Darwin, colosses et polymorphes (ou de l’évolution du pivot défensif dans le jeu NBA moderne)

Darwin, colosses et polymorphes (ou de l’évolution du pivot défensif dans le jeu NBA moderne)

Le second trophée de DPOY de Rudy Gobert est l’occasion de faire un état des lieux sur la défense en NBA. L’article peut être découpé en deux partie, une première sur le cas Gobert et le profil de protecteur de cercle, une seconde sur le processus d’évolution de la ligue. Disponible en PDF ici. Bonne lecture. 

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

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PARTIE 1

Parfois, la vie c’est comme un vieux tube UHU : ça colle pas.

Michael Jordan à Washington. Hakeem Olajuwon à Toronto. Ronaldinho au Milan AC. Chelsea qui gagne la Ligue des Champions dans sa plus mauvaise année du cycle Abramovich. Guillermo Coria battu en finale de Roland Garros 2004. Les Black Eyed Peas qui deviennent un groupe Electro. Les claquettes-chaussettes. Les dernières saisons de Game of Thrones.

Alors oui, techniquement c’est possible. Ok. Dans l’absolu ça peut exister, et je vois l’idée…mais non ça colle pas.

Mine de rien, il y a quand même un peu ce même sentiment-là quand Rudy Gobert reçoit pour la seconde année consécutive le trophée de Defensive Player of the Year. Oui, je vois l’idée et je ne dis pas non, mais…il y a un truc qui dérange. Ça colle pas.

Rudy Gobert mérite amplement son trophée de DPOY 2019.

Rudy Gobert n’est clairement pas le meilleur défenseur de NBA.

Bien que cela peut paraître contre-intuitif, pour ne pas dire carrément paradoxal, ces deux propositions sont pourtant exactes en même temps. Mais alors, comment ?

En réalité, les divergences qui peuvent exister à propos de l’exactitude de ces deux affirmations viennent à n’en point douter de quelle définition chacun octroie au qualificatif « meilleur ». Là est tout le fond du problème.

D’un point de vue statistique, Rudy Gobert domine les débats de la tête et des épaules (1e au Defensive PIPM depuis deux ans, par exemple). Les stats avancées ont leur lot de défauts et d’inexactitudes, mais retracent tout de même une suffisamment bonne réalité des choses.

D’un point de vue structurel, Gobert est la clé de voûte d’une défense d’élite qui ne saurait se montrer à ce niveau-là sans sa présence et ses qualités pour remplir ce rôle. Les méthodes d’évaluation de l’individu par rapport au collectif sont multiples, mais celle qui consiste à réaliser l’exercice théorique du « avec lui/sans lui, quel écart ? » placerait Gobert tout en haut de l’échelle.

D’un point de vue scouting/évaluation individuelle, là encore difficile de faire beaucoup mieux que le Français. Ce qu’il rend à Embiid de réactivité d’élite ou à Capela de vivacité, il le compense très largement de par ses centimètres (taille et bras) et sa science du placement. Si on devait imaginer le profil du protecteur de cercle idéal, on ne serait pas si loin que ça de Rudy Gobert.

D’un point de vue stratégique, Gobert excelle comme personne pour protéger le cercle. Et bien que le trois-points conquière avec férocité les plans de jeu offensifs de la grande ligue, les tirs au panier demeurent encore et toujours les plus rentables qui puissent exister dans la NBA actuelle. La probabilité de réussir un lay-up est à ce point plus grande que le tir au cercle continue d’être le roi de la danse. De ce constat-là, donc, Gobert étant le défenseur de NBA qui affecte le plus et le mieux les tirs les plus rentables du basket, le défenseur qui prive l’adversaire des tirs qui font le plus vite et le plus facilement grimper le score, il ne peut en être autrement que de créditer proportionnellement son apport.

D’un point de vue performances, sa saison est une très belle réussite là encore. 32 minutes par match, l’équivalent d’un 36-38min/m d’il y a quelques années en termes de possessions jouées étant donné la multiplication de ces dernières au fil des ans. Gros titulaire, donc. Qui a mené la défense du Jazz vers la première place de la ligue en défense : 104.7 pts/100poss encaissés (1e), 50% eFG (1e), 22.7% de reb-off concédés (1e). Utah a seulement été moins spectaculaire sur le dernier des Four Factor défensifs, les turnovers provoqués (17e/30)…un domaine où le pivot ne peut généralement pas avoir d’impact conséquent.

D’un point de vue positionnel, un intérieur capable d’affecter le jeu sur des aides, rotations défensives et tous autres types d’action sans ballon ont une plus grande valeur qu’un défenseur sur l’homme généralement. Leur influence est plus grande. Pour la simple et bonne raison qu’il est toujours possible de contourner un excellent défenseur, en utilisant les 4 autres joueurs et en n’impliquant pas le défenseur en question. Mais le panier, et la raquette sont inamovibles, incontournables. On peut choisir de ne pas attaquer frontalement Kawhi Leonard et l’isoler dans un corner, mais on ne peut pas attaquer le cercle ou pénétrer dans la peinture sans que Gobert s’interpose (on peut essayer de l’attirer à l’extérieur, mais la défense peut contourner cet obstacle-là en switchant sans ballon pour garder Gobert dans la zone). Un intérieur protecteur de cercle est beaucoup plus proactif, il peut prendre part à beaucoup plus de possessions défensives, là où l’extérieur doué pour défendre le ballon ne peut intervenir que s’il est appelé à le faire. Donc dans la course au DPOY, face à des défenseurs extérieurs de niveau équivalent, le rôle de protecteur de cercle a plus de valeur pour sa défense.

Bref. Une fois tous ces éléments mis sur la table, l’évidence qui semble s’en détacher est la suivante : Rudy Gobert est assez largement et logiquement le Défenseur de l’année en NBA.

Mais alors, il est où le problème ?

Si tous les arguments tendent à désigner Gobert comme le meilleur, ou au grand minimum un des 2 ou 3 meilleurs de toute la ligue, dans chacune de catégories majeures de la défense, pourquoi est-ce que ça ne colle pas ? Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas tout additionner, faire la moyenne et ressortir de là en affirmant que Rudy Gobert est le « meilleur » défenseur de toute la NBA ? Qu’est-ce qui nous retient de franchir cette dernière marche, pourtant logiquement consécutive aux précédents arguments énumérés ?

C’est simple : le changement de référentiel.

Prenons un exemple très simple : vous allez chercher votre pain à vélo. La seule idée d’une baguette croustillante tout juste sortie du four vous donne des ailes : vous tapez un très solide 25km/h. Cette vitesse-là, cette valeur de 25km/h est calculée classiquement dans ce qu’on appelle le référentiel « terrestre », c’est à dire à « l’échelle humaine », par rapport à un point sur terre en gros. Mais changeons de référentiel pour s’amuser. Si on considère cette fois un référentiel « géocentrique », c’est à dire par rapport au centre de la Terre, votre vitesse est de 1700 km/h. La terre tourne à cette vitesse-là sur elle-même, donc vous, sur cette Terre, par rapport au centre de la Terre qui ne bouge pas, bougez également à 1700km/h. Plus encore, dans un référentiel « héliocentrique » cette fois-ci, par rapport au centre du soleil, vous allez carrément à 107 000 km/h : vous êtes sur la Terre qui tourne à cette vitesse-là autour du Soleil. Pour le même mouvement, selon le référentiel, la valeur de la vitesse est différente.

Exemple encore plus simple. Une belle Ferrari flambant neuve peut vous permettre de monter de 0 à 100km/h en un clin d’œil, et de taper un Paris-Marseille en 5h d’autoroute à peine. En revanche, si ce qu’on demande à la voiture n’est pas d’épater la galerie sur de la vitesse pure, mais d’aller remorquer un vieux 4×4 en panne et sa caravane pleine dans une côte de montagne, le moteur va y rester. Pour le même objet : grille d’évaluation différente, valeur différente.

Vous êtes riches à plus savoir quoi en faire, mais vous échouez sur une île déserte. Vos précieuses liasses de billets verts n’ont plus exactement la même valeur. Impossible d’utiliser ou de dépenser ces morceaux de papier qui, au mieux, vous serviront à commencer un feu de camp. Bon, vous voyez le truc.

Revenons à Gobert.

Le changement de référentiel qui s’opère en NBA d’un point de vue défensif est celui des playoffs. Passer d’un contexte de saison régulière, dans un style de jeu, des conditions, un calendrier, des adversaires particuliers, à un contexte de post-season où tous ces paramètres-là changent brusquement débouche sur une évaluation individuelle de Rudy Gobert tout à fait différente.

Malgré la révolution du trois-points de ces dernières années, les schémas défensifs pratiqués n’ont, eux, pas subi le même chamboulement sismique.

Il faut bien prendre l’expression pourtant banalisée de « révolution » du trois-points au premier degré. L’explosion de ce tir, la compréhension de sa valeur et son exploitation n’en finit plus de croître année après année. Absolument tout a changé en attaque. La recherche de rentabilité a changé. Les types de tirs tentés ont changé. Les organisations et structures offensives ont changé. Les line-ups ont changé. L’occupation de l’espace, et l’essence même des systèmes de jeu ont changé pour que les espaces libérés ou les occasions créées soient prioritairement derrière l’arc. Tout a réellement beaucoup changé.

Et la défense ? Un peu, pas tant que ça.

