Scottie Barnes, la bienveillance et la gagne comme credo
Chaque année durant le processus pré-draft un joueur fait un bon dans les mock drafts et à la draft, et cette année ce joueur c’est Scottie Barnes. Au fil des semaines l’ailier est remonté dans les prévisions de la draft pour finalement être sélectionné en 4ème position par les Raptors. Pas si surprenant car le jeune joueur d’à peine 20 ans fait, et depuis petit, l’unanimité partout où il est passé. Que ce soit sur le terrain, mais aussi et presque surtout en dehors du terrain. Lorsque l’on retrace le parcours de Barnes, on se rend compte qu’il n’a jamais laissé personne indifférent. Nul doute qu’il en sera de même en NBA tant le garçon semble diffuser une atmosphère de joie et de bienveillance partout avec lui. Quelque part dans une église de Floride, une vieille professeure retraitée allume encore chaque semaine une bougie pour le petit Barnes qui, alors collégien, pensait à lui inscrire une attention sur chacune de ses copies rendues alors que sa professeure venait de perdre son ami. Jamais elle n’avait vu cela, elle n’a jamais oublié non plus. Ce genre d’histoire, Patrick Engelbrecht, directeur des Raptors au scouting et aux affaires internationales, en a entendu plus d’une, celles du genre à faire basculer la décision au moment de choisir très haut à la draft. A l’écouter, Scottie Barnes l’a déjà conquis.
» C’est juste un joueur facile à comprendre. Je ne dis pas que c’est le facteur décisif au moment de sélectionner à la draft. Mais ça vous rassure sur le fait que tous les gens avec qui vous interagissez tous les jours, le staff, les médias, ses coéquipiers, vont probablement l’apprécier. Et il va les aimer. C’est juste quelqu’un d’extroverti. Il prend de l’énergie des gens. Il donne de l’énergie aux gens. C’est l’un de ces gars, quand tu arrives au gymnase, tu peux dire qu’il est heureux d’être là. Et il rend les autres heureux d’être là aussi. » Patrick Engelbrecht.
Un joueur qui vient faire des câlins à tout le monde, souriant en permanence, il tient ça de sa mère selon lui, qui pourrait presque détonner avec un univers NBA parfois crispé. Mais Barnes a toujours été comme ça. Même lorsque sa mère devait souvent déménager pour changer de travail et pour l’élever lui et ses deux frères. C’est lorsque la famille a débarqué du côté de West Palm Beach que le destin de Scottie Barnes a pris un sacré tournant. Alors qu’il intègre l’équipe de la Salvation Army, une équipe aux résultats médiocres et surtout destinée à occuper les gamins après l’école, il rencontre John Simpson, le coach de l’équipe. Si Barnes transforme l’équipe par son jeu mais aussi son caractère et son enthousiasme, il va surtout commencer à s’installer chez John Simpson et sa femme d’alors. D’abord ponctuelle, cette mouvance va s’avérer définitive. Une façon aussi de soulager la charge de sa mère. Puis finalement d’aider Simpson, selon ses propres dires.
» Laissez-moi être clair à propos d’une chose : Scottie nous a aidés. Ce n’était pas moi qui aidais Scottie. Nous avons eu de la chance de pouvoir l’aider. Dans son esprit, il pense que c’est moi qui l’ai aidé. Je ne fais que lui répéter cela, » Tu étais destiné à être grand. Tu aurais pu aller n’importe où que tu aurais été grand ». Parce que c’est qui il est. La seule différence c’est que j’avais de l’argent. Nous sommes devenus plus qu’une famille quand Scottie est arrivé parce que l’important c’était l’autre. Pour moi, c’est cela être une famille et comme cela que devrait être l’amitié. Il nous a aidés. » John Simpson
Si on voit bien que Barnes n’est pas effrayé par le changement, il y a bien une chose qui l’obsède, c’est gagner. Et à entendre Masai Ujiri, le boss des Raptors, le message est bien passé.
» C’est fou quand vous êtes en entrevue avec un gars comme lui et qu’il mentionne le fait de gagner 34 fois en une seule entrevue. Il ne parle que de gagner. C’est ce que nous voulions apporter ici. » Masai Ujiri
Son choix de rejoindre Florida State, une équipe pas forcément connue pour recevoir de gros prospects pour la draft, est dans la continuité de cet état d’esprit. Il veut avant tout gagner. Peu importe si sa moyenne de points n’était que de 10,3 points en NCAA alors qu’il était pressenti comme lottery pick, peu importe sa mise en avant personnelle. Ce que Barnes apprécie, c’est d’être avec ses coéquipiers, les connaître, créer un groupe, du liant entre les joueurs. Pour lui, être un bon coéquipier et l’une des choses les plus primordiales qui soient.
