Draft 2014 : Le profil vidéo de Julius Randle

Draft 2014 : Le profil vidéo de Julius Randle

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Julius Randle honore la tradition des illustres  one and done de John Calipari en inscrivant son nom à la draft au terme d’une seule saison à Kentucky. Décrit comme « a man among boys » durant ses années High School, Randle n’a pas fait ressentir un écart aussi outrageant entre ses adversaires et lui-même au niveau NCAA mais à tout de même beaucoup impressionné les scouts. Suffisamment pour s’assurer une place dans le top 10, voire même top 5 selon les besoins et envies des franchises haut placées dans l’ordre de draft.

Jetons un coup d’oeil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

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A l’image de Kentucky, Randle a connu une année pleine de rebondissements. Considérés capables de réaliser une saison invaincue fort du meilleur recrutement de l’histoire, mis a mal contre tous les « gros » qu’ils ont joué (Michigan State, North Carolina, Baylor, Florida), puis un parcours surprenant durant la March Madness où ils éliminent Kansas State, Whichita State (alors invaincu), Louisville (champion en titre), Michigan et Wisconsin, pour enfin échouer de peu face à UCONN alors qu’ils avaient finalement retrouvé le statut de favoris, les Wildcats ont déjoué bien des pronostics la saison passée. De son coté, Randle a commencé la saison très fort durant le calendrier hors conférence (contre des équipes plus faibles), avant de baisser d’un ton, puis de retrouver la forme pour l’étonnant Final Run des Wildcats. Terminant en toute logique dans la All American Freshman Team et avec le trophée de Rookie de l’année dans la SEC.

D’un point de vue physique, Julius Randle est tout ce qu’il y a de plus NBA ready. Il n’est pas réellement explosif ni ne possède une excellente verticalité, sa taille (6’9/2m06) et longueur de bras (7’0/2m13) sont bonnes sans être idéales, mais comme je le rappelais pour Aaron Gordon, nombreux sont les ailiers forts de cette taille, voire plus petits et moins longs, qui ont réussi chez les pros (de Kevin Love à David Lee en passant par David West, Zach Randolph et compagnie). Sa NBA-readiness réside principalement dans son extraordinaire puissance, notamment dans la partie haute du corps. Ce n’est pas un poste 4 bondissant comme Gordon, mais c’est un vrai bulldozer qui sait parfaitement déblayer la raquette avant de prendre son tir.

C’est d’ailleurs cette force brute qui en fait un bon finisseur à l’intérieur. Il provoque remarquablement les fautes (principalement sous le cercle) de par cette puissance et son activité. Il n’est pas effrayé pour un sous par les contacts (9.4 FTA/40min) et parvient à conclure très bien et très régulièrement malgré eux, du fait notamment d’un exceptionnel contrôle du corps. Son toucher de balle est excellent de manière générale, même s’il est vraiment très peu enclin à utiliser sa main droite et préférera toujours se reposer sur sa main on-ne-peut-plus-dominante (la gauche donc) pour tenter de scorer. Egalement, Randle est un intérieur forcé de jouer sous le cercle. Il décolle plutôt rapidement du sol, mais c’est essentiellement son manque de détente et d’une taille idéale qui lui font défaut de ce côté-là. Randle est enfin un fantastique rebondeur offensif (4.5 off-rbs/40min) possédant de remarquables instincts et un flair certain pour anticiper les trajectoires des ballons qui rebondissent sur le cercle.

Son jeu au poste reste sa meilleure arme, et la plus utilisée, de son répertoire offensif à l’heure actuelle. Une réussite dans l’exercice qu’il doit en grande partie à la superbe combinaison de puissance et de vivacité qu’il possède. Il est capable d’enfoncer son chemin jusqu’au panier juste sur sa force brute, tout comme de mettre l’adversaire dans le vent sur un spin move ou drop-step grâce à son excellent footwork et contrôle du corps. Là encore on peut admirer son superbe toucher de balle, tout comme malheureusement sa tendance à ne vouloir utiliser que sa main gauche, quitte à refuser de meilleures occasions qui se présentent à lui sur sa main faible. Randle a démontré la capacité à pouvoir scorer par-dessus de plus grands et plus longs intérieurs, au niveau NCAA, mais cela reste à voir si ce sera toujours le cas en NBA. On peut supposer que oui du fait de la créativité et la capacité à rentrer des tirs dans des angles très fermés dont il a fait preuve, mais la grande ligue est remplie d’athlètes bien plus impressionnants physiquement et, lui-même manquant d’une taille/envergure idéale, pourrait souffrir et ne pas autant dominer la concurrence qu’au niveau universitaire.

