont peu connus.

Quel est ton meilleur souvenir en NBA ?

Mon meilleur souvenir c’est en 2011, le titre (avec les Mavs). La Draft, ça reste un souvenir inoubliable, mais la notion de gagner un titre, c’est une notion d’accomplissement. Il y a beaucoup de joueurs qui passent par la NBA, mais il y en a très peu qui gagnent un titre. Et moi, en plus, j’ai contribué d’une certaine façon. Pour moi, ça reste le meilleur souvenir de ma carrière. Surtout que je joue les trois derniers matchs de cette série. Et puis bon, ce n’est pas que ces trois matchs. C’est le parcours, les playoffs, la saison… Personnellement ça a été un accomplissement total en tant que basketteur. Dans mon rôle, j’ai eu le sentiment – et j’ai toujours le sentiment – d’avoir tout donné cette année-là, et d’avoir su saisir les opportunités quand elles se sont présentées. J’ai vraiment un vrai sentiment d’accomplissement. Après, il y a eu d’autres années où j’ai plus joué, où j’ai fait plus de stats, où mon rôle a évolué (il a même été titulaire à Indiana)… oui, certes. Mais, si tu me parles de mon souvenir le plus fort, je pense que c’est le titre.

Puisque tu évoquais les débuts aux Spurs, peux-tu rapidement nous parler de ta relation avec Sam Presti ?

Moi je suis le tour de draft de Sam Presti, à cette époque. Grosso-modo, c’est lui qui m’a drafté. Forcément, on se croise tout le temps, maintenant qu’il est GM à OKC. Sam et moi on a un respect mutuel qui est incroyable. Sam, c’est mon gars ! C’est lui qui a vu ce que personne d’autre n’a vu en moi. Et puis tu vois ce qu’il fait maintenant. Tout ça c’est le « Spurs tree ». Quand moi j’étais à San Antonio, c’était RC Buford, Sam Presti, Dell Demps et Dennis Lindsey. Et les quatre sont GM dans des bonnes équipes (aux Pelicans et au Jazz pour les deux derniers) ! Sean Marks aussi, qui est GM des Nets. Idem pour les assistants coach : Bud (Mike Budenholzer, coach des Hawks), Brett Brown (aux Sixers), PJ Carlesimo, ou des joueurs qui sont devenus coachs comme Jacque Vaughn ou Avery Johnson (on pourrait rajouter Steve Kerr et beaucoup de personnes passées plus ou moins brièvement dans le staff des Spurs, comme Paul Rivers, ex video coordinator devenu VP à OKC)… Le « Spurs tree » est impressionnant !

« Là, le rêve NBA s’effrite, c’était un moment difficile »

 

Et ton pire souvenir en NBA ?