Les préoccupations sont différentes, les variations des couvertures du Pick & Roll aussi, celles des consignes d’aides défensives également, mais on peut encore jouer de manière conservatrice et arriver à limiter les dégâts du trois-points. On peut encore évoluer avec un intérieur pas ultra mobile, jouer le Drop sur Pick & Roll (ne pas switcher), mettre l’accent sur le rebond défensif et sur protéger le cercle, les bons vieux fondamentaux. Les exemples d’Utah justement, de Toronto, Oklahoma City, de Indiana, de Portland, mais surtout de Milwaukee montrent que l’on peut encore bâtir une défense de très haut calibre en NBA avec des schémas classiques et un personnel défensif traditionnel. Des schémas, par ailleurs, pas si éloignés que ça de ce qui pouvait être fait même fin des années 2000s/début 2010s avant ladite révolution.

L’inverse n’est pas vrai, en revanche. On ne peut plus bâtir une attaque d’élite sans être excellent à 3pts (jouer en 5-out), alors qu’on peut mettre en place une défense d’élite sans l’élément réponse au 3pts (le switch-all).

La révolution défensive n’a pas eu lieu…pas en saison régulière en tout cas.

En revanche, si on s’attarde sur les plus hautes strates des playoffs, les dernières marches qui mènent au Saint Graal, là, l’évolution a en effet d’ores et déjà commencé. D’une stratégie « pansement » de dernier recours afin d’éviter de concéder un espace béant, le Switch est devenu monnaie courante, et fondation même des schémas défensifs modernes chez les équipes d’élite. On switch sans y penser sur un écran, pour n’accorder à aucun moment une ouverture à l’un ou à l’autre des attaquants, qui pourrait alors dégainer à 3pts ou s’échapper libre jusqu’au cercle.

De Houston à Golden State, en passant par les Cavaliers de LeBron James, les Celtics de Al Horford, même Bucks et Raptors cette année (capables de le faire, même si pas leurs schémas préférentiels), chez l’élite ça switch. Ou plutôt : ce sont ceux qui switchent et qui savent le faire le mieux qui se hissent au-dessus du panier.

Pourquoi ?

Parce que pratiquer une défense en switch permet de neutraliser les systèmes offensifs adverses. N’importe quelle interaction entre plusieurs attaquants (des écrans, en somme) vise à créer de l’espace. Switcher sur l’intégralité des écrans d’un système offensif revient à ne jamais concéder ces espaces-là, et à conserver une situation de 1vs1 à peu près à tout instant. Le switch a un effet absorbant : un écran a pour but de transformer une situation où deux attaquants sont marqués individuellement à un état où l’un des deux obtient de l’espace. Une situation où un de deux se retrouve libre, ou en tout cas plus marqué d’aussi près par son attaquant. Passer d’un 1vs1 + 1vs1 à un 1vs2 et 1vs0. En switchant les écrans, on absorbe l’espace avant même qu’il n’ait eu le temps de naître, on le gomme avant qu’il ne soit suffisamment grand.

Plus encore, et c’est sans doute le plus important : le switch est le compromis parfait entre agressivité et prudence. Si l’objectif est effectivement de garder de près un attaquant en sortie d’écran (un porteur de balle sur P&R, ou un shooteur en sortie d’écran), alors la solution de la bonne vieille prise à deux accomplit parfaitement ce rôle de priver le joueur en question de l’espace qu’il recherche, et de neutraliser l’opportunité. Mais ce faisant, la défense réquisitionne deux joueurs sur un seul attaquant, laissant inévitablement un autre adversaire libre de tout marquage. Face aux meilleures attaques, et surtout dans le contexte actuel de spacing optimal, se découvrir ainsi est un risque beaucoup trop important. La sanction est trop lourde, que ce soit un panier offert au niveau de l’arceau ou un 3pts grand ouvert après mouvement de balle. Couvrir une telle quantité de terrain face à de bons shooteurs est une montagne insurmontable même pour les meilleures défenses de la grande ligue.

Résumons.

Défendre de manière conservatrice, c’est laisser à l’attaquant le petit espace tout juste assez grand qu’il recherche pour déclencher son tir/drive. Défendre de manière agressive, c’est se rendre vulnérable partout ailleurs, et concéder un surnombre de 3vs4 généralement fatal. Le switch est cet entre-deux parfait qui, bien exécuté, n’offre à l’adversaire aucun espace à exploiter. Cela va au-delà du simple fait de vouloir forces des isolations, des mauvais tirs, de neutraliser les systèmes offensifs. Switcher est le moyen le plus sûr d’avoir une défense stable. Donc viable.

Est-ce à dire que le switch est un type de défense sans défaut, comme ces lignes semblent le décrire ? Non, bien sûr que non.

Un non-sens trop souvent fait est de penser que défendre, ou « la défense parfaite » consister à priver l’adversaire d’absolument toute possibilité d’agir. Bien entendu, cela de ne pourrait être plus faux, ni plus irréaliste. Défendre, c’est choisir quoi concéder et quoi protéger. Chaque schéma de jeu a son point faible. Il se trouve simplement que la manière de briser un switch défensif, le point faible de cette stratégie défensive, le talon d’Achille de cette façon de jouer est sans doute le plus difficile à viser, atteindre et sectionner que celui des autres couvertures défensives.

Comment battre le switch, alors ? En punissant ces un contre un que la défense concède. En attaquant frontalement ces situations pour scorer ou créer pour autrui. Sauf que, bien évidemment, la qualité de création offensive demeure la plus difficile, la plus rare et la plus chère sur le marché. Créer quelque chose à partir de rien, c’est extrêmement dur. Peu de joueurs arrivent à le faire très bien, à la fois en quantité et en qualité, afin de rendre l’opération rentable. Et encore moins d’équipe parviennent à collectionner suffisamment de ce ces joueurs là pour avoir tout le temps réponse à tout. Voilà pourquoi switcher, créer ces un contre un, et ensuite savoir y résister reste le critère le plus discriminatif en NBA actuellement. Ce sont les miettes concédées par la défense les plus difficiles à exploiter par l’attaque adverse.

De toute évidence, la place d’un Rudy Gobert là-dedans est assez fragile. Gobert n’a pas la mobilité suffisante pour survivre sur ce genre de switch, et même lorsque la défense du Jazz tente de ne pas le concéder, il arrive tout de même un moment où les meilleures attaques parviennent quand même à le forcer. Les Houston, Golden State, Cleveland et compagnie ont cette science du jeu là, cette patience, cette expérience pour arriver à faire plier une défense qui veut à tout prix éviter cela.

Refuser catégoriquement le switch, même quand on tente de vous y forcer, correspond à une mise à mort. Si Harden arrive sur Gobert en sortie de son Pick & Roll, et que Gobert refuse d’abandonner Capela, le barbu s’en va inscrire un lay-up ouvert, ou dégaine le trois-points offert sur un plateau. Si Gobert monte sur Harden mais que le second défenseur traverse l’écran et revient lui aussi sur Harden, Capela s’en va libre de marquage au panier (ou PJ Tucker ouvert sur Pick & Pop). C’est une chorégraphie aussi bien millimétrée qu’infernale. Un rituel sacré pratiqué avant l’exécution du prisonnier. Switcher quand on n’en a pas le personnel équivaut à être probablement dépecé…mais refuser de le faire correspond à une mort certaine. (cf. G1 des Finales de Conférence Ouest 2019)

Pour Rudy Gobert et le Jazz, impossible d’échapper ce destin-là. Par ailleurs, l’échantillon déjà disponible du Français dans ces situations commence à être largement suffisant pour tirer de réelles conclusions confirmant ces problématiques théoriques.

Face aux Warriors ou aux Rockets en playoffs, le Jazz cale. 116 pts/100poss en 2017 face à Golden State (105 en SR) ou 112pts/100poss en 2018 face à Houston (103 en SR). Des écarts on ne peut plus conséquents, très improbables pour une défense d’élite. Ce n’est pas juste une question de niveau de jeu, en somme, le problème est bien structurel. Même en saison régulière, le Jazz a toujours du mal face à des arrières capables de dégainer le fameux pull-up 3 (l’arme anti-Drop). A ce bilan-là peut s’ajouter également les difficultés similaires des Portland Trail Blazers à exécuter ces mêmes schémas de jeu en playoffs face aux mêmes adversaires. Pour Rudy Gobert, Jusuf Nurkic, Joel Embiid et les autres, les problèmes sont les mêmes. Impossible sur survivre sur un switch face aux attaquants d’élite qu’on trouve en playoffs. Impossible de rester bas sur le Pick & Roll (sous peine de concéder le 3pts). Impossible non plus de monter haut, à l’inverse, de se découvrir et se retrouver vulnérable très loin du panier avec beaucoup d’espace dans le dos.

Rudy Gobert en playoffs, face aux meilleures équipes de la ligue, n’arrive pas à rester sur le terrain. Ce n’est pas juste que le Jazz est moins bon dans ce contexte-là, c’est carrément qu’avoir Gobert sur le terrain et de continuer à pratiquer les mêmes schémas défensifs que d’habitude, c’est généralement fatal. On ne s’en relève pas.

Du coup, avoir le Défenseur de l’année incapable de jouer face aux meilleures attaques, ou d’avoir un impact positif…y’a comme un hic. C’est en ça qu’elle ne colle pas cette histoire.

Pour autant, le titre de meilleur défenseur de saison régulière, il ne l’a pas volé. Il est sans doute littéralement le joueur qui apporte le plus de valeur à son équipe de ce côté-là du terrain. Mais le changement de contexte entre saison régulière et playoffs bouleverse tout. Le jeu n’est plus le même, les données du problème ne sont plus les mêmes, toute l’équation à résoudre est différente.

