Tariq Abdul-Wahad : “T’arrives en équipe de France et t’es coaché par un prof de sport…mais comment ?!”

Tariq Abdul-Wahad : “T’arrives en équipe de France et t’es coaché par un prof de sport…mais comment ?!”

Dans la seconde partie de son entretien avec Greg Arkhurst, dans All The Talk, Tariq Abdul-Wahad est revenu sur la formation à la française, avec laquelle il n’est pas tendre, et l’équipe de France.

“La première chose : j’aurais dû écouter ma femme depuis le début. Elle m’a dit : ne va pas jouer en équipe de France, ne perds même pas de temps avec ça. Je n’ai jamais compris pourquoi. Il y avait mes potes en équipe de France. Je ne suis pas un cocorico. Mon père a fait l’armée de l’air, adjudant-chef, mais je n’ai jamais été en mode ‘vive la France, vive la République.’ Je suis Guyanais, je suis né dans la banlieue. Je n’ai jamais eu cet état d’esprit de dire que la France c’est ma patrie. La seule chose qui représentait quelque chose pour moi c’était le basket américain. Le basket français ça ne m’a jamais intéressé, entre guillemets. Quand les gens allaient voir Limoges ou mouraient pour voir Richard Dacoury, Stephane Ostrowski et Ken Dancy ou je ne sais quel autre joueur jouer sur France 2, nous on mourrait pour avoir la cassette de Come Fly With Me ou les casettes de matchs universitaires. Le basket français n’a jamais été ma motivation. J’ai été en équipe de France pour jouer avec mes gars : Moustapha Sonko, Alain Digbeu, Makan Dioumassi ou David Lesmond en junior. Ce sont mes gars. Puis pour que les gens comprennent, car ils ne comprennent pas vraiment comment un jeune en arrive à jouer en équipe de France. Si Geneviève Gunichar, à l’époque CTR de Haute Normandie, n’appelle pas la fédération française de basket pour leur dire : ‘il y a un jeune qui joue à Évreux en espoir, il doit être en équipe de France junior’ jamais je ne joue en équipe de France. C’est elle qui a fait que j’ai été présélectionnée en équipe de France. Cela ne serait jamais arrivé.” Tariq Abdul-Wahad

Formé intérieur en France, ce n’était le poste auquel il aspirait.

Je n’avais pas le profil. J’étais trop petit pour jouer intérieur alors que je joue intérieur. Je suis athlétique, mais je ne suis pas comme des Laurent Foirest, des joueurs qui ont été formés à la bonne taille, en tant qu’arrière. Moi je suis juste un gars qui saute et qui joue au centre de formation d’Évreux. Très tôt je dis dans la presse, alors que je n’ai que 16, 17 ans et que je suis en centre de formation : ‘je ne comprends pas pourquoi des joueurs comme Jim Bilba arrivent à être pivots à 2m. Alors que Anfernee Hardaway et Magic Johnson sont meneurs de jeu.’ C’est au moment où je commence à devenir un basketteur sérieux que je me rends compte que le basket français est, pour moi, un système d’exploitation. Je me dis que si je continue à suivre ce cursus du basket français, je vais finir pivot à 2m. Ça ne m’intéresse pas. Très tôt je dis : ce qui m’intéresse c’est d’apprendre à jouer ailier ou deuxième arrière pour pouvoir jouer en NCAA et jouer en NBA. Je ne m’en suis jamais caché. Quand en 1992 on rentre du Championnat d’Europe junior, que l’on gagne, je joue en 4, à 1m96. Je sais très bien que ce n’est pas là qu’il faut que je sois. C’est là que je dis qu’en France il n’y a pas de formation pour des gars comme moi. Ils vont me former à faire quelque chose, qui ne va pas m’être bénéfique, mais va l’être pour eux. C’est : ‘le black tu jumpes, tu cors vite, tu sautes haut, vas à l’intérieur, prends des rebonds pendant que les autres, les shooteurs, les gars qu’on va former techniquement à devenir des joueurs de haut niveau font ce qu’ils ont à faire.’ Ça a marché pour certains, Florent Piétrus, Jim Bilba, mais moi je n’en voulais pas de ça. A la base je n’ai jamais été un fan du basket français et de la formation française. A l’époque je pouvais jouer uniquement 4, je ne pouvais pas dribbler. Je suis allé à l’université pour apprendre à jouer. Quand je pars, je le dis : ‘moi mon objectif c’est d’apprendre à jouer, car en France vous ne m’avez rien appris.’ Donc tu comprends bien que tout de suite mes relations avec le basket français vont être compliquées. Arrivé aux États-Unis, je me forme, j’apprends à jouer. Je vais à Michigan, ce n’est pas encore ça, je transfère à San Jose State et là c’est mieux parce que là j’apprends techniquement à changer de poste de poste et à devenir un ailier, un arrière, et quand je suis drafté, la première chose que je dis c’est : ‘En France vous êtes des clowns.’ C’est ce que j’ai dit.” Tariq Abdul-Wahad