(Il hésite longuement) Pour moi, le pire, ce n’est pas un seul moment, c’est toute une période. Après ma première année à San Antonio, je me blesse gravement, et je me retrouve un peu dans une situation particulière. Parce que ma première année (2007-08) je n’ai presque pas joué. J’ai dû jouer une quinzaine de matchs et j’ai été envoyé en D-League pour une grosse majorité de la saison (il y avait été All-Star, First Team et finaliste). Et quand je reviens, j’ai une discussion avec le management des Spurs et on me dit donc que pendant l’été, on va bosser beaucoup, beaucoup, parce que « l’année prochaine on compte te lancer ». Donc pour moi, c’est l’opportunité que j’ai toujours attendu et que j’ai rêvé tu vois. Et pendant l’été, BOUM! Je ne sais pas si tu en as entendu parler, c’est le camp d’été à Las Vegas, avec coach « Gerg » (Tim Grgurich). C’est un camp de basket où tous les joueurs NBA vont. Donc nous, on y va, moi, George Hill et quelques coaches des Spurs, juste pour faire un peu de pick-up et pour jouer au basket quoi. Contre d’autres gars NBA, mais pendant l’été. Et là, première journée… Première journée hein ! Le matin, tout se passe bien. Le soir, pick-up game, BAM ! Je retombe sur le pied de Paul Millsap. Cheville cassée. Je me retrouve aux urgences à Vegas. Donc je passe presque tout mon été dans une boot. J’essaie de revenir sans opération. Je me dis que j’aurais quand même un espoir de revenir pendant la saison. Je me dis bon, c’est une cheville, ça va se remettre, peut-être même que je serai de retour pour la pré-saison… Celle-ci arrive, PAM ! Je suis encore dans la boot. Ça ne va toujours pas. Donc on continue, mon opportunité passe, d’autres mecs arrivent, ils jouent, boum… Moi je suis repassé tout au fond de la liste. Et le pire dans toute cette histoire, c’est que ma cheville ne va toujours pas mieux. Donc après, mi-saison, en décembre, finalement, après plusieurs consultations, on va voir le Dr (Richard) Ferkel à Los Angeles, et il décide de m’opérer. Après six mois, où j’ai essayé de revenir de façon non-agressive on va dire, ça n’a pas marché. Du coup je me fais opérer de la cheville en janvier. Et grosso-modo, c’est terminé pour moi cette saison, je ne vais pas jouer. Donc d’ici-là, le temps que je revienne de mon opération, ça sera les playoffs… Et puis bon les Spurs, on sait très bien comment ça se passe : moi je n’ai pas joué, je suis un petit jeune… Terminé pour moi. Saison, finie ! Donc ça a été une saison un peu difficile à digérer et ça m’a mis dans un état… J’étais un peu défaitiste. Je me disais que c’était difficile, que je n’ai pas montré grand-chose en deux ans en NBA, les gens commençaient à dire : « Ian Mahinmi, le retour en Europe… », tout ça. Tout ce que j’avais fait, c’était de bonnes stats en D-League. J’avais fait une grosse saison en D-League, mais c’est tout. L’année d’après, saison blanche, ça a été un moment très difficile dans ma tête. Le rêve NBA s’effrite… Mais j’ai persévéré. L’été suivant a été bon. Je me suis vraiment concentré, j’ai bossé, bossé, bossé énormément. Et encore, au début de la saison d’après, les Spurs avaient pris six big men ! Moi j’étais le sixième intérieur ! J’étais encore descendu dans la liste. Donc c’était chaud pour moi au début, je ne jouais pas trop. Et à un moment donné ils font un trade. Ils tradent Theo Rattlif et me font de la place. Et comme de temps en temps Tim Duncan ne joue pas… En janvier je crois (le 10 pour être exact), je suis lancé. Pop dit : « Tim Duncan ne jouera pas ce soir, (Antonio) McDyess va être titulaire et Ian tu seras le back-up ». Et là je suis lancé. Contre les New Jersey Nets je crois, à cette époque (c’est bien ça). Et là, pour ma première vraie sortie, avec des vraies minutes, je fais le match de ma life. Genre 17 points (15 selon Basketball Reference), 9 rebonds, des highlights, block, tomar… Tu vois ce que je veux dire ?! La totale quoi (rires) ! Et c’est à partir de ce moment-là que Pop se dit : « le petit peut jouer un peu » et que j’ai été lancé. Mais, pour moi, le pire moment a été cette période juste avant. Ma saison blanche a été un challenge mentalement.

« Un sentiment bizarre, entre la peur et l’excitation »

 

Quel attaquant t’a posé le plus de problème ?

Alors moi j’ai eu à défendre contre Shaq, contre Yao Ming… Contre des Amar’e Stoudemire ; ou même un gars comme Al Jefferson, qui quand il était dans son prime était un gars très difficile ! C’est un des gars – pourtant moi je suis un défenseur à la base – où vraiment je me suis dit : « j’ai tout essayé, qu’est-ce que je peux faire d’autre ?! ». Même Dwight (Howard), ses années à Orlando, il était problématique hein ! Après, pour te donner un seul nom, c’est difficile. Je n’aime pas trop faire ça en plus, sachant que je suis encore un joueur actif. Mais pour te donner une petite liste, il y a ceux-là, Tim Duncan, Alonzo Mourning… En fait, tu as deux catégories. Ceux qui sont problématiques par rapport à leurs skills : Tim Duncan, Al Jefferson etc. Et après tu as ceux qui sont des monstres physiques comme Dwight et Shaq, qui sont tellement athlétiques et physiques en même temps. Yao Ming c’est peut-être le seul qui a les deux : skills et taille. Et le côté physique, ça a été une raison majeure à mes débuts pour laquelle j’ai passé autant de temps dans la salle de « muscu » à me renforcer. Au début de ma carrière, je ne tenais pas le choc physique. Surtout au poste 5. Maintenant, le poste 5 a beaucoup évolué, c’est différent. Mais moi, quand je suis arrivé dans la ligue, toutes les équipes avaient des LOURDS quoi ! Joel Przybilla, Chris Kaman, Zach Randolph, Rasheed Wallace, Ben Wallace, Carlos Boozer… des lourds ! Ça se battait ! Yao Ming, tu faisais pas « two-fifty » (250 livres, ou 115 kg), t’étais light ! Maintenant, « two-fifty » tu es lourd. En plus, tes deux-trois premières années, ils sont un peu stars, tu joues un peu contre des idoles, des gars que tu avais l’habitude de regarder à la télé. Donc c’est un sentiment bizarre, entre la peur et l’excitation. T’as un peu peur parce que tu te dis que c’est Shaq quoi ! « Qu’est-ce que je vais faire contre Shaquille O’Neal ? ». Mais en même temps, tu te dis : « Mais hé ! C’est le Shaq. Ou c’est Yao Ming… Si je le taffe, là c’est bon ! Je peux le dire à tout le monde ! ». Après, tu les joues plus souvent, ça devient un peu plus normal.