Rudy Gobert, c’est une Ferrari haut de gamme qui a très clairement distancé tout le monde sur l’autoroute de la saison régulière et à qui on demande soudainement en playoffs d’aller remorquer un poids lourd tombé en panne. Ou à qui on demande de transporter 30 cartons de déménagement, ou de faire voyager une famille nombreuse : il n’est tout simplement pas fait pour ça. Ce qui n’enlève en rien le fait que, effectivement, sur l’autoroute, personne n’arrive à suivre le rythme.

Mais du coup, c’est qui le « vrai » patron ?

Gobert est dans la lignée directe de ce qu’un pivot défensif d’élite a toujours été depuis quasiment les débuts de la grande ligue. Tous les plus grands défenseurs, même jusqu’à très récemment, ont eu ce profil de jeu là, mais de toute évidence le jeu actuel requière d’autres qualités.

Et donc, c’est qui le nouveau roi de la danse ? Le profil du meilleur défenseur dans le contexte de la NBA actuelle, il ressemble à quoi ?

C’est d’abord et avant tout le cercle qu’il a toujours fallu protéger. Les tirs dans la raquette, ceux proches du panier (avec le plus de probabilité de rentrer) qu’il fallait empêcher. Mais l’explosion du tir à longue distance a donné une importance similaire, si ce n’est plus, à une seconde zone du terrain : derrière la ligne à trois points. L’équation est différente, il faut savoir défendre ces deux zones-là, raquette et arrière arc, qui ne sauraient être plus éloignées l’une de l’autre.

N’être compétent que dans une seule de ces deux zones devient problématique. Jouer tout petit, avec 5 extérieurs capables de jaillir très vite et d’évoluer loin du cercle permet de limiter l’impact des tirs primés, mais le manque de présence et de protection dans la peinture fait plonger la rentabilité de l’opération plus vite encore qu’il ne faut de temps pour le dire. A l’inverse, jouer gros sécurise le rebond et protège le panier, mais concède beaucoup trop d’espaces et d’opportunités à trois points pour y survivre.

L’apparition de ce tir à trois points pouvant être tout aussi rentable que celui pris sous le cercle apporte un niveau d’exigence et de compétence tout autre. Les schémas défensifs sont toujours plus dynamiques, toujours plus polymorphes. Il faut s’avoir s’adapter, se déformer, se reformer, boucher les trous, absorber l’espace, savoir aller d’un point à un autre très rapidement, tout en étant capable de tenir sa position et de représenter un obstacle suffisamment imposant. Le jeu actuel requière une omniprésence spatiale de qualités défensives, plutôt qu’une compétence extraordinaire sur un secteur ciblé (la raquette).

Les joueurs capables d’avoir ce genre d’impact sont un mélange savamment dosé de tout cela. Suffisamment grands, mais suffisamment mobiles et agiles. Suffisamment légers et rapides, mais également puissants. Capables d’évoluer dans le périmètre comme d’avoir un impact dans la raquette. Chacun l’est à des degrés différents, les curseurs ne sont pas tous au même niveau sur chaque qualité, mais il faut un niveau minimum dans absolument tous ces compartiments du jeu. Draymond Green, PJ Tucker, Anthony Davis, Clint Capela, Al Farouq Aminu, Al Horford, Giannis Antetokoumpo, etc. Tous ont un dosage différent, mais les mêmes ingrédients, tous les ingrédients, mit dans la casserole.

On ne se suffit plus d’une voiture coupée sport capable de se propulser comme une fusée, ni d’une fourgonnette à la capacité de stockage impressionnante. On veut des monospaces. Des voitures malléables, qui peuvent aller suffisamment vite, qui peuvent transporter du monde, ou à déplacer un canapé. Un monospace ne fait rien d’exceptionnel, il fait tout de manière moyenne…mais il fait tout. Dans le tout meilleur des cas, vous tombez parfois sur l’exceptionnel, un fourgon de 25m³ avec le moteur d’une Ferrari, mais il n’y a qu’un seul Draymond Green.

Le but du jeu est d’avoir ce défenseur polymorphe, capable de se transformer en défenseur extérieur de très bon niveau, lorsqu’appelé à aller dans le périmètre, puis de devenir un roc quand il faut batailler à l’intérieur. De se changer en anguille rapide et fluide pour traverser toute sorte d’écrans, mais aussi reprendre une stature insurmontable pour protéger le panier ou aller chercher des rebonds très hauts. Intelligent, compétent, omniprésent. Dans le jeu moderne de la NBA, ce n’est plus Pikachu la star, ni Dracofeu, mais bel et bien Metamorph.

Mais ce n’est pas tout.

Bien que souvent omis ou déconsidéré par rapport à la polyvalence sur le ballon, un second aspect est primordial pour atteindre l’excellence : les compétences en défense collective. Pratiquer ces schémas défensifs dynamiques et briller face aux meilleures attaques implique inévitablement d’avoir un très bon impact en défense loin du ballon.

En somme, il faut tout autant être grand et mobile, imposant et agile quand on défend l’attaquant qui a le ballon…que lorsqu’on n’est pas directement impliqué dans l’action. Mouvement dans l’espace, protection du panier et du 3pts, et impact n’importe où sur le terrain, l’idée est la même. Au final, la seule différence entre ces deux domaines de la défense est les qualités requises pour atteindre un certain seuil de compétence. Par extension, vous comprenez donc que la liste des caractéristiques et outils que doit posséder le « défenseur parfait » vient encore d’allonger.

Si la défense sur l’homme est d’abord et avant tout une question de technique, de précision de geste et de savoir-faire pour savoir comment utiliser ses atouts physiques, la défense loin du ballon, elle, fait appel à un degré d’intelligence et de compréhension du jeu bien plus élevé.

Il n’est pas question de dire que la défense sur l’homme est dénuée de toute dimension cérébrale, et donc tactique ou stratégique, pas plus qu’affirmer que maîtriser le timing, les angles, la manière de faire et toute cette technique des aides défensives est négligeable. Simplement, dans la défense collective, un exercice où tout se résume à savoir lire le jeu, le comprendre et y réagir, c’est l’intellect qui fait toute la différence.

Le défenseur off ball idéal connaît sur le bout des doigts n’importe quel mécanisme défensif, n’importe quel rôle sur le terrain selon l’action en cours. Il doit savoir quoi faire pour perpétuer ce mouvement collectif d’une défense qui se forme et se déforme, bascule d’un côté ou d’un autre, sans quoi il concède une ouverture béante dans la défense. Plus que seulement lire l’attaque adverse, il faut donc également surveiller à ce que font les autres défenseurs et agir en harmonie avec cette entité collective. Il n’est pas juste question de participer en voulant réaliser des actions sur le ballon, que nenni. Le gros du travail se fait également dans l’ombre : aider celui qui aide, compenser le mouvement d’un défenseur, combler un vide avant que l’attaque ne s’en rende compte, coulisser avec les autres, adapter sa position par rapport aux autres, savoir quelle responsabilité incombe en fonction du contexte, quel joueur défendre ou délaisser, poser un boxout sur un attaquant autre que le sien, etc.

Une nouvelle fois, similairement à ce que requière la polyvalence sur le ballon, dans la défense loin du ballon s’exprime également cette nécessité d’omniprésence spatiale de qualité défensive. Avoir un impact n’importe où sur le parquet (via des aides), être capable d’aller dans un sens puis dans l’autre, pouvoir couvrir une bonne portion du terrain rapidement et colmater n’importe quelle brèche dans l’édifice.

Draymond Green n’est pas seulement le meilleur défenseur de la ligue parce qu’il résiste sur switch. C’est aussi et surtout un savant de la défense collective. Il patrouille, reste attentif, anticipe ou arrive à lire à temps les systèmes adverses tout en sachant également quelle réponse y apporter. Toutes ces nuances de la défense collective, le timing, le QI basket, le sens du jeu, la précision, la portée et le volume défensif, l’activité…Green est un maître en la matière. Il gère l’espace avec plus d’aisance qu’un lauréat de la médaille de Fields pourrait résoudre une équation du premier degré.

De même, l’impact de Paul George, Kawhi Leonard, Jimmy Butler ou Marcus Smart ne limite pas à leur capacité d’être le défenseur au « point of attack », le premier rempart sur le ballon, le premier obstacle insurmontable à devoir contourner. Leur sens du jeu, intelligence, instincts d’anticipation ainsi que leur mouvance et dynamisme au sein d’une défense leur permet d’apporter une énorme plus-value sur le playmaking défensif. Lignes de passes, déviations, ballons arrachés des mains d’un attaquant, contres au panier ou dans le périmètre, etc. Empêcher l’adversaire de pouvoir finir sa séquence de jeu par un tir, et faire pencher la balance des possessions en sa faveur fait grandement avancer son équipe vers la victoire…peut-être même plus qu’un simple protecteur de cercle traditionnel à la Jarrett Allen ou Hassan Whiteside.

D’ailleurs, et de manière intéressante, les statistiques avancées semblent carrément désigner ce type de défenseurs sans ballon comme parmi les plus impactant de toute la NBA. Sur le Defensive PIPM par exemple (Player Impact Plus-Minus) les Draymond Green, Giannis Antetokoumpo, Andre Roberson et Robert Covington coexistent dans les mêmes eaux que les protecteurs de cercles d’élite (Gobert, Embiid & cie). En 2018, Covington pointait même en 2e position de toute la NBA, à un cheveu à peine derrière Rudy Gobert, alors même que l’ancienne trouvaille de Sam Hinkie est loin d’être un défenseur d’élite sur l’homme (il est « juste » bon, voire très bon, mais pas Kawhi-esque).

