Le jeu du GM: la Trade Deadline, The Phoenix Suns’ Edition, Ep. 8

Le jeu du GM: la Trade Deadline, The Phoenix Suns’ Edition, Ep. 8

Alors que les cendres de la trade deadline sont encore chaudes, on a décidé de se mettre à la place des GMs pour les jours qui la précèdent voir ce qu’on aurait fait, ce qu’on aurait voulu faire et ce qu’on a pas pu faire. J’ai ainsi donné pour mission à Anthony Dubourg (contributeur sur Débat-Sport, invité régulier de l’Echo des Parquets) de prendre une équipe en difficultés, les Suns de Phoenix en l’occurrence, et d’essayer de monter des transferts pour sérieusement améliorer son effectif. Pour ma part, je prendrai le rôle de chacun des GMs qu’il contacte pour réaliser ses transactions espérées.
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February 21, 2017 – 23:30 ET
 
La proposition d’Anthony, GM des Suns
Les Phoenix Suns envoient: Marquese Chriss

Les Sacramento Kings envoient: Willie Cauley-Stein

[Voir les arguments de la proposition de trade dans l’épisode précédent]
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February 22, 2017 – 0:57 ET
La réponse de StillBallin, momentané GM des Kings

Le dirigeant des Kings qui a drafté Georgios Papagiannis en treizième position de la dernière draft aurait certainement accepté cette offre sans hésiter. S’il a sélectionné le pivot si haut (et à la grande surprise de tous), c’est bien qu’il voyait en lui le potentiel d’un titulaire, voire plus. On peut même déduire de ce choix de draft qu’il estimait plus le grec que Willie-Cauley Stein qui est d’avantage un centre qu’un ailier fort et deviendrait donc à terme, assez superflu.

En parallèle, les Kings n’ont rien à se mettre sous la dent au poste 4 (Skal Labissiere, éventuellement, mais il est peut-être lui aussi plutôt un pivot et à condition qu’il devienne un jour un joueur NBA). Marquese Chriss viendrait donc joliment remplir cette position pour créer dans l’esprit de ce dirigeant son parfait secteur intérieur d’un futur lointain, alliant la taille de Papagiannis à la vitesse et le jump de Chriss ; le jeu près du cercle du premier au jeu fuyant du second. C’est un projet à long terme mais Sacramento n’est de toute façon pas près de gagner des matchs avant un petit moment. Les Kings pourraient même profiter de la présence de Kosta Koufos et Anthony Tolliver pour laisser aux deux gamins le temps de se développer et de prendre de la graine auprès d’eux.

Ce raisonnement est formidablement pertinent si on croit dur comme fer en Papagiannis (ça marche aussi avec Labissiere a priori). Car dans ce cas, avec Cauley-Stein en surnombre et un trou béant en power forward, prendre le pari « Chriss » est logique, ne coûte finalement pas grand chose et peut rapporter très gros. L’ennui est que je ne suis pas ce dirigeant qui a drafté Papagiannis. A mes yeux, s’il n’est pas exclu que l’ancien espoir du Panathinaïkos devienne un jour un véritable titulaire en NBA, les probabilités que cela arrive me semblent très aléatoires. Il serait donc un peu précipité de répondre favorablement à cette proposition de façon automatique parce qu’elle répartirait bien mieux le talent dans mon roster.

La question se résume donc à un simple duel entre Willie Cauley-Stein et Marquese Chriss. Qui des deux serait un meilleur atout pour Sacramento?

Cauley-Stein a, à quelques détails près, le potentiel du parfait pivot role player qui facilite grandement la construction rapide d’une équipe compétitive. Avoir un intérieur comme il peut le devenir permet de présenter une solution à un élément décisif du jeu, la défense intérieure (dans laquelle je compte la défense sur pick and roll), et permet de se contenter d’extérieurs plus portés par l’attaque que la défense (assez aisés à trouver), dont même un power forward qui joue au large. Thrill est aussi un bon finisseur en attaque et donc une sympathique option pour des paniers faciles et du pick-and-roll. Ainsi, pour une équipe des Kings qui repart pratiquement de zéro, ce WCS représenterait une belle marche pour la reconstruction. C’est bien pour ça que Phoenix s’y intéresse.

Mais ce superbe intérieur n’est pas encore gravé dans le marbre. Il est encore pour l’instant à mes yeux un plan dessiné au crayon sur une feuille de papier. Sa courte carrière a pour l’instant montré un joueur à l’investissement et au rendement un peu aléatoire, notamment là où on l’attend le plus, en défense. On connaît un peu ce joueur pour qui le basket n’est qu’un hobby parmi d’autres et qui avait déjà mis trois années universitaires à exploiter ses formidables qualités athlétiques que tout le monde avait notées sur son cahier depuis bien longtemps.

Je crains d’autant plus ces fluctuations que je ne suis pas persuadé que le contexte d’une équipe démarrant une complète reconstruction soit propice à la mise en valeur d’un tel pivot défensif. Je crains que son développement soit corrompu par la démotivation d’avoir le sentiment de défendre dans le vide (la franchise ne cherchant pas spécialement à gagner tout de suite) et sans beaucoup d’aides autour (souvent le propre de ce genre d’équipe à ce stade de sa reconstruction). Je me méfie également de la propension du pivot à se laisser aller à faire un peu n’importe quoi en attaque et de voir celle-ci se scléroser en mauvaise habitude à force d’avoir beaucoup de ballons et rien à perdre.

J’ai malgré tout la tentation de conserver Cauley-Stein, que ce soit pour en faire mon intérieur du futur ou pour profiter de son précieux profil afin de l’échanger contre quelque chose de plus approprié à une reconstruction tels que des choix de draft ou un jeune joueur à fort potentiel.