» Rendre les autres autour de vous meilleurs. Concourir et rendre les autres capables de concourir encore mieux. Gagner des matchs bien sûr. Etre capable de faire attention aux gens sur et en dehors du terrain. Apprendre à connaître qui ils sont, apprendre à connaître leur histoire, leur passé. Je suis une personne qui aime bien connaître les gens plus profondément, au-delà du basketball. J’aime devenir ami avec les gens en dehors du terrain juste pour pouvoir apporter mon énergie et mon rire pour les aider. J’aime juste voir les gens heureux et les rendre enthousiastes. » Scottie Barnes
Alors au lycée, Scottie Barnes a porté son équipe vers un titre de champion d’Etat. Mais s’il a été excellent sur les deux derniers matchs, c’est aussi parce qu’il avait ce supplément d’âme, lié à la blessure de son coéquipier Vernon Carey. Alors lorsqu’en demi-finale, son équipe se retrouve en mauvaise posture en fin de match, il est hors de question de perdre pour Barnes. Et ce sont Jim Carr, son coach sur le circuit AAU, et Vernon Carey lui-même, qui racontent le mieux cette histoire.
» Nous avons scoré 5 points dans les 90 dernières secondes pour arracher ce match. Et c’est Scottie qui nous a poussés vers la victoire. Il a une certaine habilité à se concentrer sur les bonnes choses. Il nous a remis dans le match. Et ensuite, nous sommes allées en finale d’Etat, et sans Vernon (Vernon Carey, le meilleur joueur de l’équipe à l’époque qui s’était blessé en demi-finale alors que c’était sa dernière année), nous avons roulé sur les gars là-bas. Il a vraiment gardé ça à l’esprit : » Carey n’est pas avec nous. Mais nous devons continuer de jouer et continuer comme ça en allant de l’avant pour qu’il puisse partir en vainqueur. » Jim Carr
» Il m’a dit, » Je ne vais pas laisser tomber l’équipe », le disant spécialement pour moi parce que je voulais gagner et terminer ma carrière au lycée avec un titre d’Etat. Il a pu aller jusqu’au bout » Vernon Carey
Un joueur dévoué au collectif qui possède par ailleurs une mentalité incroyable. Du genre à surprendre les scouts venus assister à un camp entre prospect parce qu’il va les saluer un par un de son plein gré, pour les remercier d’être venus voir les jeunes joueurs jouer. Du genre aussi à ne pas quitter le gymnase lors des camps pré-draft, pour pouvoir continuer à soutenir ses coéquipiers. Du genre aussi à ne pas faire de vague et à toujours vouloir marquer son respect. A Florida State, l’assistant-coach Charlton Young se souvient d’une fois où le ton est monté avec Barnes. Lors d’une défaite contre North Carolina où Florida State avait gâché une large avance, alors que Barnes était sorti avant de ne revenir sur le terrain que tard, lorsque le momentum avait changé de camp. Une situation qui avait plutôt énervé Barnes, mais qui n’a pas duré bien longtemps à entendre Young, qui a récupéré un Barnes au bord des larmes dans le vestiaire, promettant qu’il n’agirait plus de la sorte. Une attitude marquante et significatrice du caractère du quatrième choix de draft.
» Nous avons eu quelques bad-boys par ici. Nous avons eu des joueurs cinq étoiles. Je ne pense pas qu’un seul des ces gars cinq étoiles aurait réagi de la sorte pour un incident aussi mineur, vraiment mineur, comme nous avons eu sur le banc. Je suis oncle C.Y pour lui. Il ne voulait pas me blesser. Il ne voulait pas que je pense qu’il m’avait manqué de respect. Ça signifie quelque chose pour lui. J’ai trouvé que c’était extraordinaire, parce que la plupart des gars comme Scottie, ils n’ont aucune humilité. Ils seraient plutôt du genre » Va te faire foutre, je suis Scottie Barnes ». Il n’y a rien de cela chez lui. » Charlton Young
Une attitude qui montre aussi la hantise de la défaite d’un gamin qui s’est frotté très tôt à l’adversité. Boule d’intensité, il n’hésitait pas petit à aller jouer contre des joueurs bien plus âgés. Mais tout cela, il ne le faisait pas s’en réfléchir. Et avec une grande maturité, déjà il observait et apprenait. Qu’importe le niveau de ses adversaires, qu’importe s’ils n’auront jamais atteint un tiers du niveau de Barnes aujourd’hui, à l’époque, ils ont aidé à faire progresser le jeune Scottie.