Plus encore, ce n’est pas seulement que, en soit, le jeu réclame de protéger plusieurs zones de terrain différentes : l’évolution des schémas défensifs pousse encore plus dans cette direction que ce seul élément de jeu. Quand on évoque les schémas défensifs dynamiques sont sous-entendus des rôles et responsabilités très importants pour chaque défenseur.

Sur les pénétrations adverses, les Rockets orientent le drive d’un côté où un second défenseur se tient prêt à s’interposer pour créer un surnombre et compliquer la finition de l’action. Les Nuggets demandent parfois à leurs intérieurs de presser très haut sur switch, à l’excès même, pour justement se rendre vulnérables, appâter l’attaquant et l’inciter à driver plutôt que shooter…sachant qu’un second Nugget attend sous le panier pour refermer le piège. Les Warriors s’autorisent parfois à surcharger le terrain en effectuant des prérotations, où un défenseur supplémentaire bouche l’espace avant même que l’adversaire n’ait pensé à attaquer l’espace en question. Les Celtics se font un point d’honneur d’orienter toutes les pénétrations vers l’extérieur du terrain, pour protéger au maximum le milieu du parquet (point stratégie duquel toutes les options/passes sont disponibles). Les Bucks, eux, acceptent de laisser l’adversaire pénétrer dans la raquette, mais envoient depuis les ailes des assauts innombrables de défenseurs supplémentaires pour boucher l’espace et forcer à ressortir. Les Rockets encore, au poste bas, demandent au défenseur de boucher l’angle intérieur (exagérément) pendant qu’une prise à deux arrive depuis l’autre côté, depuis l’extérieur (« baseline double »). Les Nuggets encore, comme beaucoup, manient à la perfection l’art du « X-Out » où côté faible, le défenseur dans le corner aide à l’intérieur, le second sur l’aile coulisse dans le corner, puis le premier croise et revient sur l’aile (d’où le X). Etc.

Tout ce genre de mouvements prédéterminés ne sont, qui plus est, que le début de la chaîne défensive : une fois cette aide-là faite, il faut que le reste de l’équipe compense et suive. Quand Golden State surcharge le terrain, ça signifie qu’un ou plusieurs défenseurs côté faibles doivent encaisser un surnombre. Quand Milwaukee aide de manière très agressive dans la raquette, il faut quelqu’un pour coulisser vite sur un shooteur soudainement ouvert. Quand Houston pratique une prise à deux au poste, il faut occuper l’espace différemment et être prêt à subir si le ballon ressort. Et quand une attaque commence à enchaîner les extra-pass pour battre ces mouvements défensifs, il faut être capable de faire la 4e, 5e et 6e rotations pour continuer à colmater les brèches. Et ainsi de suite.

Le danger peut venir de partout sur le terrain, être capable en tant qu’équipe d’être omniprésent requière une mobilité et une intelligence pour aller à temps d’un point A à un point B en très peu de temps. Sachant de plus que ce genre d’exemples ne sont que des cas où la rotation est prévue par la défense, souhaitée. Mais la multiplication des switchs défensifs, donc des situations de mis-matchs et de 1vs1 entraîne en conséquence un plus grand nombre d’aides « improvisées » pour limiter la casse. Quand Stephen Curry s’amuse à tourner en bourrique un pivot, ce n’était peut-être pas prévu, mais il vaut quand même mieux venir aider plutôt que de concéder un lay-up tout fait.

Switchability et volume off ball. Intelligence et polyvalence. Vitesse et centimètres. Résister sur tout type de un contre un et savoir porter secours partout sur le terrain. Il faut les deux.

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PARTIE 2

La question qui vient ensuite étant donnée cette dualité du « meilleur défenseur » est la suivante : pourquoi existe-t-il un tel fossé entre saison régulière et playoffs ? Si pratiquer un style particulier fait que certaines équipes parviennent à devenir les meilleures de toute la ligue, pourquoi les 30 franchises NBA ne s’attellent donc pas à en faire de même ?

Les raisons sont multiples.

1) La première, sans aucun doute, n’est nulle autre que le très haut niveau de compétence dont il faut faire preuve pour pratiquer ces schémas défensifs là. D’un point de vue coaching, évidement, mais aussi, et surtout du point de vue personnel défensif. Les joueurs.

Les solutions et avantages indénombrables du switch décrit au fil de ces lignes sont tellement évidents qu’on en oublierait presque à quel point c’est un type de défense d’une difficulté extrême à mettre en place. Évidemment, les équipes qui pratiquent des schémas défensifs différents ne le font généralement pas uniquement par choix idéologique. Si Utah, Portland ou Denver se prennent en pleine gueule un plafond de verre chaque post-season, ce n’est pas par amour du Drop, du Hedge, ou par désir de cultiver une différence : c’est purement et simplement parce qu’ils n’ont pas le choix de faire autrement.

D’un point de vue individuel, être capable de switcher requière un cocktail de qualités physiques et athlétiques très rare, comme décrit un peu plus tôt. Il faut être à la fois grand et rapide, puissant et agile, imposant, mais mobile. Les contraintes de taille et de mobilité doivent se recouper au parfait point de bascule, sans quoi la magie n’opère pas.

Plus encore, à ce facteur déjà très discriminant d’avoir la chance d’être né avec les bonnes proportions et le bon capital physico-athlétique, se rajoute tout le reste de la défense. La technique défensive, la science du placement, la discipline, l’intellect et les connaissances défensives. La différence entre un joli prospects de Draft bien doté qui fait 5 équipes en 8 ans de carrière, et un véritable défenseur de haut calibre titulaire en Finales de Conférences se fait sur ce point-là. Or, ce genre de joueur dont le cerveau est capable de traiter autant d’informations en très peu de temps, il en existe très peu.

D’un point de vue construction d’équipe, c’est encore pire : afin de pratiquer de manière durable un système en switch-all, il faut carrément arriver à dénicher 5 de ces spécimens-là assez rares, voire plus si l’on veut bâtir une vraie rotation d’équipe et pratiquer ce style-là pendant 48 minutes. Tout en arrivant, qui plus est, à ce qu’ils ne soient pas manchots en attaque non plus, sous peine de se heurter à un plafond offensif et donc général assez bas. Une équipe avec cinq Tony Allen ou cinq Draymond serait à n’en pas douter très plaisante à regarder…d’un côté du terrain. Mais ça n’engrangerait pas un très haut total de points de l’autre côté.

D’autant que toute la difficulté de construire une défense en switch repose de plus sur une règle de base : il est impératif que l’intégralité des défenseurs soit capable de switcher. Un ou plusieurs maillons faibles peuvent faire s’écrouler l’édifice. La règle est la même que pour un groupe de randonnée : la vitesse du groupe est égale à celle du marcheur le plus lent, qu’importe la foulée impressionnante des promeneurs les plus aguerris. De même, quatre spécialistes du switch ne suffisent pas : l’attaque pourra toujours cibler à répétition le maillon faible et ainsi briser la défense. Au demeurant, un seul défenseur inapte à switcher est à la limite, éventuellement, parfois, surmontable (Curry aux Warriors, Love à Cleveland, Paul aux Rockets) selon les cas et les profils. Mais cela se fait au coût de nombreux autres compromis, ça ne marche pas toujours, et ce maillon faible ne peut pas être le pivot.

Première raison, donc : la difficulté de trouver le genre de joueurs capables d’exécuter ces schémas défensifs efficacement.

2) La deuxième raison pour laquelle la ligue n’est pas orientée totalement sur du switch-All, et ce pourquoi des défenses traditionnelles parviennent encore à être parmi l’élite est précisément l’argument miroir du premier évoqué : il existe très peu de défenseurs capables de verrouiller à peu près toutes les positions…et il existe par ailleurs très peu d’attaquants capables de crocheter n’importe quel verrou défensif.

Prenons l’exemple des Bucks et du Jazz. Deux défenses qui pratiquent des couvertures défensives conservatrices sur P&R, à savoir le Drop : Lopez et Gobert restent en retrait par rapport à l’écran, ce qui leur permet de rester en contrôle et de protéger le cercle plus aisément. Il existe plusieurs manières de contourner ce problème-là, mais au-delà des nuances tactiques (spain P&R, renversement de jeu, etc), la manière la plus viable de faire du mal à cette couverture-là demeure le pull-up 3. Profiter de la position basse du pivot, de l’espace concédé, pour dégainer un tir rentable…mais un tir à 3pts, pas à mi-distance, sans quoi l’opération n’en vaut mathématiquement plus vraiment la peine.

Or, combien de joueurs NBA sont réellement capables de rentrer ce tir-là, le pull-up 3, un des tirs si ce n’est le tir le plus difficile à rentrer au basket ? Pas beaucoup. Parmi eux, combien sont capables de le rentrer souvent avec une bonne efficacité (quantité + qualité) ? Encore moins. Parmi ceux-là à présent, combien ont réellement le dévouement de prendre ce tir-là (difficile) autant de fois qu’il le faudra ? Encore moins.

En définitive, les défenses comme celle de Milwaukee ou Utah ne sont que très rarement dérangées dans leurs schémas défensifs au cours d’une saison. Peu d’équipes et de joueurs peuvent réellement punir de manière ces couvertures-là, et parfois même, ceux qui en sont capables ne prennent pas la peine de sortir le grand jeu pour une banale rencontre de saison régulière.