 

A l’inverse, quel est le meilleur défenseur contre qui tu as dû jouer en NBA ?

Moi, je n’ai jamais vraiment eu un rôle de « go-to-guy », où les gars me collent un stoppeur sur le dos. Après, j’ai énormément de respect pour Kevin Garnett. En défense, c’est un peu mon modèle. KG, et j’ai envie de dire Joakim Noah aussi, tu vois ? J’ai énormément de respect pour lui. Pour ce qu’il apporte, en défense, son énergie… Jo ne joue plus trop en ce moment, mais Jo de Chicago, à certains moments c’était inspirant ! Moi je respecte les mecs qui ont un moteur énorme, une passion. Mais si je dois citer juste un gars, c’est Kevin Garnett. Avec KG, ce que j’aimais vraiment, c’était qu’il avait une empreinte défensive qui était incroyable. La façon de communiquer avec les gens, dans son équipe, la manière dont il était toujours super actif avec ses bras, super fléchi, ce sont des trucs qui restent un peu gravés dans ma tête ! C’est comme cette photo, qui restera toujours gravée dans ma tête, de Wilt Chamberlain. C’est mon coach à San Antonio à l’époque, Chip Engelland, qui me l’avait montrée. Wilt prend un rebond, et quand il retombe, il est super fléchi, il a les bras écartés… (Sur un ton super excité) Mais genre il est tellement fléchi, tellement large, c’est genre il prend toute la raquette !!! C’est ce genre d’attitude, ce genre de trucs, qui m’ont marqué. Surtout au début de ma carrière.

Qui est le joueur le plus sous-coté à ton avis ?

Je trouve qu’un gars comme Avery Bradley a toujours été underrated. Il fait partie des gars qui, pour moi, font vraiment les deux côtés du terrain. Attaque, défense, il ne dit pas grand-chose, mais c’est tous les soirs. Personne ne lui donne aucun crédit pour tout ce qu’il fait, mais il le fait tous les soirs, sans rechigner… attaque-défense !

Et l’équipe la plus sous-cotée ? On a eu un joueur qui vous a cité d’ailleurs (pas encore publié, soyez patient, ça arrive…) !

Je pense que nous (les Wizards) oui c’est clair et net, on est une des équipes que les autres n’aiment pas jouer. Mais après, je ne sais pas si San Antonio on peut les citer ? Ça reste une équipe top… Si on peut citer les Spurs, je pense que c’est définitivement une équipe comme ça. Ce n’est pas les Cleveland Cavaliers par exemple, ils n’ont pas un nom qui attire autant, mais c’est une équipe qui… voilà quoi ! Quand tu joues contre les Spurs, ça chauffe à chaque fois ! Qu’ils fassent une très bonne saison ou non d’ailleurs, ça ne change strictement rien.

« Dans le meilleur 5 de tous les temps, je mettrai LeBron à la mène »

 

Quelle est l’équipe la plus dangereuse en NBA ?