Egalement, Randle s’est avéré être un très bon slasher l’an passé, attaquant très régulièrement le cercle depuis la tête de raquette ou la mi-distance sur du straight-line. Une fois encore, c’est d’abord son équilibre et son contrôle du corps qui sautent aux yeux, étant capable de contourner son corps de diverses manières dans les airs, de placer un spin move dévastateur pour éliminer son défenseur, ou même d’absorber magnifiquement les contacts pour conclure malgré eux. Il manque d’explosivité, mais possède un bon premier par (reste à voir s’il le sera toujours autant face à de plus athlétiques défenseurs NBA). Il force néanmoins beaucoup de tirs très compliqués/bien peu orthodoxes pour terminer ses drives, et même si son superbe toucher de balle lui permet d’en rentrer un bon paquet, la nature des tirs qu’il tente dans cet exercice est assez mauvaise de manière générale. De plus, il a montré la capacité à pouvoir attaquer le cercle en partant sur sa gauche comme sur sa droite de par son excellente qualité de dribble, mais (encore et toujours) sans pour autant être enclin à vouloir conclure avec sa main droite une fois au cercle.

Randle ne possède en revanche pas de jump-shot dans son arsenal offensif (ce qui pourrait lui faire défaut, dans une ligue où l’on adore posséder un 4 capable d’étirer les défenses pour offrir plus de spacing). Sa mécanique de tir est tout simplement trop mauvaise et trop irrégulière à ce stade-là de son développement : trajectoire du tir très plate, ne saute pas verticalement et contourne son corps durant le tir, mauvaise et irrégulière prise d’appuis, etc. Tous les fondamentaux techniques semblent à refaire, mais son correct 70% de réussite aux lancers francs (et le fait qu’il soit encore très jeune) laisse penser qu’il parviendra dans un avenir plus ou moins proche à acquérir un tir décent à mi-distance, au moins.

Randle est également à l’heure actuelle un bien piètre passeur. Il ne lit pas bien les défenses, réalise bien souvent des passes nonchalantes, et est incapable de faire des passes en mouvement/en sortie de dribble. Il est également égoïste, particulièrement au poste bas : une fois la balle reçue, il ne relève pas la tête en enclenche son move qui se terminera à coup sûr par un tir de sa part. Il n’hésite pas à forcer un mauvais tir malgré les prises à deux et à trois incessantes sur lui, en manquant donc de ressortir la balle sur un de ses nombreux coéquipiers ouverts. C’est d’autant plus regrettable qu’il ne fasse pas plus preuve d’altruisme du fait qu’il pourrait s’avérer une arme offensive encore plus précieuse qu’actuellement : sa capacité à resserrer une défense, à la faire complètement exploser et ouvrir un nombre incalculable de brèches de par sa seule présence et sur un simple move dos au panier est tout simplement remarquable (il n’était pas rare l’an passé de voir trois, quatre, voire même les cinq défenseurs accourir vers lui pour le stopper). Aussi, s’il pouvait apprendre à simplement ressortir la balle sur un de ses très nombreux coéquipiers démarqués, il en deviendrait presque injouable au poste.

De manière plus générale, Randle a été assez enclin aux turnovers l’an passé (3.3/40min), perdant la balle sur de mauvaises passes mais aussi au poste bas, ne voyant pas arriver les aides défensives, ou lorsqu’il tentait de pénétrer balle en main. A sa décharge, le spacing de Kentucky était tout simplement catastrophique par moment : deux purs intérieurs qui ne peuvent pas s’écarter (lui-même et Willie Cauley Stein, puis Dakari Johnson), trois extérieurs mauvais ou très irréguliers pour dégainer à longue distance (Andrew & Aaron Harrison, James Young) et rien non plus à se mettre sous la dent en sortie de banc. Mais il doit tout de même faire preuve de plus de concentration, et être moins négligeant avec le ballon.