3) C’est d’ailleurs le troisième aspect de cette équation : plus encore que le manque de talents offensifs ou de joueurs théoriquement capables d’exécuter la sentence, très peu d’équipes ont cette mentalité jusqu’au-boutiste d’insister là où ça fait mal.

La théorie a beau dire « pour battre telle ou telle tactique défensive, il convient de prendre ce tir-là à chaque fois, encore et toujours », c’est totalement contre-intuitif de l’appliquer concrètement. Depuis la nuit des temps, un match de basket se déroule avec différents systèmes de jeu qui s’enchaînent, une grande diversité d’action, jamais deux fois les mêmes schémas, une variété de mouvements et de tirs. Enchaîner la même action à répétition est l’antithèse même de ce que l’on a toujours appris et connu. Le basket est un sport d’équipe où fluidité, mouvement de balle, et implication collective sont les bases mêmes du jeu. N’utiliser qu’un seul joueur encore et toujours quitte à stopper tout semblant de fond de jeu collectif est on ne peut plus contre-intuitif.

D’autant que, plus important encore, l’effet de surprise est censé jouer un rôle prépondérant. Il y a une raison pour laquelle très peu d’équipes osent répéter plusieurs fois consécutives le même système de jeu, même s’il marche : surprendre la défense est capital. Si les défenseurs savent quel genre de mouvement et d’action est en train d’arriver, c’est une ou deux secondes de lecture du jeu/temps de réaction d’économisées. Donc des rotations qui arrivent en avance ou dans le bon timing, qui sont mieux effectuées, et c’est surtout beaucoup moins d’espace à manufacturer pour l’attaque adverse. En sport, la prévisibilité est généralement le plus gros défaut qu’on puisse utiliser pour qualifier une attaque.

Comme souvent à contre-courant, les Rockets, eux, possèdent cette mentalité jusqu’au-boutiste même en saison régulière. Les troupes de Daryl Morey et Mike D’Antoni ont l’audace d’appliquer autant de fois qu’il le faudra les leçons théoriques suggérées pour battre une défense. L’isolation est le moyen le plus efficace de scorer ? Aucun problème, jouons-la à chaque possession si on peut.

Sauf que cette audace, ce dévouement, cette implication sans faille, personne d’autre ne l’a en saison régulière. Les playoffs sont une autre histoire : si un joueur fait office de maillon faible défensif, l’adversaire n’hésitera pas d’appuyer là où ça fait mal, encore et encore. Mais en saison régulière ? Rarement, jamais même. Appliquer ce genre de stratégies demande un degré d’investissement global colossal pour rendre le projet cohérent : construction d’équipe, choix des joueurs, plan de jeu et systèmes offensifs, mentalité collective, rigueur, etc. On ne devient pas jusqu’au-boutiste en un claquement de doigt. On ne pratique pas le style de jeu de Daryl Morey ni le mode de reconstruction de Sam Hinkie simplement en le voulant, ou en se contentant de l’évidence (prendre les 3pts, ou prendre des matchs, respectivement). Le travail global devant être abattu tout autour est ultra conséquent. Ce sont des détails qui n’en sont pas. Des manœuvres énergivores et des engagements idéologiques contraignants que peu de franchises sont prêtes à faire.

Dans un match de saison régulière, il est hors de question de sacrifier le jeu collectif, le temps de jeu et/ou nombre de tirs de chacun et de ne pas impliquer tout l’effectif simplement parce qu’« en théorie tel joueur peut rentrer ce tir-là qui fait mal à cette défense-là ». Sur de tels matchs, les aléas de saisons peuvent d’ailleurs être nombreux, les objectifs du coaching staff pas uniquement de remporter la victoire : déterminer les rotations, essayer des joueurs, des combinaisons tactiques, des configurations ou des line-ups, des systèmes différents face à telle ou telle opposition, etc.

En bref, l’implication totale que requiert cette façon de jouer n’est tout simplement pas là en saison régulière. Les faiblesses de systèmes plus traditionnels passent finalement assez souvent entre les gouttes, pendant que les forces de ces schémas-là (protection du cercle, rebonds défensifs, etc.) ont, elles, un très bel impact positif.

Voilà pourquoi on se retrouve avec des équipes comme Utah ou Portland en tête des meilleures défenses de NBA…qui une fois en playoffs n’ont plus cette même force de frappe défensive. Comme pour Rudy Gobert : changement de référentiel, évaluation différente.

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La question qui vient alors dans la continuité de ce raisonnement est peut-être encore plus intéressante : la NBA va-t-elle évoluer vers une saison régulière au style de jeu playoffs…ou pas du tout ?

Après tout, si le jeu pratiqué en playoffs s’est autant tourné vers certains aspects particuliers et certaines manières de faire, c’est d’abord et avant tout avec l’explosion du tir à trois points. Aussi, est-ce légitime de supposer que ce n’est qu’une question de temps ? Est-ce correct de penser que la façon de jouer en switch-All, d’habitude pratiquée en mai et juin, pourrait s’étendre petit à petit jusqu’à entièreté de la saison régulière ? Le paroxysme du « basket moderne » vu pendant certaines séquences des Finales de Conférences 2018 entre Houston et Golden State (tout le monde switch tout, on joue des isolations tour à tour), est-ce une question de temps avant que l’intégralité de la grande ligue ne se mette au diapason ? Les profils de protecteur de cercle à la Rudy Gobert sont-ils destinés à disparaître rapidement ?

Plus important encore : pourquoi les girafes ont-elles un long cou ?

Une des plus fréquentes erreurs à propos de la théorie de l’évolution, en particulier de la sélection naturelle, est de penser que les espèces évoluent en fonction de leur environnement. Qu’elles s’adaptent et changent directement en fonction de ce qui les entoure. Ceci est effectivement vrai…à l’échelle d’une espèce entière, mais pas d’un individu. La nuance est primordiale, vous allez comprendre.

Les girafes donc. A l’origine, la longueur du cou des girafes n’avait absolument rien de spectaculaire. Sauf que : petit à petit, leur nourriture s’est retrouvée disponible à des hauteurs toujours plus hautes sur les arbres, entraînant ainsi cette augmentation proportionnelle de leu cou. Leur cousin Okapi, ou leur ancêtre commun ont, eux, un cou toujours aussi bien proportionné. Comment ? Pourquoi ?

En réalité, lorsque la nourriture a commencé à ne plus à être atteignable à une hauteur « normale », les individus avec un cou normal n’ont plus pu y avoir accès pour survivre, tandis que les rares qui avait la particularité d’avoir un cou un peu plus long que la moyenne avaient, eux, accès à cette nourriture (variation génétique, tout le monde n’en naît pas pareillement proportionné). Ils ont pu survivre de cette manière, être plus fort, plus en forme grâce, donc se reproduire bien plus facilement. Et par conséquent, transmettre à leur progéniture cette mutation génétique d’avoir un cou un peu plus long que la moyenne. Jusqu’à un certain point où, avec le temps, du fait de leur facilité à se reproduire par rapport aux girafes au cou « normal » qui peinait à manger et survivre, la moyenne est donc devenue d’avoir un cou « un peu long » plutôt que « normal ».

Par la suite, lorsque la nourriture a continué de se retrouver encore plus en hauteur, ce sont les rares girafes qui par rapport à cette norme du cou « un peu long » sortaient du lot et avaient un cou « moyennement long » qui ont pu mieux manger, survivre, se reproduire, et établir une nouvelle moyenne plus haute. Sur une énorme période de temps, et en répétant le procédé de « nourriture disponible » toujours un peu plus haut à chaque fois, ce furent à chaque fois les girafes avec un cou assez long pour y accéder qui ont pu survivre et transmettre cette caractéristique-là à l’espèce.

Un des seuls arbres à pouvoir pousser dans la savane, l’acacia, peut monter très haut, et constitue la nourriture de base des girafes

C’est ça la sélection naturelle. Ce n’est pas Monsieur Girafe qui, en voyant pousser l’arbre décide de se mettre au yoga et de faire des étirements pour que son cou se mette à pousser. C’est simplement que seuls ceux qui avaient le patrimoine génétique pour manger ont pu survivre et procréer. Ce n’est pas que les insectes étudient la chimie moléculaire et se gavent ensuite d’antibiotiques pour résister aux insecticides, c’est simplement que certains individus sont, de base, plus résistants que la moyenne, survivent, se reproduisent et reforment donc une espèce résistante aux produits néfastes.

N’ayez crainte, je ne recherche pas juste à vous refourguer mes vieux cours de SVT, vous n’êtes pas victime d’un coup monté (vous l’avez ?). Tout cela a un rapport avec la balle orange.

Ce processus de sélection naturelle s’applique évidement dans le contexte NBA.

L’exemple le plus basique est évidement, comme pour les girafes, une question de centimètres : il faut une taille minimum pour jouer en NBA. En dessous d’une certaine hauteur, vous ne survivrez pas. La moyenne des joueurs NBA est bien plus grande (6’7, 2m01) que celle de l’ensemble des hommes américains (5’8, 1m72). Tout le monde n’a pas la chance d’avoir reçu à la naissance un capital physique suffisant.

Cette démarcation est même encore plus flagrante lorsqu’on compare avec la taille moyenne des joueurs dans les premières années de la ligue (6’4, 1m93 en 1952). Lorsque plus de monde s’est intéressé de près à ce sport, et plus seulement un échantillon réduit, pour le même niveau de compétence et de développement existaient alors bien plus de chanceux à qui Dame Nature avait octroyé 20 ou 30 centimètres supplémentaires. Une différence qui les avantageant clairement pour atteindre le haut du panier (attention, double sens). L’évolution assez incroyable en 4 années (+ 3cm en 1956 !) illustre assez bien ce phénomène de « démocratisation rapide » qui bouscule la chaîne alimentaire, alors qu’il faudra 20 années pour que la taille moyenne augmente encore de 3cm, puis 40 printemps pour les 3cm d’après.