Il met notamment en avant le manque de qualité de l’encadrement en équipe de France, et en France en général à l’époque

“Je n’ai jamais eu cette aspiration à porter le maillot français parce que pour moi le basket français ce n’etait pas ce qui allait me faire monter. Tous les coachs que j’ai eus, peut-être mis à part Jean Malassigné qui était mon premier coach au centre de formation d’Évreux, ma perception à leur égard c’est qu’ils n’étaient pas là pour m’aider. Dans l’équation basket français et est-ce que le basket français va m’aider à avancer et à progresser, le résultat a toujours était zéro. Et c’est encore pire. Une fois que tu rentres d’Université où tu as vécu des trucs de ouf, avec des coachs de ouf. Des gars qui te parlent basket, des gars qui ont joué au haut niveau, remporté des championnats NCAA. T’arrives en équipe de France et t’es coaché par Jean-Pierre de Vincenzi, un prof de sport, mais comment ?! Puis c’est encore pire quand tu arrives en NBA et que tu vas en équipe de France. Tu passes d’un entraînement avec Doc Rivers avec un staff de 25 personnes à – et que Dieu le bénisse – Alain Weisz et Vincent Collet. Avec à la vidéo…euh…euh…voilà… Tu vois ce que je veux dire. Est-ce que tu te rends compte du décalage ? Donc t’en as un qui est coaché par Popovich, l’autre par Malkovic, l’autre par Obradovic. Et là tu arrives et tu te retrouves avec machin à la vidéo. Il faut faire preuve d’un grand professionnalisme. Il y a des dossiers, je ne peux pas te les sortir là, mais tu rigoles. Littéralement tu rigoles. Mais les gens ne se rendent pas compte […] Je voulais mettre le doigt sur le fait qu’il y a un décalage dont le public n’est pas nécessairement conscient. Tu te dis que tu vas jouer pour ton pays et tout ça, oui c’est bien, sauf que les Yugos par exemple ils ne sont pas coachés par un prof d’EPS, ni les Italiens, etc. C’est Euroleague minimum. Euroleague avec de l’autorité. Des gars qui ont joué et qui coachent désormais. Et quand ils te disent : ‘là tu sautes’, c’est oui chef, ça ne bégaye pas. Ils ont été au combat. De Vincenzi, dans quel combat basket il a été ? Je ne parle pas de la personne. Il faut bien différencier la personne et la compétence de cette personne à faire le job d’entraîneur de haut niveau.

Pour résumer, je n’ai jamais considéré que le basket français pouvait m’aider. Donc en partant comme ça, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils fassent en sorte que ton expérience soit une bonne expérience. Ça n’existe pas. Cela aurait été hypocrite de ma part de croire que le basket français allait m’apporter quelque chose alors que je n’attendais rien d’eux.” Tariq Abdul-Wahad

2 Comments

  1. Premier basketteur français en nba mais un gros bouffon surtout !

  2. Je comprends mieux pourquoi il n'est guère apprécié…

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