Défensivement, Randle possède un excellent potentiel tout en affichant déjà un très bon niveau de jeu. Faisant de lui le joueur le plus complet en terme d’équilibre niveau offensif/niveau défensif au moment présent parmi tous les gros prospects de cette classe de draft (Wiggins, Parker, Embiid, Smart, Vonleh, Gordon, etc).

Randle possède tout d’abord une remarquable vitesse latérale pour un joueur de son gabarit. Il se met en très bonne posture défensive, très bas sur les appuis et les bras bien haut, et contient superbement les pénétrations adverses. C’est d’ailleurs un excellent défenseur sur Pick&Roll, étant particulièrement impressionnant pour switcher sur les meneurs ou arrières en sortie d’écran, les empêcher de se rendre au cercle et contester très efficacement leur jump-shot. Excellent au poste bas également, Randle fait admirer là encore un très bon footwork, bouche bien les angles en coulissant latéralement et est capable de très bien tenir son territoire grâce à sa puissance.

On peut en revanche déplorer son manque de discipline défensive, commettant encore quelques erreurs évitables, et son manque d’effort par moment, un peu plus inquiétant. On le voyait clairement s’économiser sur certaines actions l’an passé, et ne pas défendre avec une intensité suffisante. Mais les incessants allers retours sur le banc offerts par John Calipari à chaque fois que Randle se comportait ainsi semble avoir porté ses fruits sur la fin d’année.

Loin du ballon, Randle est plutôt actif sur aide défensive, même s’il peut encore améliorer sa lecture du jeu et sa réactivité sur certaines actions où il est censé venir en aide. Il est en revanche limité en terme de protection du cercle, manquant clairement de taille/longueur, de verticalité et d’un meilleur sens de l’anticipation. Egalement, son attention loin de l’action est assez irrégulière par moment, perdant de vue le ballon ou son attaquant. Randle est enfin un remarquable rebondeur défensif (8.9 def-rbs/40min), très solide sur boxout et démontrant le même moteur infatigable et les mêmes remarquables instincts qu’au rebond offensif.

L’un dans l’autre, Julius Randle ne semble pas posséder un phénoménal potentiel comme certains de ses acolytes de cette année (du fait également qu’il soit déjà un joueur accompli) mais devrait en toute logique pouvoir prétendre à une belle carrière auréolée d’une bonne poignée de sélections All Star.

De plus, il demeure sans doute le joueur le plus complet et avec le plus d’assurances des deux côtés du terrain à l’heure actuelle. Quand certains ont encore tout un développement offensif à faire malgré tout le potentiel sous-jacent (Andrew Wiggins, Joel Embiid), possèdent de claires limites défensives et ne semblent pas espérer devenir mieux que décent de ce côté-là du terrain (Jabari Parker), ou n’ont tout simplement pas un potentiel offensif conséquent malgré toutes leurs qualités défensives (Marcus Smart, Aaron Gordon, Noah Vonleh), Julius Randle émerge lui d’entre tous comme un très bon compromis. Un probable futur 20+pts & 10+rbs de moyenne dans la grande ligue, calibré physiquement pour la NBA, capable d’assurer le rôle de première option offensive et de très bien performer en défense sur l’homme comme loin du ballon.

C’est d’ailleurs le seul prospect parmi tous qui a réussi à briller au moment de la saison qui importait, la March Madness (sauf peut-être Aaron Gordon, mais qui lui était loin d’être le point focal offensif d’Arizona). Et le seul à être allé très loin dans la compétition, là où les Wiggins, Parker, Smart et compagnie ont connu des douloureuses sorties prématurés. Au moment de faire le bilan, ça fait quand même un bon paquet de voyants au vert pour l’ami Randle (that nobody can’t handle) qui ne devrait pas tomber plus bas que la 6e ou 7e place selon toutes vraisemblances.

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