Cet aspect-là est assez trivial. Mais le processus de sélection naturelle apparaît évidement aussi sur les compétences basketballistiques.

Bouclons ainsi la boucle et revenons dans le même temps à notre question en cours : la saison régulière NBA va-t-elle un jour ressembler stylistiquement aux playoffs ? Arriverons-nous un jour sur 82 matchs de 5-out et switch-all ? La NBA des années 2020 ou 2030 sera-t-elle entièrement celle d’ailiers mesurant 6’8 ou 6’9, shootant à 3pts et s’avérant intégralement interchangeables en défense ?

Étant donnée la direction prise par la ligue, il semble évident que si sélection naturelle il doit y avoir, elle se fasse en effet sur ces deux critères essentiels : le shoot, et la polyvalence défensive. Le plus intéressant dans tout ça ? L’évolution est déjà en marche.

Un premier exemple assez évident est la manière dont sont construits les effectifs actuellement par rapport aux années précédentes. Si on s’attarde sur les équipes qui jouent le titre particulièrement, on remarque des similarités assez frappantes :

– un ou plusieurs porteurs de balle d’élite, capable de shooter, driver, passer : Curry, LeBron, Harden, Kawhi, Durant, Kyrie, Lillard, Butler, Jokic, etc.

– un ou plusieurs intérieurs capables de switcher et/ou d’être suffisamment mobiles dans le périmètre : Draymond, Durant, Tucker, Capela, Horford, Tristan Thompson, Siakam, Giannis, Millsap, Simmons, etc.

– des lieutenants capables d’apporter du spacing de très haut calibre pour punir un trop plein d’attention sur le porteur de balle dominant : Klay Thompson, Curry/Durant (quand l’un ou l’autre à la balle), Kyrie (quand LeBron avait la balle), Love, Gordon, Lowry, Middleton, McCollum, Murray, Tobias Harris, etc.

– un reste d’effectif idéalement bien équilibré entre défense/shoot.

Les ressemblances de profils et de structures d’équipes sont tout de même marquantes…alors qu’il existe pourtant des tonnes de manières différentes d’être bon au basket. Malgré la très grande diversité existante de bons joueurs en NBA ou de structures d’équipes différentes, un modèle en particulier ressort très clairement du lot.

Plus encore : non seulement on retrouve ce schéma de construction chez des GMs et Front Office sans lien entre eux (pas les mêmes parcours, pas les mêmes idéologies, les mêmes envies, les mêmes sensibilités, etc.), mais aussi, et surtout chez des équipes qui pratiquent pourtant des styles de jeu parfois totalement opposé. La façon de jouer des Rockets de Mike D’Antoni et des Warriors de Steve Kerr ne saurait être plus éloignées, les systèmes et philosophies de jeu plus différents…et pourtant, les profils recrutés sont un dénominateur commun flagrant.

Ces ressemblances sont troublantes au point que le hasard ne semble pas avoir sa place au rang des explications possibles.

En particulier, le fait que toutes les têtes de proues de ces équipes d’élite, tous ces meilleurs joueurs présentent le même « profil de jeu » malgré des différences physiques, athlétiques, de position, ou de degré de compétence dans tel ou tel domaine du jeu, est un indice très fort : il y a un truc. Il y a forcément une sélection qui s’opère quelque part, à partir de quelque chose de particulier. S’apercevoir que (quasiment) tous les joueurs d’élite remplissent le même rôle offensif est l’équivalent d’arriver en pleine savane et de se rendre compte que « tiens, toutes les girafes ont un long cou » alors qu’aucun autre cousin ou espèce animale avec un ancêtre commun aux girafes n’a cette caractéristique. Y’a un truc.

En l’occurrence, la capacité d’avoir un long cou pour atteindre la nourriture, en NBA c’est la capacité de faire plier la défense. Solutionner tous les problèmes que celle-ci peut poser en étant balle en main, proactif. Celui qui ne sait faire cela, celui qui a une faiblesse trop béante ou un trou d’air trop important dans son répertoire que la défense pourrait exploiter, celui-là ne résiste pas dans les steppes arides de « l’élite offensive ».

Ce qui est d’autant plus remarquable est sans doute le fait que les superstars n’ont pas toujours eu ce profil de jeu là. Sans même avoir besoin de remonter très loin dans le temps, il est facile de s’apercevoir que des joueurs très différents dominaient offensivement la NBA, que ce soit les pivots massifs, les meneurs « général de terrain » sans shoot ou même encore des scoreurs prolifiques d’abord et avant tout dans la mi-distance, de quelques manières que ce soit. Aujourd’hui, ce genre de profils là sont très loin du statut d’attaquant d’élite.

La nourriture qui commence à être disponible à des hauteurs toujours plus importantes, ce facteur-là qui a changé la donne pour faire « s’éteindre » les profils différents dans le paysage d’élite, ce sont sans aucun doute les changements de règles opérés au fil des années. La création (puis l’explosion) du tir à trois points et la fin de l’interdiction de défendre en zone a totalement bouleversé l’ordre des choses.

Il en va de même pour les intérieurs défensifs de ces équipes d’élite, difficile de passer à côté de leur ressemblance frappante. La manière de faire est différente, les atouts physiques et athlétiques varient quelque peu de l’un à l’autre, les compétences défensives également, mais le rôle rempli est toujours le même : être le parfait bouche-trou qui comble les espaces et panse toutes sortes de plaies. Dans le périmètre (switch et mobilité) tout comme près du panier (protection du cercle & aides défensives). Et là encore, difficile de ne pas constater que les intérieurs défensifs d’élite n’ont pas toujours eu ce profil-là, même seulement 10 ans en arrière.

Davis, compromis parfait entre taille, mobilité, défense intérieur et extérieure ?

S’il est bien une leçon que les girafes nous ont appris, c’est la manière dont la sélection naturelle opère.

Ce ne sont pas les joueurs qui se sont mis à changer leur jeu pour convenir à ces cases-là, ce sont simplement certains joueurs qui possédaient telles ou telles qualités qui ont de facto pris une tout autre importance. Les shooteurs extérieurs de haut calibre comme les scoreur d’élite poste bas ont toujours existé. Mais selon l’époque et le contexte, n’ont pas eu la même valeur ni la même utilisation.

Si l’on revient à notre métaphore filée, c’est un peu comme si à l’origine certaines girafes étaient plus rapides et prenaient donc le dessus sur les autres du simple fait de trouver et manger plus vite la nourriture…Mais qu’un jour les arbres ont commencé à pousser très haut. Être rapide a soudainement cessé d’être un avantage décisif, tandis que le fait d’avoir un cou plus long que la moyenne s’est alors révélé un atout de choix. Un facteur extérieur est venu bouleverser l’ordre des choses, redistribuer les cartes et qu’une nouvelle partie a démarré.

Par continuité, ce processus de sélection s’applique de plus en plus au niveau de la Draft.

Ce n’est pas tant que les joueurs travaillent des aspects différents du jeu pour parvenir en NBA, c’est plutôt et surtout la NBA qui sélectionne ceux qui ont d’autres caractéristiques qu’auparavant. Certains profils de jeu, non draftés il y a dix ans, se retrouvent aujourd’hui lottery pick. D’autres, autrefois stars de la grande messe du mois de juin, se contentent désormais des dernières places du second tour, voire d’aucune sélection tout court.

Draymond Green (35e pick en 2012) est par exemple le profil que les franchises NBA tentent d’avoir plus que tout (ou presque) aujourd’hui, si bien que l’ancien de Michigan State aurait probablement entendu son nom dans les 5 ou 10 premiers de la Draft ces deux ou trois dernières années. Green est un de ces joueurs All-Time qui n’a pas d’équivalent, mais sur un profil et un rôle similaire, Jaren Jackson a par exemple été drafté 4e en 2018.

DeAndre Hunter est de même assez représentatif : scoreur moyen, passeur moyen et défenseur très polyvalent. Une décennie en arrière, sélectionner ce genre de profil là en 4e position aurait été vu comme pure folie. Jae Crowder, en 2012, avec ce même registre de défenseur très solide et mobile, mais attaquant limité, lui aussi un peu vieux et pas exceptionnel athlétiquement parlant, s’est contenté d’être un second tout de Draft.

Khris Middleton, ailier à tout faire en attaque comme en défense, n’a pas été sectionné avant la 38e place de la Draft. Parce que cette polyvalence-là n’avait pas tant de valeur que ça, et que le potentiel de créateur de haut calibre restait très lointain. Jarrett Culver, similairement bâti et compétent, sans un « star potentiel » ni un talent pur beaucoup plus évident que celui de Middleton, est parti en 6e position de la dernière Draft.

Jaxson Hayes, 8e choix 2019, projet long terme par excellence, a pour lui un potentiel de protecteur de cercle et une mobilité très intéressante, capable de pouvoir assurer la défense des deux zones à la fois (le panier, et le périmètre). Mis à part ce profil physico-athlétique, très peu de scoring/création, d’instincts ou de shoot. Clint Capela avait lui attendu la 25e place avant d’être sélectionné en 2014, et DeAndre Jordan, la 35e position en 2008. A l’inverse, Hasheem Thabeet (2e en 2009) ou ce registre de protecteur de cercle à la Roy Hibbert (17e en 2008) n’ont plus leur place dans les Drafts actuelles. Et pas juste dans le top 10 ou au premier tour : ce genre de joueurs ne sont quasiment plus draftés du tout.