Bah c’est Golden State. Regarde, le basket, la règle fondamentale, numéro un, c’est de mettre le ballon dans le panier ! Quand tu as cinq mecs sur le terrain qui sont spécialistes dans ce domaine, que ce soit à deux points, à trois points, partout sur le terrain, la menace est de partout, à tout moment… Et en plus de cela, ce qui fait leur force, c’est qu’ils jouent ensemble. Ils ont un réel collectif et ils sont très bien coachés ! C’est un combo parfait. Ils ont même de la taille. Si tu parles en tant que règle fondamentale du jeu, c’est ça, c’est les Golden State Warriors.

Quelle est la salle où tu préfères jouer, en dehors de la tienne ?

J’aime bien jouer à « L.A. ». J’aime bien jouer au Staples Center. OKC aussi, c’est une salle qui a une ambiance chaude, les fans sont là… Mais vraiment le Staples j’aime bien. Ce n’est même pas les célébrités ou quoi. J’aime bien l’éclairage, les couleurs jaune et violet… Tout ça. Je m’y sens bien.

Ton cinq idéal de tous les temps ?

De tous les temps ? Pas facile, pas facile… On va commencer par les arrières, donc (Michael) Jordan et Kobe (Bryant). A la mène, c’est difficile hein ! Oh la la la lala… J’ai envie de mettre Magic Johnson, mais en même temps c’est difficile de ne pas mettre LeBron. Même poste 5, c’est entre Shaq et Hakeem Olajuwon ! Et y’a aussi Larry Bird ! (Il hésite longtemps, on discute un peu des hésitations classiques…) Bon, tu sais quoi ? Je vais mettre LeBron à la mène, Jordan, Kobe, Tim Duncan et… (Il gémit de douleur et pousse de grands souffles, tellement faire un choix lui crève le cœur, pendant trente bonnes secondes, pendant que son père rigole derrière) Oh la la lala ! Même Dirk (Nowitzki). Dirk dans son prime, c’est le best. Pour moi Dirk, c’est le meilleur… (il gémit encore) offensivement. Tim, c’est le meilleur des deux côtés du terrain, défense-attaque. Donc j’aurai mis Dirk et Shaq, mais après je ne peux pas faire ça car je ne peux pas laisser Tim. Oh la la, franchement… Bon, écoute, mets Tim et… le « Diesel », Shaq.

Et ton 5 idéal actuel ?

Avec les joueurs actuels, je mettrai à la mène Steph Curry. Poste 2… Hmm. Poste 3 LeBron James. Poste 4… Le meilleur poste 4, ce serait sûrement (il hésite), laisse-moi réfléchir. De cette année ou des années récentes ?

Si tu devais jouer un match cette année…

OK. Donc Steph, KD… C’est difficile parce qu’on est dans une ère de meneurs. Il y a Harden, Westbrook, même Kyrie ! Allez, Kawhi en 3. LeBron en 4 et au poste 5 Anthony Davis.

Et si tu devais nommer le meilleur joueur à ta spécialité, intérieur défensif ?

Ah non, ça je ne peux pas. Je suis trop dans le truc là. Dans quelques années, quand je serai sur la sortie, là je pourrai te le dire.

« Dans ma tête, ça a fait un déclic »

 

Qu’est-ce que tu préfères en NBA, au quotidien ?

Bah déjà, tous les jours je me rends compte que l’on a le meilleur job du monde entier quoi. Il n’y a pas un autre job au monde qui est équivalent. Tous les jours, je me réveille, je vais au « travail », entre guillemets, pour jouer au basket. Donc le lifestyle est extraordinaire. Et non seulement j’ai fait de ma passion mon passe-temps quotidien, en plus de ça cela me permet de vivre confortablement. Donc le fait de pouvoir jouer au basket et d’en avoir fait mon métier, c’est quelque chose d’extraordinaire. Et la NBA, ça reste la meilleure ligue de basket du monde entier. Tout le monde veut jouer en NBA. Tout basketteur. Tu es en compétition avec les meilleurs. Tous les soirs, tu joues contre « the best of the best ».

Inversement, le truc le plus « relou » en NBA ?