» Je jouais toujours avec des gars plus vieux. En grandissant, j’adorais jouer. J’allais à la Salvation Army (où il a rencontré Simpson), à LA Fitness. Et quand vous allez à LA Fitness, c’est une bande de gars de 40 ans ou 30 ans. J’avais probablement 12,13 ou 14 ans quand j’y allais. J’y allais pour jouer, en étant un jeune gamin qui prenait plaisir à jouer contre ces gars. Mais ça vous apprend le jeu, de voir leur savoir, de voir comment ils jouent, de voir leur patience, comment ils lisent le jeu et le terrain, parce que ces joueurs jouent depuis longtemps. Ils ont un peu de savoir à propos du basket. Il y avait tellement de monde, que si tu perdais, tu ne jouais pas pendant deux ou trois matchs. »
Il a donc très jeune entretenu cette déception liée à la défaite. Une hantise qui l’a fait devenir un joueur presque fou sur le terrain. Très vocal – certains diront qu’il est un mélange de Draymond Green et Pat Beverley dans l’intensité, mais avec la joie en plus – il n’hésite pas à beaucoup parler, crier, hurler en défense où son énergie est très marquante. 14ème choix de la dernière draft, Moses Moody se souvient de son premier match face à Barnes.
» Sur le terrain, vous croyez juste qu’il est fou. Ma vraie première fois contre lui, il a changé sur un close out, il était dans l’équipe d’en face, je tirais à trois points. Il avait ses cheveux qui partaient dans tous les sens, lorsqu’il avait ses dreads. Il est sorti sur moi en criant. J’ai raté le tir. C’était fou. J’étais là à me dire, » Qu’est-ce qui ne va pas avec ce gars ? » » Moses Moody
Pourtant, Barnes a encore des septiques derrière lui, des doutes subsistent sur son jeu, sur sa capacité à être performant aussi jeune et surtout alors qu’il n’était pas un monstre en NCAA qui plantait 30 points régulièrement. Mais pour Young, le transfuge de Florida State saura se mettre au niveau. Parce que c’est un travailleur acharné.
» Je peux prédire le futur lorsqu’il s’agit de basket. Scottie Barnes va devenir un joueur très fort en NBA. Je pense que certaines critiques sur lui sont qu’il ne shoote pas assez bien. Ce n’est pas encore un joueur poli offensivement. Il doit s’améliorer en attaque. Son jump shot s’est amélioré entre son arrivée chez nous et aujourd’hui, et il va s’améliorer encore plus parce que c’est un vrai rat du gymnase. » Charlton Young
D’ailleurs, ce même Young n’a pas peur des comparaisons pour le futur de Barnes. Et s’il sait vraiment prédire le futur concernant le basket, alors son protégé devrait apprécier ses mots. Puisqu’effectivement, la comparaison est extrêmement flatteuse.
» Je suis frustré parce que beaucoup de gens disent que c’est Draymond Green. Il n’est pas Draymond Green. C’est Scottie Pippen. C’est ce que j’ai vu en premier quand je l’ai vu pour la première fois en fin de lycée. J’ai vu Scottie Pippen. »
Mais malgré tout son dévouement aux autres et son intérêt pour le collectif, Scottie Barnes n’oublie pas sa propre carrière pour autant. D’ailleurs il ne veut jamais être oublié en tant que basketteur. Son objectif est de marquer l’histoire, de s’imposer comme un très grand joueur. Et bien sûr, comme un joueur que l’on apprécie.
» Je veux juste être connu comme quelqu’un qui apporte ce qu’il faut chaque jour, peu importe quoi, quelqu’un qui arrive et qui essaye de devenir meilleur de jour en jour. Je veux être Hall of Famer. Je veux être un joueur all-time. Je veux être dominant dans cette ligue. Je veux continuer de montrer mon potentiel chaque jour pur les gens disent » C’est ce gars ». Je veux être quelqu’un que les gens aiment côtoyer. » Scottie Barnes
Et si Barnes n’a quasiment jamais laissé de mauvais souvenirs sur sa route auprès des gens qu’il a côtoyés, il semble déjà bien parti pour se mettre les fans des Raptors dans la poche, eux qu’il qualifie comme parmi les meilleurs du monde. Par exemple dans une lettre destinée à son futur public, qui l’a déjà impressionné notamment par tous ses messages de soutien après sa draft, et sa future ville qu’il a hâte d’enthousiasmer par son jeu, et surtout, par des victoires.
» Toronto, j’ai l’impression que nous allons faire quelque chose de spécial ensemble. » Scottie Barnes
Via The Athletic