Chez les intérieurs, le jeu au poste est devenu un argument dérisoire. Ce n’est plus ce qu’on cherche. Les Enes Kanter (3e), Jonas Valanciunas (5e), Greg Monroe (7e) et consorts (pour rester dans du récent), draftés très haut pour leur scoring poste bas notamment, ne verraient sans doute pas le jour dans le premier tour de la Draft 2018 ou 2019.

Chez les extérieurs sont le plus valorisés et recherchés la capacité de créer ainsi que shooter de manière dynamique, en sortie de dribble. Sans ça ? La catégorie élite ne vous ouvre pas ses portes. Tyreke Evans (4e) ou Ricky Rubio (5e), totalement dépourvus de jump-shot à leur arrivée dans la grande ligue, n’auraient sans doute pas été sélectionnés dans le top 5 ces dernières années.

Plus globalement, la manière dont le paysage de la Draft a évolué est on ne peut plus marquante. Ces deux ou trois dernières années particulièrement, le premier tour s’est en grande majorité retrouvé rempli d’ailiers (postes 2-3-4) capables d’un peu tout faire, à savoir surtout défendre et shooter. On ne semble pas être sur un échantillon d’une ou deux années où, par hasard conjoncturel beaucoup plus de joueurs talentueux de ce profil-là arrivent au même moment. Ces joueurs-là existaient déjà il y a quelques années, mais n’étaient choisis que bien plus tard. Aujourd’hui, les franchises ont compris que le meilleur moyen de fournir un effectif et de pratiquer les schémas défensifs qui marchent est de recruter ce genre de joueurs.

Dans le même temps, les intérieurs ont totalement disparu du premier tour, quasiment. Là encore, ce n’est pas juste que les systèmes High School et NCAA ne produisent plus ces joueurs-là. Ils existent. Simplement, ils n’intéressent plus. Des joueurs pourtant stars au lycée (Marquese Bolden, Charles Bassey, Nick Richards, Nick Ward, etc) ne sont même plus considéré comme des prospects NBA intéressants s’ils n’ont que du jeu au poste ou un profil défensif trop traditionnel. Par ailleurs, cette baisse de recrutement n’est pas non plus la conséquence d’un marché des intérieurs bouché en NBA (même si c’est le cas) : lorsque des intérieurs qui en valent le coup débarquent, il y a toujours de la place pour eux. Comme lors de la Draft 2018, par exemple.

Veillons d’ailleurs à interpréter la classe de Draft 2018 comme il se doit : 5 intérieurs furent sélectionnés dans le top 10 à une période où la ligue avait déjà pris conscience de la limite des intérieurs. Mais en réalité, aucun de ces cinq joueurs-là n’a été drafté pour ses « qualités d’intérieur ». Pour aucun d’entre eux il n’a uniquement été question d’un jeu au poste ou d’une protection de cercle. Jaren Jackson, Marvin Bagley, Wendell Carter, DeAndre Ayton, Mo Bamba, tous avaient du shoot (potentiel), un minimum de mobilité et parfois même de la pure création extérieure balle en main. Robert Williams, tombé 27e pour diverses raisons mais attendu lottery, rassemble également toutes ces qualités-là. Le reste du premier tour ? Aucun intérieur.

Le processus d’évolution semble déjà enclenché, donc.

De par le marché de la Free Agency ou par la Draft, le renouvellement s’opère d’ores et déjà. Il s’accomplira sur une échelle de temps assez importante, mais il se fera à n’en pas douter. Plus on avance, plus certains profils de jeu disparaissent du paysage NBA, n’existent plus du tout. Et plus on avance, plus une certaine espèce de joueurs semble repeupler les effectifs NBA, mieux armés pour survivre aux exigences des coachs et du jeu.

À force de recrudescence de la sorte à la Draft, il est hautement probable que le paysage NBA soit grandement transformé. Que d’ici cinq, dix ou quinze ans l’ensemble des joueurs NBA soit constitué quasi uniquement de meneurs de jeu qui shootent en sortie de dribble et peuvent switcher sur des plus gros, de pivots capables de shooter et de switcher sur des plus petits, et d’ailiers polyvalents capables de toucher à tout.

D’autant que, contrairement au processus de sélection naturel, il existe une petite nuance à tout ça : fondamentalement, le joueur peut influencer sur son profil de jeu. C’est très difficile, la réussite est assez rare, et je ne tiens pas à envoyer bouler toute l’analogie que je viens de faire avec les girafes, mais c’est possible.

Brook Lopez est nul doute l’exemple récent le plus criant. En arrivant chez les Lakers en 2017, Lopez est d’abord et avant tout un pivot poste bas. Quelques mois plus tard, le bougre s’est transformé en canonnier à longue distance, sorte de pivot 3&D. Tout cela n’est pas sorti de nulle part : Lopez a toujours eu le toucher de balle, fondation d’un bon jump-shot, et même une bonne mécanique de tir dans la mi-distance. Mais jamais à trois-points, et encore moins avec ce volume-là et ce genre de tir-là qui, parfois, frisent l’insolence. Avec l’évolution de la ligue, l’explosion du tir primé et la difficulté d’exister de par du poste bas, Lopez s’est adapté et à modifié son jeu pour continuer de survivre pendant que d’autres se sont éteint.

Certes, il n’a pas inventé ces capacités-là, mais simplement développé un capital de base suffisamment intéressant. Donc il y a quand même une certaine. Rudy Gobert, même s’il le voulait, ne pourrait pas réaliser une telle évolution et shooter 10 trois points par match, il n’en a pas le toucher de balle ni la mémoire corporelle d’une mécanique de tir et ne va pas acquérir ni l’un ni l’autre à son âge. Mais tout de même. Là où la girafe ne peut pas décider que faire s’allonger son cou, Lopez a pu commencer à prendre plus de trois points. Le point fondamental est que le joueur à une influence directe sur son registre de jeu s’il décide de changer quelque chose.

Là où cette différence est beaucoup plus intéressante, c’est à l’échelle supérieure : les girafes ne pouvaient pas décider de modifier leur capital génétique, mais les joueurs peuvent décider très tôt d’orienter leur formation d’une manière ou d’une autre. En ayant connaissance de ce qui constitue le basket moderne, de l’importance du trois-points et des nouveaux paramètres du jeu « moderne », il est possible d’influencer le développement des plus jeunes joueurs dans cette direction-là. La conséquence est alors qu’à moyen et long terme, l’ensemble de joueurs qui prétendront à la NBA arrivera avec des atouts sans doute mieux adaptés à ce que cette ligue requière. Le gamin de 12 ans, ou même celui de High School, qui rêve de NBA, a sans doute déjà assimilé le fait qu’un jump-shot est au grand minimum nécessaire, et absolument génial dans le meilleur des cas. Et ce, malgré les différents critères des cases inférieures (la dimension de puissance encore fondamentale/suffisante pour être reconnu au niveau AAU et même NCAA).

De même ici, tout le monde ne pourra pas développer le toucher de balle soyeux d’un Stephen Curry ni même l’agilité tout en puissance d’un Draymond Green pour switcher sur tout ce qui bouge. La notion de capital génétique de base existe toujours. Et si ce n’est sur les qualités athlétiques, au moins sur les mensurations physiques (taille et envergure). Mais le travail peut influencer jusqu’à un certain point, un point suffisant.

On se dirige donc bel et bien vers une évolution certaine de la population NBA, et par conséquent du style de jeu pratiqué. Oui, on pourrait arriver à terme vers une ligue où le switch-All est monnaie courante dès le mois d’octobre, et plus seulement en playoffs

Néanmoins, une dernière question me taraude : cette évolution sera-t-elle complète ?

En effet, la NBA tend à devenir cette ligue d’ailiers polyvalents culminant à 6’8 et capables d’un peu tout faire. Mais le deviendra-t-elle totalement ?

Il paraît évident que non. La raison ? La taille de la ligue.

La réalité sportive et économique prend une place capitale dans cette discussion. Écrasante même. La NBA n’est pas seulement un champ d’étude théorique ni un laboratoire du basket où seules des contraintes de jeu rentrent en compte dans l’équation. Réalisez ce même genre d’expérience dans un ordinateur, la machine comprendra très vite les tenants et aboutissants du problème, et accélérera le processus à une vitesse folle, usant d’un manichéisme brutal pour éliminer les éléments non idéaux et arriver à un paroxysme de basket.

Sauf que…en vrai, ça ne marche pas comme ça.

Une fois fait le constat que le genre de joueurs idoines pour du Switch-All est denrée rare, et par voie de conséquence très cher sur le marché, que faire ? Sagesse et raison suggèrent : autrement.

C’est tout bonnement impensable pour une franchise d’attendre patiemment que le prochain spécimen tombe du ciel, le besoin de compétitivité est une urgence de tous les instants, à un point qu’on ne réalise parfois pas toujours. C’est très caricatural, mais à la fois les propriétaires, les fans et la NBA elle-même préférera avoir une équipe qui gagne 40 ou 50 matchs par an plutôt qu’une équipe en ruine et/ou qui prend trop son temps pour construire avec les éléments parfaits. Le mieux est l’ennemi du bien, il paraît.

Le point central de toute cette discussion est le suivant : bien qu’étant le critère le plus discriminant parmi les équipes et les joueurs d’élite, être capable de switcher en défense n’est pas le seul ni même le plus important des éléments qui font un bon joueur. L’impact offensif, la création balle en main, le shoot et le spacing apporté, l’impact en défense collective, un joueur peut briller de mille manières différentes.