Marquese Chriss est un de ces jeunes joueurs à fort potentiel. Ma philosophie pour une reconstruction rejoint assez celle de Sam Hinkie (jamais on aura autant parler d’un GM qui n’est plus en poste), en ce sens que je pense que le mieux est de commencer par trouver sa star fondatrice avant de bâtir un roster. Mettre la main sur des jeunes à fort potentiel est un des moyens d’y parvenir et sachant à quel point il est difficile d’attraper une star (plus encore la star parfaite), mieux vaut multiplier les essais.

Willie Cauley-Stein rentre plutôt dans la catégorie des joueurs qui sont recrutés après cette star donc le transférer contre un gros espoir est plutôt pertinent, même si les probabilités que ce dernier se mue en franchise player sont à plusieurs encablures des 100 %. L’important est d’avoir cette star, qu’importe le nombre d’essai et donc les échecs tel que celui de Chriss même si j’aurais perdu un Willie Cauley-Stein dans l’affaire.

La question est donc est-ce que j’estime que Chriss a des chances de devenir un jour un joueur de niveau all-star? Avec ses immenses qualités athlétiques, sa production brute en NCAA et ce qu’il a montré au shoot, il en a le potentiel c’est sûr. Mais affiche-t-il suffisamment de signes permettant de penser qu’il arrivera à utiliser ces atouts pour atteindre le niveau de jeu attendu?

Phoenix a largement laissé son rookie de 19 ans (20 cet été) gambader sur le parquet durant les premiers mois de la saison. Comme on pouvait s’y attendre d’un intérieur de 19 ans (20 en juillet) qui n’a pas beaucoup de basket organisé derrière lui, on a vu un joueur encore très en amont de son développement. Chriss score à un assez moche 48 eFG% (43,5 % sur les dix derniers matchs pour tenir compte du temps d’adaptation) où, si on peut être patient quant à son shoot, il y a un peu plus de quoi s’inquiéter de sa finition au cercle. Ses errements défensifs sont aussi prononcés que prévus et sa production au rebond laisse à désirer.

Le positif réside dans son adresse à mi-distance et un peu au-delà de la restricted area (pas les secteurs du scoring les plus rentables, malheureusement), une certaine capacité à poser quelques dribbles, une petite passe bien sentie de temps en temps et ce qui est peut-être le plus intéressant, une moyenne d’une interception et d’un contre par match (avec un temps de jeu rapporté à 36 minutes) qui pointe une certaine vista, ingrédient souvent présent chez les meilleurs basketteurs.

Chriss s’est mis à jouer au basket de façon organisé relativement tardivement et, à l’aune de cette information et de son actuel très jeune âge, ses qualités techniques semblent marquer une forme de talent naturel pour la balle orange, une vitesse d’apprentissage qui peut laisser espérer de grande chose et expliquer largement pourquoi il est actuellement loin de maîtriser la science complexe de ce sport. Mais d’un autre côté, le retard ainsi accumulé n’est-il pas trop grand?

Son scoring m’inquiète d’ores et déjà (on peut évoquer des promesses de shoot longue distance mais son adresse aux lancers francs incite à la prudence) et tout le reste ressemble à une pièce jetée en l’air dont on ne sait pas encore si elle va tomber du bon ou du mauvais côté. Dans le contexte compliqué de Sacramento, notamment pour les rookies, et alors que le fait d’avoir trop de responsabilités dans le moignon d’équipe King pourrait le cramer ou lui donner les mauvaises habitudes du « franchise player d’équipe pourrie », on peut se demander si ces pièces ne tomberaient pas forcément du mauvais côté. Je ne m’étonnerai pas de voir Chriss devenir un « volume scorer » (quelqu’un qui marque une vingtaine de points par match mais qui le fait en prenant bien plus de tirs que ses voisins du classement des scoreurs) qui se permet de délaisser les choses ingrates du jeu comme la défense, le rebond ou les écrans.

Mais Dave Joerger est un bon coach. Willie Cauley-Stein a trois ans de plus que Chriss et une année de moins sur son contrat. Plus encore, l’arrivée de Chriss pourrait être un bon moyen de mettre à nouveau à l’épreuve la capacité de la franchise à développer des jeunes joueurs. Avec Joerger, avec l’absence de volonté immédiate de gagner et peut-être aussi maintenant que Cousins est parti, la donne sera possiblement différente. Sacramento n’a que peu de chance d’attirer des joueurs sur le marché des free agents et pour monter de bons échanges, il faut déjà avoir quelques éléments intéressants avec soi.

Par conséquent, la draft ou le recrutement de jeunes joueurs d’une manière ou d’une autre, et le développement de ces talents constituent certainement le seul moyen que possède désormais la franchise pour remonter la pente. Marquese Chriss est un bon moyen de tester la machinerie et, si ça tourne à l’échec, d’apprendre de celui-ci afin d’espérer afficher des réussites à l’avenir. On a vu que les jeunes joueurs ne s’en sortent jamais à Sacramento mais on ne peut pas s’arrêter de drafter/recruter des jeunes parce qu’on est pas bon pour les mettre dans de bonnes conditions. La draft et le développement sont des outils trop importants pour ne pas s’en servir. Il faut donc absolument retourner la vapeur et effacer cette faiblesse de l’organisation. Tenter le pari « Marquese Chriss » est un pas dans cette direction.

Le risque d’échec existe aussi avec Cauley-Stein. Autant parier sur l’option qui pourra amener ma franchise le plus loin possible.

Un accord a été trouvé. Transaction désormais en attente de la validation définitive du GM des Suns.

 

A suivre.

StillBallin (@StillBallinUnba)

1 Comment

  1. Finalement Chriss et Labissière montrent de très bonnes choses depuis le all star break

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