Le plus difficile c’est le fait d’être tout le temps parti. Moi par exemple j’ai une famille maintenant, j’ai des enfants, je rate pas mal de choses quand même, que ce soit des anniversaires ou un récital, un spectacle de ma fille… Tu rates plein d’évènements. Par exemple, là, cette année, on a joué le match de Noël à Boston. C’est la première fois que je n’assiste pas à Noël avec mes enfants, tu vois ? Donc le calendrier, c’est la seule chose qui est difficile. La moitié du temps, tu es en vadrouille. (On mentionne aussi le côté business, pouvoir se faire trader en pleine saison…) Oui, ça aussi c’est pas facile, surtout quand tu as une famille. D’avoir à relocaliser toute la famille, sans que tu aies ton mot à dire, du jour au lendemain. C’est vrai que c’est une réalité qui est difficile, mais bon c’est comme ça. Tu ne peux pas tout avoir.

Pour finir, quand as-tu su qu’un jour tu seras vraiment en NBA, que ce n’était pas qu’un rêve ?

Après le championnat d’Europe. On a terminé troisième avec l’équipe de France juniors (U20), à Saragosse, en Espagne (en 2004), et c’est là où les scouts et le monde du basket international a commencé à mentionner mon nom. C’est là que moi, mes coéquipiers, mon agent, mes coaches… Cela devenait un peu plus du concret, c’était possible, c’était palpable. « Attends, si je taffe et tout, c’est possible, les gens parlent de moi ». Ça a été à 16-17 ans donc. Avant ça, je ne calculais même pas ! La NBA c’était à la télé quoi. C’était les George Eddy, c’était dans BasketNews… Ça restait du rêve. C’était les NBA Top 10 (il prend le ton du commentateur sur NBA.com) : « pow pow pow pow powwww ! ». Avant que l’on parle de moi en fait, moi, je ne m’imaginais pas en NBA. Je ne pensais pas que j’avais le niveau. Je me disais que j’allais jouer en Pro A, et peut-être éventuellement l’Euroligue. Mais à la base je ne visais pas la NBA. Après du coup, c’est tout pour ça. Dans ma tête, ça a fait un déclic. Après je ne voulais que ça quoi. Je ne voulais que ça. Quand j’ai vu que c’était palpable, que j’avais des chances, j’étais à 200% après. Je ne voulais que ça quoi. Mon focus, ma détermination, tout a basculé. Je n’ai pas forcément changé ma préparation, mais ma mentalité était complètement changée. Tout était possible.

Tu étais déjà avec Bouna (N’Diaye, son agent) ?

Juste après oui. Moi je suis drafté en 2005 et j’arrive en 2007. Rien n’était sûr. Le premier joueur qu’il a signé en NBA, c’était Didier Mbenga. Mais moi je suis le premier joueur drafté de Comsport. A l’époque, je commençais à recevoir pas mal d’appels, d’offres de différentes compagnies d’agents. Et avec Bouna cela s’est fait assez naturellement. Et je ne regrette vraiment pas ! Le conseil a commencé depuis le premier jour de signature. Après, moi je n’ai pas eu vraiment à faire tous les workouts, tout ça. Cela s’est fait assez rapidement. J’ai été drafté par les Spurs, recruté par eux. Donc je n’ai pas eu à faire 16 ou 17 workouts. Pour moi c’était bien aussi qu’ils me laissent me développer en Europe. J’avais 18 ans ! J’étais très, très jeune. On était tous d’accord qu’à cette époque-là, l’objectif c’était que je joue quoi. Et je savais qu’il fallait que je taffe la Pro A pour partir sereinement. Dans ma tête, ce n’était pas sûr que j’allais jouer en NBA, même après. Donc c’est vrai que j’ai été rassuré assez vite. Je suis un des plus jeunes à avoir participé au All Star Game de Pro A, j’ai été élu meilleur jeune… J’ai eu des récompenses très tôt dans ma carrière qui m’ont montré des signes quoi. Comme quoi, malgré mon âge, j’étais prêt à faire le saut. A 17 ans, je jouais avec des hommes au Havre, et puis après quand je suis parti à Pau-Orthez, j’ai eu l’opportunité de jouer en Euroligue, avec des grands joueurs, de jouer dans des grandes salles… Tout cela m’a rassuré, et après je me suis senti prêt à partir.

Ton numéro est celui de ton choix de draft d’ailleurs…

A la base, mon numéro c’était le 5. Mais quand je suis arrivé à San Antonio, c’était Robert Horry qui l’avait. Et donc après, l’autre numéro auquel j’ai pensé c’était celui de ma draft, le numéro 28.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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