C’est ici que la taille de la ligue est un critère fondamental : il existe en NBA bien plus de franchises et d’opportunités que de joueurs « parfaits ». Être bon, « juste » bon, voire très bon, en sachant qu’on ne sera jamais historiquement élite, a tout de même une énorme valeur à la fois sur le plan sportif, mais aussi économique et social pour la franchise. Ce n’est pas parce que les Blazers ou le Jazz ont un plafond pas aussi haut que souhaité que le cycle entier dans lequel ils sont n’a pas de sens ou n’aurait pas dû voir le jour.

De toute évidence, si la NBA revenait à un format de ligue à 8 équipes par exemple, comme à ses débuts, la donne serait très différente. Les opportunités et places à prendre incroyablement moins nombreuses, donc bien entendu proportionnellement plus difficiles à obtenir. À partir du même ensemble de joueurs, resserrer l’étau entraînerait un nivellement par le haut du talent et des compétences. Plus de place pour des profils atypiques, beaucoup plus de choix pour arriver à bâtir un modèle d’équipe « idéal ». Arriver à une ligue complètement constituée d’équipes en switch-all se ferait en un claquement de doigt.

Mais ce n’est pas le cas.

Tout le monde ne peut pas avoir la perfection, et se contenter simplement de « très bon » a une très grande valeur.

Les Nuggets doivent-ils échanger Nikola Jokic pour la seule et bonne raison que ce dernier est incapable d’être un élément fort d’une défense en switch ? Est-ce à dire qu’ils n’auraient même pas du le développer, dépenser du temps et de l’argent à le faire progresser du simple fait qu’on savait déjà à l’avance avant la Draft qu’il en serait toujours physiquement incapable ? Bien évidemment : non.

La tâche sera plus dure de remporter le titre avec Nikola Jokic qu’avec un LeBron James, Kevin Durant ou Anthony Davis (joueurs « parfaits » tactiquement), mais elle n’est pas impossible pour autant.

Stephen Curry est aux antipodes de ce qu’un défenseur de Golden State devrait être dans ces schémas-là de switch-All, mais il existe des moyens d’essayer de contourner (ou plutôt minimiser) les difficultés de ce fit défensifs. Faire du Hard Hedge, des switchs off ball, apporter des aides supplémentaires lorsque Curry est ciblé sur isolation…les possibilités tactiques sont multiples. Difficile, mais pas impossible. Et quand bien même ça le serait : son apport offensif fait plus que rééquilibrer l’équation. Avec Nikola Jokic, l’équipe n’est pas parfaite, mais sans Nikola Jokic, il n’y a plus d’équipe.

Le Jazz aura du mal à remporter un titre NBA avec Rudy Gobert et ces schémas défensifs là, mais c’est loin d’être impossible. De manière intéressante, Utah a même montré cette saison en playoffs que, finalement, et même si les Rockets n’étaient pas dans la forme de leur vie, il était possible de rendre de belles copies défensives face à ce genre d’attaque (un très bon 100pts/100 possession sur les trois derniers matchs de la série, autour des 80%tile). C’est surtout l’attaque qui a pêché, mais les recrutements de Mike Conley et Bojan Bogdanovic seront peut-être suffisants pour changer la donne.

Tout est question d’opportunités, par ailleurs. Les Raptors 2019 n’auraient pas été la même équipe sans le liant offensif qu’apporte Marc Gasol. Or, en affrontant tour à tour des Sixers qui jouent gros, des Bucks qui jouent gros, et des Warriors sans Durant incapables de punir les gros, Toronto a eu la chance de pouvoir garder Gasol sur le terrain bien plus souvent qu’ils n’auraient pu le rêver. Même constat pour les Bucks, qui auraient pu passer les Raptors et également utiliser Brook Lopez et toutes ses qualités (rebond, défense en Drop, etc.) pour remporter le titre face à ces mêmes Warriors. Les plus téméraires pourraient même étendre ce constat au cas de Philadelphie. Toronto avait rassemblé plusieurs atouts sous leur manche, y compris Siakam en pivot…ou au contraire jouer gros en recrutant Gasol, sans s’arrêter à la pure idée théorique du « les playoffs, c’est du switch-All ». Le contexte leur a permis de s’appuyer sur l’Espagnol, plutôt que d’avoir recourt à du Siakam ou Ibaka en 5. On ne construit pas en se basant sur le hasard, mais en se laissant des portes ouvertes, au cas où, on se tient prêt à en profiter.

Gasol et Toronto passés à travers les gouttes du switch infernal pendant la post-season 2019

Par ailleurs, il est fortement probable que dans un futur proche la NBA n’ait pas non plus de machine de guerre en switch-all/5-out comme par le passé. Outre Houston (qui peut totalement se désintégrer en cours de saison d’un point de vue alchimie ou trades) ou Clippers, du reste les Sixers, Bucks, Jazz, Nuggets, Raptors, Celtics et autres préfèrent sans aucun doute évoluer plus gros étant donné la qualité de leurs intérieurs. L’urgence et la nécessité d’évoluer en switch-All ne seront sans doute pas aussi oppressantes que ces dernières années.

Aussi, avoir une chance a de la valeur. Une très grande valeur. Certes, le Jazz là n’est pas parfait, il n’a pas réponse à tout défensivement, il n’est pas aussi malléable que Warriors ou Rockets pour tout absorber et tout contrecarrer, mais il est quand même suffisamment bon pour être dans la discussion et, si événements favorables, aller au bout. Ce n’est pas rien.

Et quand bien même. Même si le titre n’est pas atteignable, ou jamais atteint : l’enjeu purement sportif n’est pas le seul qui compte. Utah s’est construit une équipe compétitive qui existe sur le marché, fonctionne économiquement, socialement dans la communauté, et tient un rôle d’acteur majeur du produit « spectacle » que vend la NBA (le Jazz qui rencontre une autre grosse équipe, ça donne envie de voir le match). Malgré ce plafond de verre, Utah est une réussite grandiose en tous points. Pour ses propriétaires, ses fans, et ses employeurs (la ligue).

Là est toute la différence entre la réalité des franchises NBA et nos réflexions théoriques, ou ce que pourrait faire un ordinateur. Et voilà pourquoi l’évolution ne se fera jamais complètement.

N’importe quelle machine à qui on ordonne de réaliser une étude de données pourrait en arriver à construire un algorithme, avec pour but le titre et seulement cet enjeu sportif là. Pour cet algorithme, certains profils seraient automatiquement éliminés. Rudy Gobert ? Impossible de défendre en switch, au revoir. Trae Young ou Kemba Walker ? Pas viables défensivement au plus haut niveau, exit. Antetokoumpo ? Pas de jump-shot dynamique, éliminé de la conversation des franchise players potentiels.

Sauf que ça ne marche pas comme ça. La valeur ajoutée que peut apporter Trae Young a une attaque peut, à terme, être réellement excellente en tant qu’initiateur d’une attaque, créateur de très haut calibre et shooteur de qualité arrière arc, élevant le niveau plancher des Atlanta Hawks de manière très conséquente de par sa seule présence. Il n’y aura peut-être jamais de Trae Young, ou de Rudy Gobert dans le contexte ultra sélectif et spécifique des Finales NBA. Mais il y aura toujours de la place pour eux en NBA.

Il existe un univers entre le niveau de jeu d’un Kemba Walker et celui d’un Khris Dunn ou Emmanuel Mudiay. Il existe un monde d’écart entre ce que peut apporter Rudy Gobert et Dragan Bender ou DJ Wilson. Pour prendre des exemples moins caricaturaux, il existe probablement aussi un écart assez conséquent entre ce que peut apporter dans sa globalité Kemba par rapport à Eric Bledsoe ou Ricky Rubio, ou entre la valeur de Gobert et celle de Thad Young. La valeur structurelle qu’apportent tous ces joueurs du fait de leur plus grande polyvalence n’est certainement pas supérieure à la valeur intrinsèque globale d’un excellent joueur, et ne suffit pas à faire pencher la balance.

Entre deux joueurs du même calibre, cette valeur structurelle peut faire la différence. Entre Rudy Gobert et Draymond Green, la réflexion est légitime. Mais entre choisir entre un excellent joueur comme Gobert, ou un beaucoup moins bon, mais capable d’évoluer dans des systèmes différents comme Bender, c’est vite vu.

Autrement dit : la réalité du marché risque de ralentir voire empêcher une évolution complète de la ligue vers un seul et unique type de joueur, un seul et unique type d’équipe, de schémas offensifs et défensifs pratiqués. Parce qu’on peut être bon ou très bon sans être élite, et rien que ça, ce n’est pas rien. Ou, plus péjorativement, parce que certains propriétaires se contentent amplement d’un ventre mou sans plus d’ambitions.

La NBA n’est pas une steppe aride où seules les girafes au long coup sont capables d’aller chercher de la nourriture sur des acacias de 5 mètres de haut. C’est un paysage où en effet certains arbres poussent très haut, mais où d’autres arbustes sortent de terre au ras du sol et permettent aux individus sans cou à rallonge de venir se remplir la panse. Les maîtres des lieux, les plus forts, les meilleurs des meilleurs restent les girafes, mais d’autres animaux normalement proportionnés ont toujours la possibilité d’exister.

En définitive, la NBA est une terre où girafes et okapi cohabitent.

Et ça, Darwin, il l’avait pas vu venir.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

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